Ce n’est pas par hasard siles émeutes ont démarré à Clichy-sous-Bois . Indépendamment des faits, il y avait un terreau favorable, celui d’une cité dortoir de 30.000 habitants sinistrée. Qu'est-elle devenue dix ans après ? C’est l’objet de l’enquête d’Aurélien Colly.

La transformation dans les années 60 d’une petite commune d’île de France en ville nouvelle idéale

A l’époque, les Bosquets de Montfermeil, comme les grands ensembles de Clichy-Sous-Bois , c’était la belle vie . L’air pur dela campagne , avec toute la modernité de la ville : des ascenseurs, des parkings, des supermarchés, des grands appartements bien orientés… Le tout dessiné par des architectes de renom , comme Bernard Zehrfuss -à qui on doit aussi le CNIT de la Défense. « Clichy-sous-Bois – Montfermeil », une ville parfaite pour les classes moyennes et les CSP supérieures. Puisle beau rêve a pris fin.

La réaction des habitants face à ce constat dramatique

La tour Utrillo située à la frontière des communes de Clichy sous Bois et Montfermeil en Seine Saint Denis
La tour Utrillo située à la frontière des communes de Clichy sous Bois et Montfermeil en Seine Saint Denis © Radio France / Isabelle Lassalle

L’autoroute A87 qui devaitrelier Clichy-sous-Bois – Montfermeil à paris et aux grands bassins d’emploi comme l’aéroport Charles de Gaule,n’a jamais vu le jour .

Clichy-Montfermeil est donc resté loin de tout et les propriétaires et locataires aisés des premières années ont pris la fuite à cause du problème d’enclavement .

Ces appartements ont été revendus ou reloués à des habitants de plus en plus pauvres , souvent issus de l’immigration.

Sans oublier les marchands de sommeils qui sont venus aussi exploiter cette précarité pour s’enrichir sur le dos des plus fragiles .Conséquence : ces énormes copropriétés de 500, 1000, 1500 logements se sont considérablement dégradées au fil des années.

Face à ce constat dramatique, les habitants sont au mieux résignés, au pire désespérés. Cet environnement dégradé et insalubre a non seulement des conséquences sur leur état d’esprit mais aussi sur leur santé.

Dans les années 1990, des mesures avaient pourtant été mises en place

Au début des années 90 , François Mitterrand avait fait la première loi d’orientation pour la ville , dite aussi« loi anti-ghettos » . Il y a aussi la création du ministère de la Ville . Il envoie même un pompier aux Bosquets de Montfermeil, Bernard Tapie , avec un « plan banlieue » qui prévoyait desparrainages du CAC 40 et a vanté l’intégration par le sport.

Et alors, quel résultat ?

Le Chêne Pointu, Clichy Sous Bois
Le Chêne Pointu, Clichy Sous Bois © Radio France

Lespremières destructions de barres aux Bosquets ont démarré en1994 mais ce ne fut pas assez ambitieux pour changer la donne.

Pendant ce temps-là,les copropriétés délabrées ont continué de se délabrer, particulièrement à Clichy-sous-Bois.

C’était aussi l’époque de la police de proximité , dont la première implantation à lafin des années 90 dans ces quartiersempêche la cocotte-minute d’exploser . Mais elle est supprimée en 2003 par Nicolas Sarkozy , alors ministre de l’intérieur.

Les tensions reviennent dans ces quartiers et, en 2005, les émeutes éclatent alors qu’un véritable plan de rénovation urbaine est enfin lancé pour Clichy-sous-Bois-Montfermeil.

Validé en 2004 , les émeutes vont l’accélérer. 650 millions d’euros mis sur la table pour restaurer l’intégralité des ensembles du Haut Clichy et les Bosquets de Montfermeil.

Une partie de Clichy-Montfermeil a véritablement changé de visage : un très beau projet qui a pris 10 ans.

L'un des quartiers rénovés de Clichy-sous-Bois
L'un des quartiers rénovés de Clichy-sous-Bois © Radio France / Clichy

En tout, 1400 logements démolis, 1500 construits, 900 réhabilités et quelques 20.000 habitants qui ont vu leurs conditions de vie s’améliorer nettement.

Cesmillions d’euros investis dans le programme de rénovation urbaine de Clichy-Montfermeil, semble avoir produit les effets escomptés dans le Haut Clichy flambant neuf.

Mais attention, ce n’est que la moitié de Clichy-sous-BoisDans le Bas Clichy, d’où sont parties les émeutes, tout reste à faire .

Un nouveau programme de rénovation vient d’être validé par l’Etat. Les 1500 appartements des copropriétés du Chêne Pointu vont pouvoir être rachetés et tous les quartiers réhabilités .

Dans les quartiers qui n’ont pas encore été rénovés, le vivre ensemble reste compliqué…

Des jeunes se plaignent d’être harcelés par la police , mais certains habitants se plaignent de ces jeunes qui trainent et appellent la police. Police qui n’est elle-même pas toujours irréprochables . Même siles choses se sont améliorées à coup de millions d’euros avec la construction d’un commissariat flambant neuf pour Clichy-Montfermeil .

Il a fallu en effet attendre les émeutes de 2005 et un gros chantier pour qu’il ouvre enfin en 2010.150 fonctionnaires, dans un camp retranché maquillé en bâtiment futuriste.

Depuis l'arrivée de ce commissarait, la délinquance a baissé. Mais dans une ville où 40% de la population a moins de 20 ans , où la mort de Zyed et Bouna et les émeutes ont marqué une population,les rapports avec la police ne sont jamais très simples.

Que faire pour améliorer la situation ?

Médiation avec les jeunes à Clichy-sous-Bois
Médiation avec les jeunes à Clichy-sous-Bois © Yazid Kherfi & Sébastien Jousse

Pour désamorcer d’éventuelles tension s entre police et habitants,un poste de correspondant Police-Population a été créé .

Et puis il y a l’Education pour les plus jeunes . Une professeure de français fait par exemple écrire ses élèves sur leur vie quotidienne , en leur demandant de se mettre dans la peau des différents acteurs de Clichy-sous-Bois. Ce qui a même donné un livre en 2012 .

Maisle taux de chômage reste extrêmement élevé : taux global : 24% , chez les jeunes : 34%.

On en revient au problème initial:l’enclavement. On est à 15 kilomètres de Paris, mais il faut 1h30 de marche, bus et RER pour rejoindre la capitale .

La solution sine qua none au succès de la rénovation, c’est donc l’arrivée d’un tram en 2018 et surtout, et surtout, du métro du Grand Paris en 2023.

Le défi du retour des classes moyennes

Avec un habitat rénové, des habitants accompagnés , un commissariat , une vingtaine d’école, collège et lycées, des services publics qui reviennent et bientôt des transports ,il ne manquera bientôt plus qu’une chose à Clichy-Sous-Bois : une population plus mixte et plus mélangée .

Le grand défi, c’est effectivement le retour des classes moyennes et d’habitants plus aiséspour que cette ville nouvelle ressemble enfin à celle imaginée lors de sa construction dans les années 60.

Le camion de ma médiation nomade à la cité du Chêne Pointu de Clichy sous Bois
Le camion de ma médiation nomade à la cité du Chêne Pointu de Clichy sous Bois © Radio France / Edouard Zambeaux

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