UMP 3
UMP 3 © Reuters/Benoit Tessier

Si le parti de Nicolas Sarkozy semble s’être remis en ordre de marche, l’horizon n’est pas pour autant dégagé à l’intérieur de la galaxie UMP.

Sur fond d’ambitions personnelles et de conflit de générations, l'UMP est miné par des rivalités qui ont éclaté après la défaite de Nicolas Sarkozy.

Mais c’est aussi un parti marqué par une situation financière préoccupante qui a poussé la direction à prendre des décisions draconiennes.

De quelles natures sont ces difficultés financières ?

L’UMP affiche une dette colossale , de près de 70 millions d’euros .

Le chiffre peut sembler énorme , mais il est en partie dû à l’achat du siège de la rue Vaugirard. Un ancien garage Renaultacheté en 2011 pour la bagatelle de40 millions d’euros .

A cela s’ajoute la campagne des présidentielles de 2012 qui a explosé les compteurs . Ainsi que des frais de fonctionnements excessifs : déplacements, réceptions, indemnités, cadres pléthoriques...

Bref, pendant des années, on a dépensé sans compter à l’UMP.

Une cure d'amaigrissement à l'UMP

Avant même le retour de Nicolas Sarkozy , les dirigeants ont mis le parti au régime sec.

Il n'est plus question aujourd'hui de rembourser les frais téléphoniques de Rachida Dati,ni l’abonnement AFP de Nadine Morano qui coutait la bagatelle de10 000 euros par an .

Finies aussi les livraisons de journaux à domicile . Supprimée la Peugeot 407 de fonction de Marc Philippe Daubresse , l’ex secrétaire général adjoint du parti. On a changé de marque d’eau minérale pour en prendre une moins chère . On a également réduit le volume du courrier et les gens sont priés de de communiquer par mails . Même le café est mis à contribution : au siège de l’UMP, on a supprimé les capsules gratuites pour le personnel.

Le président met lui aussi la main au portefeuille. Au conseil national de février dernier,il a payé le repas de tout le bureau politique. Sans oublier d'ironiser en en expliquant qu’il lui suffira de donner une petite conférence pour se rembourser.

Autre conséquence de ce grand ménage : on rogne aussi sur la masse salariale :

jean-françois copé va présenter les comptes de l’ump
jean-françois copé va présenter les comptes de l’ump © reuters

Là encore, plus question d’une armée mexicaine comme c’était le cas au temps de Jean François Copé.

A l’époque l’UMP comptait 20 vices présidents , alors qu’il n’y en a plus qu’un aujourd’hu i, ou une en l’occurrence , puisqu’il s’agit de NKM.

Plus question non plus derémunérer un collaborateur 8000 euros , comme ça avait été le cas pour Didier Geoffroy l orsqu’il assistaitBrice Hortefeux.

L'UMP essaie aussi de trouver de l’argent

Pour cela elle compte sur les adhésions.

Il y a autour de 270 000 adhérents à l’UMP. L’objectif affiché pour2015, c’est de monter à 300 000.

On compte aussi sur les dons. Ils étaient de 5 millions en 2014 . Le trésorier espère qu’ils atteindront 7 à 8 millions cette année .

La crise du militantisme : un problème plus profond pour l’UMP

les sympathisants ump plébiscitent nicolas sarkozy pour 2017
les sympathisants ump plébiscitent nicolas sarkozy pour 2017 © reuters

A côté de la situation financière de l’UMP, d'autres chantiers , plus politiques cette fois, sont à haut risque pour le nouveau président.

Les dirigeants de l’UMP constatent eux-mêmes un désintérêt des militants pour la gestion des affaires internes du parti.

Un exemple : Nicolas Sarkozy souhaite réformer les statuts de l’UMP en changeant le mode de désignation des secrétaires départementaux. Cette question qui peut paraitre très technique devrait intéresser les militants. Un questionnaire leur a été envoyé mais seulement 3000 réponses sur les 270 000 questionnaires envoyés ont été retournées , ce qui fait un taux de retour de près de un pour cent.

La parade de l'UMP face au désinvestissement militant

Puisqueles militants sont trop éloignés des processus de décision , qu’ils se désintéressent de la vie du parti, que les sujets qui divisent ne manquent pas , et que le culte du chef n’est plus ce qu’il était, l'UMP a décidé deconsulter la base plus souvent. Et pourremotiver cette base , le remède miracle, c’est le recours au numérique.

Reste le gros chantier de 2016, celui des primaires.

les primaires ump de paris entachées de soupçon
les primaires ump de paris entachées de soupçon © reuters

Pourquoi l’UMP, qui critiquait celle du PS, s’est-elle finalement rallié à cette idée ?

D’abord à cause de l’avènement de ce qu’on appelle le tripartisme . Contrairement aux configurations passées, s’il y a plusieurs candidats à droite en 2017, l’UMP risque d’être éliminée dès le premier tour par le Front National.

Ensuite, parce queles rivalités ont tellement fleuri q u’il vaut mieux trancher avant, plutôt que de devoir affronter, après, des dissidences. Nicolas Sarkozy aurait bien voulu éviter ces primaires , mais les temps ont changé et l'UMP se dirige bel et bien vers une primaire fortement ressemblante à celle qu'a connu le PS en 2011.

