Autonomes pour vendre les 28 000 places des virages du Vélodrome, mais aussi des produits dérivés, maîtres de la sécurité … les supporters marseillais ont la mainmise sur « leur » tribune, au point de devenir des supporters professionnels.

Ils sont au nombre de neuf !! Neuf clubs de supporters qui regroupent les 28 000 supporters des deux virages du Stade Vélodrome.

Depuis la fin des années 80, et l’arrivée de Bernard Tapie à la tête du club phocéen, ces supporters ont un pouvoir unique en France. Ils ont en charge la billetterie des virages.

Le principe est simple : l’OM vend les cartes d’abonnements qui donnent accès aux 19 matches de Ligue 1 à domicile au prix de 145 euros. Les associations de supporters, elles, les revendent entre 170 et 190 euros à leurs adhérents. Une somme conséquente qui permet aux clubs de supporters de gagner beaucoup beaucoup d’argent.

La vente des abonnements par les groupes marseillais | Create Infographics

Le bénéfice de la "double billeterie"

Les South Winners, et leurs blousons oranges à l’effigie du "Che", compte 5 500 adhérents. Créés en 1987, ils ont depuis plusieurs années un grand local dans le quartier de la Belle de Mai. Un ancien hangar qui rassemble des tonnes de drapeaux, de banderoles, de cartons, une buvette, des cours de taekwondo, les winners ont aussi plusieurs bus pour organiser les déplacements.

Les South Winners | Create Infographics

Entre rôle social auprès des jeunes et business, certains clubs de supporters n’hésitent pas mettre en place une double billetterie artisanale les jours de matches. C’est totalement illégal mais certaines associations louent les cartes d’abonnements au match entre 10 et 50 euros ce qui permet une entrée d’argent supplémentaire.

Le club impuissant

L’OM de son côté explique que« ce système a plus d’avantages que d’inconvénients » explique Vincent Labrune. D’anciens présidents ont même dû jeter l’éponge et ont été victimes de cambriolages, vivant sous pression. La mairie, elle, chouchoute ses supporters et le maire Jean-Claude Gaudin avoue sans complexe qu’« il les aime bien »

Quant à la police qui reconnait que ce système évite de gros débordements, elle reconnait que lors des grands matches, les supporters, qui gèrent entièrement « leurs virages » font rentrer plus de personnes que de places.

Ce qui pose évidemment un vrai problème de sécurité.

Jean-Michel Roussier, Président de l’OM de 1995 à 1999 :

J’ai perdu mon combat contre les supporters , j’ai mis quatre ans mais j’ai perdu. En arrivant à la tête de l’OM, je me suis rendu compte que le club ne maitrisait rien... les recettes et les produits dérivés représentaient zéro euros. Au plan judiciaire, policier et politique, le système convient à tout le monde ... Il donne l’illusion d’une paix sociale... Moi je n’ai jamais traité avec les responsables des clubs de supporters et c’était certainement une erreur.

Christophe Bouchet, Président de l’OM de 2002 à 2004 :

Y’a des années comme en 2004, ou c’est rempli à tous les matchs, vous êtes frustrés car vous auriez aimé avoir la main sur ces places-là. Et puis y’a des années où vous êtes bien content de trouver vos supporters pour vendre vos places parce que vous avez du mal à remplir le stade. C’est un système où chacun sur la durée trouve son intérêt. Le club quelque part n’a pas trop le choix . Il vend aux groupes avec une bienveillance de la mairie de Marseille qui trouve le système intéressant car demain ces supporters seront des électeurs. Y’a des groupes de supporters qui sont engagés derrière Jean-Claude Gaudin (le maire de Marseille, ndlr). Il est allé les voir dans leurs locaux. Et surtout, le pouvoir en place se méfie beaucoup de l’OM. Gaudin le sait, il a failli perdre sa place au profit de Tapie car Tapie était devenu incontournable.__

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