Bois exotique
Bois exotique © MaxPPP / Philippe Taris

« Préférer le bois, c’est contribuer à l’avenir de notre planète » . Derrière ces publicités qui élèvent l’achat de terrasses en bois exotique au rang de geste écologique , la réalité est toute autre.

Si l’impression est donnée d’utiliser un matériau naturel qui ne pollue pas , et de le faire dansune grande surface qui respecte la loi ,les bois tropicaux qui arrivent en France et en Europe ont souvent été coupés en toute illégalité.

Le trafic illégal de bois : une réalité internationale incontestable

SelonPhilippe Germa, le directeur France de l’ONG WWF, 40 % du bois tropical utilisé dans notre pays est illégal. Un chiffre considérable , généralement ignoré par les utilisateurs.

Interpole estime de son côté que l’exploitation illégale représente 11 à 13 milliards de dollars chaque année , l’équivalent, en valeur marchande, du marché de la drogue.

Ce sont d’ailleurs parfoisles mêmes réseaux qui s’entrecroisent : cercles de jeux, cercle de la mafia en Europe, évasion fiscale.

Cestrafics illégaux génèrent del’ argent « facile » , généralement « sale » et dessinent les contours d’une réalité internationale incontestable.

D’où provient ce bois illégal et comment les trafiquants réussissent à le mettre sur le marché sans être inquiétés ?

Amazonie
Amazonie © Radio France / Andre Deak

Ce bois coupé illégalement provient en premier lieu d’Amazonie , la forêt tropicale la plus importante au monde. Selon un institut de recherche très sérieux, 80 % de l’exploitation forestière au Brésil est illégale.

Suivent ensuite l’Asie du Sud-Est et la région dubassin du Congo en Afrique. .

Le moyen le plus simple pour dissimuler le bois sale consiste à augmenter les volumes commercialisables , afin d’obtenir des quotas supplémentaires des administrations . Des quotas qui servent ensuite à blanchir le bois coupé illégalement.

Attaquer le mal à la racine

Pourlutter contre ce trafic très lucratif , il faut s’attaquer au mal à la racine . Cela signifies’attaquer à des réseaux ultra violent , car pour développer un trafic aussi juteux quel’argent de la drogue , il faut à la fois corrompre des administrations et terroriser des populations.

Des exactions sont commises chaque anné e sur les populations forestières qui subissent despressions constantes allant jusqu’à l’assassinat. Danscertaines zones d’Amazonie ,les bucherons travaillent avec des gilets pare-balles.

Bonobos
Bonobos © Radio France

Si ces trafics génèrent desviolences et font des victimes , ils ont aussi desrépercussions sur la faune, sur la flore et sur l’économie de certains pays.

En République Démocratique du Congo, l’un des pays les plus pillés au monde par les trafiquants de bois , non seulement on détruit des forêts , mais on détruits des réserves naturelles.

C’est le cas à Béfalé où vivent les bonobos , ces grands singes qui sont une espèce protégée , et qui sont aussi les victimes de ce trafic.

Le déni français

En Europe , la majeure partie de ce bois illégal arrive en France par la côte Atlantique . Or, il semble s’êtrevolatilisé pendant sontransport.

Alors que laréalité de ce trafic est terrifiante en Afrique ou au Brésil, rien ne parait anormal dans les grands ports français comme ceux de Caen , de Nantes , duHavre ou de La Rochelle.

Les négociants expliqent en effet appliquer les nouvelles recommandations préconisées par le RBUE, le Règlement sur le Bois de l’Union Européenne , qui a été mis en place en mars 2013 pourlimiter le trafic illégal.

Qu’est-ce que prévoit ce règlement ?

Ce règlement impose aux négociants de faire preuve« d’une diligence raisonnée » pour vérifier que le bois qu’ils importent a été bien été coupé légalement.

Autrement dit,il n’impose aucune règle coercitive . Ce qui explique que personne ne détecte, du côté de la France, la moindre anomalie.

Le bois illégal n’a pas disparu pour autant

terrasse en bois
terrasse en bois © CERLAND

S’il est difficile pour un importateur de déceler du bois qui a été blanchi à la source , il faut savoir que le secteur du bois représente en France un chiffre d’affaire annuel de50 milliards d’euros ainsi que 450 000 emplois .

L'Etat quant à lui devrait mettre en placedes moyens de contrôle , maisle gouvernement français n’a pas été très actif.

Le contrôle du bois relève à la fois des ministères de l’Agriculture et de l’écologie : coté agriculture , les tous premiers agents ne sontopérationnels que depuis trois mois tandis que côté ministère de l’écologie , il n’y a aucun contrôleur à ce jour.

Il y a pourtant urgence

Le trafic de bois entraine la déforestation. Et la déforestation à des conséquences lourdes sur le climat. 20 % des émissions mondiales des gaz à effet de serre sont imputables à la disparition des forêts.

Pour Philippe Germa , le constat est sans appel : nous sommes en train de creuser notre tombe.

le rythme de déforestation de l'amazonie augmenterait de nouveau
le rythme de déforestation de l'amazonie augmenterait de nouveau © reuters
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