Les 20 et 27 novembre 2016 , elle devrait permettre non pas à 270 000 personnes, mais bien à plusieurs millions de voter en signant une charte d’adhésion aux valeurs de la droite et du centre , et en payant deux euros.

Pour éviter que le président , qui est en charge de la cohésion du parti, ne se retrouve en situation de confrontation avec ses dirigeants , il devra démissionner.

Derrière une apparence de climat pacifié, des machines de guerre se mettent en place.

Alain Juppé et François Fillon lors d'un meeting en 2013
Alain Juppé et François Fillon lors d'un meeting en 2013 © Radio France / Fabien Cottereau

Mais si la primaire a pour objectif de mettre tout le monde d’accord, elle présente aussi un danger. Celui de raviver des rivalités encore très vives au sein du parti.

François Fillon distille son programme. Alain Juppé marque sa différence en martelant qu’il est un allié du centre. Tandis que Bruno Lemaire alterne réunions en province et plateaux télé.

Qu’il s’agisse de François Fillon, d’Alain Juppé ou de Bruno Lemaire , on assiste donc à une pré-campagne électorale.

Nicolas Sarkozy n’est pas en reste. Après avoir présenté ses propositions dans le Figaro, il s'est judicieusement repositionné aux avant-postes pendant la campagne des départementales.

D’où un éclatement du parti , qui restele problème de fond de l’UMP aujourd’hui. Le parti aurait besoin de refonder une doctrine , d’élaborer un programme .

Mais comment définir un socle commun qui puisse rassembler, alors que chacun a besoin de garder ses propositions au chaud , pour marquer sa différence au moment de la primaire ?

L’UMP reste donc un parti miné par des guerres internes, ce qui conduit Nicolas Sarkozy à mener une campagne très différente de celle de 2007

nicolas sarkozy et françois fillon affichent leur unité
nicolas sarkozy et françois fillon affichent leur unité © reuters

A l’époque Nicolas Sarkozy était leleader incontesté et il marchait sur l’eau. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse : i l est sur un brasier.

Il fait donc très attention à ménager ses proches . Il se laissetutoyer. Il écoute, ou fait mine de . Si cela peut surprendre, cette approche diplomatique semble une nécessité à certains. Ne jamais froisser personne, c’est doncle premier élément de la stratégie de reconquête qu’il a mis en place.

L’autre axe de cette stratégie , c’est un savant dosage dans la désignation des équipes dirigeantes. Au bureau politique , l’instance supérieure de l’UMP, Nicolas Sarkozy a donné une place à chacun de ses rivaux : à François Fillon bien qu’il le déteste. A Alain Juppé qu’il place à ses côtés alors qu’il s’en méfie. Et à Bruno Lemaire qu’il surveille pourtant de très près.

Le président de l'UMP doit aussi composer avec ses deux bras droits qui se détestent cordialement. D’un côté, Laurent Wauquiez, ex poulain de Patrick Buisson et actuel secrétaire général de l’UMP. Et de l’autre, NKM, la vice-présidente qui incarne, elle, une droite plus modérée.

Ainsi, au conseil exécutif national, qui se réunit tous les mercredi soirs, Nicolas Sarkozy déploie des trésors de diplomatie . C’est donc une atmosphère très particulière qui semble cependant fonctionner puisque le dialogue est maintenu.

Nicolas Sarkozy prend bien soin de ménager les uns et les autres

Aubureau politique , là encore, on est loin du Nicolas Sarkozy de 2007.

Chacun a droit à un petit compliment ou à une familiarité de la part du patron. Patron quiforce sa patience au point d’accepter toutes sortes de débats .

Faut-il employer l’expression terrorisme islamiste après l’attentat de Charlie Hebdo ? Jean Pierre Raffarin n’est pas d’accord. Nicolas Sarkozy lui donne raison. Faut-il faire une différence entre les bonnes entreprises et la mauvaise finance ? Nicolas Sarkozy admet que cela sonne trop comme « mon adversaire c’est la finance » ...

Pour Franck Riester, le député de Seine et Marne, il ne fait aucun doute que le nouveau président force sa nature.

Le spectre des affaires qui resurgit

Mouammar Kadhafi et le Président Sarkozy à Paris en décembre 2007
Mouammar Kadhafi et le Président Sarkozy à Paris en décembre 2007 © Jacky Naegelen pour Reuters / Jacky Naegelen

Il y a l’affaire du paiement par l’UMP dudépassement de ses frais de campagne . Affaire dans laquelle il a été placé sous statut de témoin assisté .

Encore plus embarrassant : il y a l’affaire Bygmalion qui peu à peu se rapproche de lui.

Sans parler de l’affaire d’un financement supposé de sa campagne de 2007 par la Libye

Autant d’épées de Damoclès qui, effectivement, planent sur sa tête.

Mais le vrai enjeu des deux années à venir va se situer ailleurs.

Soit l’UMP, écartelé entre une droite dure et le centre, maintient un semblant d’unité et réussit à recoller les morceaux à l’issu de sa primaire et la machine peut se transformer à nouveau en rouleau compresseur, soit elle reste minée par ses rivalités, et là, au contraire, le rendez-vous de 2017 pourrait bien s’en trouver compromis

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