Les algues vertes : une pollution qui infeste les plages de Bretagne depuis un demi-siècle.

Chantal Jouanno et le maire
Chantal Jouanno et le maire © Sipa / Lionel le Saux

Ultra toxique, elle fait fuir les touristes et a déjà tué. C’est le résultat de plusieurs décennies d’aveuglement des pouvoirs publics face à un phénomène qui oppose tenants de l’agriculture intensive et défenseurs de l’environnement. Une calamité qui est toujours d’actualité à la veille des grandes vacances de l'été.

Des milliers de tonnes d’algues vertes échouent cette année encore sur les plages bretonnes. Des algues toxiques. Fraîches elles sont certes inoffensives, mais quand elles restent plus de 24h échouées, en couches épaisses, elles putréfient et développent un gaz qui en grande quantité, est aussi toxique que du cyanure : l’hydrogène sulfuré.

Un gaz présumé tueur et un lanceur d’alerte

L’affaire remonte au 28 juillet 2009. Vincent Petit se trouve sur la plage de Saint-Michel-en-Grève dans les Côtes d’Armor :

Vincent Petit
Vincent Petit © Inès Léraud/RF / Inès Léraud/RF

"Après avoir mis pied à terre, je m’enfonce tout d’un coup dans une vasière restée invisible, et ce jusqu’aux genoux. Idem pour mon cheval qui met les antérieurs dans la vase. En quelques instants, il fait un arrêt respiratoire. A partir de là je vous garantis que ce fut le rideau noir, je n’ai plus aucun souvenir de comment ils s’y sont pris pour me sortir de là, me ranimer et me mettre dans une ambulance."

Bilan : le cheval est décédé et Vincent Petit est envoyé à l’hôpital de Lannion. Il subit toute une série d’examens sans qu’on puisse déterminer la cause de son mal. Le lendemain matin l’urgentiste prend son service et n’a aucun doute sur le diagnostic comme le raconte le cavalier rescapé :

"Le docteur Pierre Philippe a fait l’hypothèse d’une intoxication par les gaz émis par les algues vertes en putréfaction. Je ne connaissais même pas l’existence d’un gaz dangereux émis par les algues vertes !"

Pierre Philippe était le seul dans son service à être convaincu que les algues en putréfaction pouvaient tuer. En effet, dans les années précédentes, il avait eu à traiter plusieurs cas dramatiques et troublants. Mais jusque-là personne n’avait voulu l’écouter :

Pierre Philippe
Pierre Philippe © Inès Leraud/RF / Inès Leraud/RF

"La première alerte date de fin juin 1989. Un jeune homme de 26 ans parti faire un footing sur la plage. Il a fallu trois jours avant que son corps soit retrouvé au sein d’un important amas d’algues vertes. J’avais demandé à ce qu’il y ait une autopsie de faite sur l’hôpital de St Brieuc. Je n’en ai jamais eu le résultat après plusieurs demandes auprès du procureur de la République ou des différentes instances. C’était une fin de non-recevoir. Vingt plus tard, j’ai à nouveau réclamé le résultat de cette autopsie, en vain."

Des autorités sanitaires sourdes et aveugles

Sans réponse à ses courriers au Procureur de la République de Guingamp , Pierre Philippe s’est alors adressé à son supérieur hiérarchique, le procureur de Rennes qui l’a renvoyé vers… son confrère de Guingamp ! Quant au laboratoire de Saint-Brieuc chargé en principe de faire cette analyse, il dit ne pas en avoir gardé trace. L’autopsie a-t-elle eu lieu ? Mystère, et le doute subsiste sur l’origine du décès du jogger. Pourtant, dix ans plus tard, le même urgentiste est de nouveau confronté à un cas suspect. Un ouvrier du ramassage des algues vertes, Maurice Briffaut, est retrouvé inconscient au volant de son tracteur. Il survivra mais restera tout de même quatre jours dans le coma.

Première alerte lancée par l'urgentiste Pierre Philippe auprès des instances sanitaires
Première alerte lancée par l'urgentiste Pierre Philippe auprès des instances sanitaires / DR

Cette année-là - 1999 - Pierre Philippe contacte les autorités sanitaires pour les informer de ce qui lui paraît être un enjeu de santé publique. « Circulez, il n’y a rien à voir » lui répond-t-on. Les causes du coma de Maurice Briffaut ne seront donc officiellement jamais élucidées.

Les révélations de l’autopsie du cheval

Et encore dix ans plus tard, en 2009, survient un troisième cas : celui du cavalier et de son cheval. L’urgentiste conseille alors au cavalier de faire autopsier son animal afin d’apporter la preuve de leur intoxication. Une bataille très compliquée à mener, à en croire Pierre Philippe :

"Je me suis heurté aux pires oppositions : comme celle du service vétérinaire. Je n’avais pas le droit de faire cette demande, il fallait que cela passe par les autorités sanitaires. Une véritable plaie durant plusieurs matinées passées à me battre pour obtenir cette autopsie. La direction de l’hôpital par l’intermédiaire du directeur adjoint est venue m’avertir de faire attention, qu’elle avait reçu des appels de la DDASS, de la préfecture, affirmant que j’étais sur la ligne rouge à ne pas franchir. On m’a bien mis en garde."

Mais une bataille gagnée puisque le résultat de l’autopsie du cheval a été enfin communiqué à Vincent Petit le cavalier, par ailleurs vétérinaire de profession :

"On a pu constater des poumons extrêmement congestionnés avec un afflux de sang massif, compatible avec une intoxication par un gaz. Gaz retrouvé à un taux - qu’on ne peut pas dire anormalement élevé puisqu’il n’est pas présent, sinon à l’état de trace, dans les tissus humains ou animaux - de plus d’un milligramme par kilo de matière. Une quasi bombe atomique dans le poumon !"

Le gaz en question ? De l’hydrogène sulfuré, très dangereux, dégagé par les algues en putréfaction.

Mesure du taux de sulfure d'hydrogène près d'un tas d'algues vertes
Mesure du taux de sulfure d'hydrogène près d'un tas d'algues vertes © Salom Gomis Sébastien SIPA / Salom Gomis Sébastien SIPA

Soudain réveil des autorités publiques

Le résultat de l’autopsie suscite un branlebas de combat médiatique et politique. Quatre ministres vont écourter leurs vacances d’été pour se rendre sur la plage de St-Michel-en-Grève , dont le Premier ministre François Fillon qui annonce ce jour-là les décisions prises par le gouvernement :

"L'Etat prendra toutes ses responsabilités et va prendre à sa charge le nettoyage des plages les plus touchées : celles sur lesquelles il peut y avoir un risque de santé publique. Deuxièmement nous avons décidé de mettre en place une mission interministérielle qui dans les mois à venir va bâtir un plan d’action pour lutter contre la prolifération des algues vertes et proposer des solutions efficaces de ramassage et de protection de la population."

Le gouvernement commande alors une expertise scientifique sur ces algues. Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargé de l’écologie, est catégorique lorsqu’elle communique les résultats dans les premiers jours de septembre 2009 :

"Effectivement les résultats sont très clairs. Les doses de gaz sur les algues en décomposition, cet hydrogène sulfuré, sont le double des doses mortels. Et ce qui m’a frappé dans ce dossier c’est le nombre d’années où on a joué la politique de l’autruche."

En Bretagne : la politique de l’autruche durant des années

En effet, le sujet des algues vertes a été un sujet de conversation quasi-interdit durant des années comme le confie Claude Lesné , toxicologue au CNRS :

"Des collègues, directeurs de laboratoires à Rennes, m’ont dit qu’ils voulaient faire des études là-dessus mais qu’ils avaient présenté plusieurs fois des dossiers sans jamais être pris. Etudier la putréfaction des algues vertes était impossible. Un domaine tabou car les algues vertes sont une production de l’agriculture intensive, or il est impossible en Bretagne de remettre en cause ce modèle agricole. La réaction était donc de toujours étouffer."

Pourtant avant 2009, l’administration connaissait le réel danger de ces algues. Dès 2007 soit deux ans avant l’accident du cavalier et de son cheval, la direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) des Côtes d’Amor a fait des mesures et sait qu’un risque mortel planait sur les plages bretonnes. Ce rapport a été envoyé à la Préfecture. Mais ensuite rien ou presque n’a été fait pour éviter le danger.

Ramassage des algues et sécurité des plages : un coût très élevé

Dès que le beau temps arrive, de mai à septembre - les algues vertes ont besoin de soleil pour proliférer – des ballets de tracteurs ramassent les tonnes d’algues vertes qui s’échouent sur les plages. Un coût élevé pour la collectivité. Jean-Claude Lamandé , adjoint au maire de Plestin-Les-Grèves dresse les comptes :

"Aujourd’hui le ramassage des algues vertes coûte environ 750 000€ à la collectivité et à l’Etat par an. Ici nous ramassons malheureusement la moitié de la production bretonne en algues vertes. Sur une petite baie comme celle-là c’est extrêmement important. Il nous est arrivé l’an dernier de ramasser 4000 m3 soit 4000 tonnes dans la semaine en période de pointe."

Ramassage des algues vertes à Saint-Michel-en-Grève, 2011
Ramassage des algues vertes à Saint-Michel-en-Grève, 2011 © J.Fouquet/Ouest France/maxPPP / J.Fouquet/Ouest France/maxPPP

Le tourisme et l’immobilier en subissent les conséquences. Résultat ? Un coût global qui explose : en 2009 on estimait à un milliard d'euros le coût de ces marées vertes en Bretagne . Par ailleurs, la sécurité des plages est très organisée. En plus d’un ramassage quotidien des algues, sur certaines plages, comme celle de Plestin-les-Grèves , on balise les zones à risque avec des bouées rouges.

L’agriculture intensive pointée du doigt

Première raison : les déjections animales en quantité astronomique dues aux neuf millions de porcs d’élevage en Bretagne. Deuxième raison : les engrais. Des déjections et des engrais chimiques épandus sur les sols bretons, qui produisent du nitrate, lequel se répand dans les cours d’eau, puis dans la mer. Ce composant chimique a une particularité bien connue des chercheurs d’IFREMER (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer) comme Alain Menesguen :

"Le nitrate, c’est bien connu, est un super fertilisant. On l’utilise donc sur les bassins versants pour faire pousser les plantes. Quand il arrive en mer, il fait pareil : il fait pousser les algues ! Actuellement en Bretagne, l’essentiel du nitrate vient du lessivage de terres agricoles trop enrichies."

Un « coupable » identifié, mais une vérité dérangeante

Cette réalité en effet est connue dès la fin des années 80. Mais à cette époque, personne n’a voulu en entendre parler. Il ne fallait surtout pas entraver l’industrialisation de l’agriculture. Les autorités ont donc préféré désigner un autre coupable, le phosphore, présent dans les produits ménagers. Ce qui permettait de déplacer la faute sur les villes. C’est ce discours qui prévalait lors des réunions avec la Préfecture des Côtes d’Armor , se souvient Alain Menesguen :

Alain Menesguen
Alain Menesguen © Inès Léraud/RF / Inès Léraud/RF

"A partir de 1987-1988, nous organisons plusieurs réunions annuelles en présence des services départementaux pour expliquer ce qu’on est en train de comprendre. Mais ils n’ont pas voulu tenir compte de nos conclusions durant environ cinq à dix ans. Ils ont mené un programme poussé de déphosphatation des rejets urbains, qui n’a fait ni de bien ni de mal, pour améliorer les stations d’épuration. Mais il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre !"

Des lobbyistes très actifs

Ce refus de désigner clairement les nitrates agricoles a d’autres conséquences comme de semer la confusion dans l’opinion publique et dans l’esprit des agriculteurs. Vingt ans plus tard, en 2011, voici ce que déclarait encore Thierry Merret , le responsable de la FNSEA - le plus important syndicat agricole en France - duFinistère, dans le Télégramme :

Aucun lien scientifique n’a été établi entre les marées vertes et les activités humaines, en particulier agricoles. La méconnaissance de ce phénomène devrait conduire l’Etat à mener, en collaboration avec des scientifiques intègres et objectifs, des projets pour déterminer les origines du développement des algues vertes.

L’expertise apportée par IFREMER est donc rejetée par un responsable de la FNSEA . En effet, les milieux agricoles et agroalimentaires ont fait appel de leur côté à leurs propres scientifiques qui apportent, dans les réunions d’agriculteurs, une toute autre version de l’histoire, comme en témoigne Thierry Thomas, un éleveur porcin :

Thierry Thomas
Thierry Thomas © Inès Léraud/RF / Inès Léraud/RF

Ils apportaient un message contradictoire en affirmant que c’était les déversements des stations d’épuration des villes qui déversaient du phosphore dans le milieu Des gens niaient donc la réalité des nitrates dans le phénomène de développement des algues vertes. Non seulement c’était dit en assemblée générale mais en plus ça s’étalait dans la presse agricole et à l’ensemble du milieu agricole.

Parmi ces scientifiques qui nient le rôle des nitrates agricoles, l’agronome Christian Buson, consultant pour l’industrie agroalimentaire. Sur le site de son association « l’Institut de l’Environnement et de la Santé », on découvre qu’il fait des conférences dans des lycées agricoles, dont les titres laissent songeur : « Nitrates. Ils sont bons pour la santé » ou « l’agriculteur ne pollue pas. Au contraire, il dépollue ». Lui n’en démord pas, les marées vertes ont d’autres causes que les nitrates :

Il est possible qu’on est sous-estimé le rôle du phosphore...

Sd’I : Et aussi, selon vous, le rôle des bigorneaux ?

C.Buson : C’est une hypothèse. Si l’origine est un déficit relatif des brouteurs habituels, il serait important aussi de le vérifier : notamment le rôle des bigorneaux. J'entends beaucoup de Bretons se plaindre qu'il n'y ait plus de bigorneaux.

Sd’I : Vous êtes quand même financé par des grosses entreprises de l’agroalimentaire ?

C. Buson : Je n’ai pas à vous parler de ça c’est hors sujet. Je vous remercie on va arrêter là la discussion. Coupez ça

L’action de ces scientifiques ou lobbyistes porte pourtant ces fruits. Au point qu’en 2012, un rapport ministériel dénonce le comportement de la filière agroalimentaire qui aurait à ses yeux mis en place « une stratégie de l’incertitude, pour prolonger l’inaction environnementale ». Une stratégie bien rodée et efficace comme le prouve les propos de cette agricultrice, éleveuse laitière, par ailleurs chargée du dossier algues vertes, à la FNSEA des Côtes d’Armor :

"Affirmer aujourd’hui que l’agriculture est responsable des algues vertes, me dérange. Il y a plusieurs facteurs. J’aimerais qu’il y est un rapport scientifique qui dise : « ça y est on a trouvé. Le problème est là et il faudrait faire ça». On ne connaît pas tout sur le système des marées vertes. On n’a pas toutes les données, au niveau scientifique du moins."

L’indépendance des scientifiques : un sujet qui fâche au Conseil régional

La pilule ne passe décidément pas auprès des agriculteurs. Et la situation ne risque pas de s’arranger. En effet, le Conseil Régional pourrait suspendre ses aides à un conseil scientifique indépendant : le Conseil Scientifique de l’Environnement de Bretagne (CSEB) , formé de scientifiques indépendants qui ont fourni un travail remarquable sur les algues vertes pendant vingt ans. Et lorsque l’enquêtrice de Secrets d’Info a tenté d’en savoir plus auprès du Conseil Régional, cela ne s’est pas très bien passé :

Sd’I : Thierry Burlot, vous êtes en charge de l’eau et des déchets au Conseil régional de Bretagne. Que pensez- vous de la disparition du CSEB (Conseil scientifique de l’environnement de Bretagne) ?

T.Burlot :Votre question a le mérite d’être directe. Ce n’est pas une disparition.

Sd’I :Le CSEB est donc maintenu ?

T.Burlot :On va arrêter là. Vous avez vu la question que vous me posez ? Est-ce qu’on a fait disparaître un comité scientifique qui pourrait en gros nous embêtez sur la question des algues vertes? [Il sort de la pièce]

Une chose est sûre : le Conseil Régional est en train de mettre en place un nouvel outil scientifique, le CRESEB (Centre de Ressources et d'Expertise Scientifique sur l'Eau de Bretagne). Patrick Durand , chercheur à l’INRA en fait partie et précise la manière dont ses membres sont nommés :

Question de Sd’I : Les élus Conseil régional participent donc à cette sélection ?

P. Durand : Complètement. Et votre question - sous-entendant le soupçon d’une volonté des élus de contrôler le CRESEB - est tout à fait compréhensible. On l’a déjà vu par le passé. Pour clarifier les choses, je dirais que j’ai accepté d’avoir une responsabilité au sein du CRESEB notamment pour traiter la question des marées vertes. Comme pour tous les autres scientifiques qui font partie du CRESEB je refuserai d’accepter la moindre pression de ce type.

Vers plus de productivisme contre l’avis des scientifiques

Y aurait-il donc des pressions politiques dans cette affaire ? Aucune certitude sur ce point, mais en revanche le poids considérable des organisations agro-industrielles en Bretagne est tout à fait perceptible. Et ce poids est particulièrement important dans les commissions eau et environnement . Jacques Mangold, ancien adjoint au maire deSt-Brieuc , dénonce ce qu’il considère comme des connivences :

"Des centaines de millions d'euros ont été donnés pour ces plans "Algues Vertes', et donnés contre la garantie d'un engagement mais pas contre des résultats. Et c'est là pour moi tout le problème. Aucun contrôle sur les producteurs n'a été effectué.Autant mettre l'argent dans un panier vide. Cette prégnance de la profession agricole sur les décisions prises est permanente. Ces gens-là avaient toujours un double discours. Il y a donc cette connivence entre la profession et la politique. Un exemple : qui est le représentant actuel du Conseil régional pour l’agriculture ? C’est l’ancien représentant régional de la FNSEA et des chambres d’agriculture ! Cette connivence existe toujours."

En effet Jean-Yves Le Drian , président du Conseil Régional - et ministre actuel de la Défense du gouvernement Valls -, s’est entouré fin 2015 d’un ancien patron de la FNSEA , Olivier Allain , mais aussi d’une cadre du Crédit Agricole, Laurence Fortin . En revanche, pas l’ombre d’un écologiste à ses côtés. Pour certains c’est un tournant libéral dans la politique de la région. Jean-Yves Le Drian affirmerait ainsi une vision claire de l’agriculture pour les années à venir : celle du productivisme. Or les rapports scientifiques sont sans appel : pour mettre fin aux marées vertes, il faut, dans les zones écologiquement sensibles – soit 10% du territoire breton - sortir de l’agriculture intensive.

Des plans de sauvegarde coûteux et des subventions détournées

On en est très loin car le Plan "Algues Vertes", qui a débuté en 2010, doté de près de 200 millions€, n’a pas porté ses fruits. Sur les plages bretonnes la quantité d’algues vertes est toujours aussi importante. L’éclairage de Jacques Mango ld sur ces financements publics destinés à améliorer la qualité des eaux bretonnes :

"Cet argent a servi à moderniser des exploitations qui en ont tiré bénéfice. Certaines l’ont utilisé pour améliorer la gestion des effluents d’élevage et donc leur nitrate. Mais l’argent a aussi permis d’augmenter les capacités de rétention de lisier sur la ferme, ce qui permettait aussi de produire davantage. Au final : effet nul de la mesure pour l’environnement, mais intéressant pour l’agriculteur puisqu’il produisait plus. Lorsqu’on sortait de réunion avec l’ancien responsable FNSEA pour l’environnement, il était d’accord pour diminuer les nitrates, mais quand on était dans l’escalier, il pensait peut-être à augmenter la production !"

Des agriculteurs désemparés et une filière agroalimentaire gagnante

L’argent des subventions a donc servi en partie à amplifier le mal. Cependant, la responsabilité n’échoit pas aux seuls agriculteurs. En effet, ils travaillent dur, gagnent peu, et on exige d’eux des objectifs totalement contradictoires comme l’explique cet éleveur porcin, Thierry Thomas :

La verraterie
La verraterie © Inès Léraud/RF / Inès Léraud/RF

"La grande majorité des paysans n’est pas responsable de la situation même s’ils y contribuent. On nous demande de produire mieux, de tenir compte du bien-être animal, de l’environnement, des normes sociales, mais d’être aussi très performants face à ka concurrence de pays très agressifs au niveau des prix et donc compétitifs. On nous demande tout et son contraire. C’est un peu skyzophrène quand on est paysan !"

En clair : demander aux agriculteurs à la fois de la viande pas chère et des plages propres, c’est exiger de leur part l’impossible.

Au final, c’est la filière agroalimentaire qui tire bien dans l’affaire son épingle du jeu. D’ailleurs, un rapport ministériel de 2015 montre que les ventes d’engrais – et donc de nitrates – ont augmenté ces dernières années en Bretagne. Alors que la région était censée lutter contre les algues vertes ! Il serait peut-être temps de mettre le complexe industriel – dont les coopératives agricoles prescrivant ces engrais chimiques à leurs adhérents - à contribution d’un changement de système agricole, plutôt que de faire reposer les réparations des dégâts environnementaux sur les épaules des agriculteurs… et des contribuables.

Une enquête d'Inès Léraud

►►► A écouter : ce vendredi 10 juin 2016, la 2ème partie du "Journal breton : algues vertes, le déni" d'Inès Léraud dans "Les Pieds sur terre" sur France Culture à 13h30

Les liens

Une histoire de grains pourris Un reportage d'Inès Léraud dans "Interception" le 22 février 2015

Journal breton : algues vertes, le déni (première partie) Un reportage d'Inès Léraud diffusé dans "Les pieds sur terre" sur France Culture, le 19 mai 2016

Bilan des connaissances scientifiques sur les causes de prolifération de macroalgues vertes

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