Gérard Lhéritier est mis en examen pour pratique commerciale trompeuse dans l'affaire Aristophil.
Gérard Lhéritier est mis en examen pour pratique commerciale trompeuse dans l'affaire Aristophil. © PhotoPQR/Nice Matin

Qui n’a jamais rêvé deposséder le manuscrit d’un des textes les plus célèbres de la littérature française ? Un Balzac, un Verlaine, ou un original du marquis de Sade?

Gérard l’Héritier a fait de ce rêveune réalité en acquérant puis revendant en indivision des écrits d’auteurs célèbres.

Mais le rêve tourne au cauchemar le 18 mars dernier lorsquela police débarque au siège d'Aristophil. Elle perquisitionne, saisit les ordinateurs et gèle les comptes.

Quatre mois plus tard,Gérard Lhéritier est mis en examen pourescroquerie en bande organisée, pratiques commerciales trompeuses et abus de biens sociaux. Trois autres personnes de son entourage sont elles aussi mises en examen.

Qui est Gérard Lhéritier ?

Autodidacte originaire de Lorraine où son père est artisan plombier-chauffagiste , Gérard Lhéritier sait très bien s’entourer et fourmille d’idées. Il commence par se lancer dans la joaillerie et quitte la lorraine pour s'installer à Nice.

Manuscit de "Madame Bovary"
Manuscit de "Madame Bovary" © / Flaubert

Dans les années 90, il est soupçonné d'escroquerie dans un scandale financier , l'affaire des timbres de Monaco . On parle déjà à l'époque de rendements exceptionnels grâce à larevente de timbres rares .

Suite à cette affaire,il se lance dans la vente de lettres et de manuscrits. Sa petite entreprise commence à bien marcher au début des années 2000 .

Gérard Lhéritier a une idée qui peut paraitre formidable à l’époque : il propose à ses investisseurs d’acquérir de lettres de Flaubert , deVerlaine ou même le manuscrit du Petit Princ e de Saint Exupéry en indivision.

Chacun peut donc, moyennant finance , posséder un petit bout de texte célèbre.

Il crée un musée pour valoriser les œuvres

Pour donner une belle vitrine à son activité , Gérard Lhéritiergarde les œuvres et crée un musée où il exposelettres et manuscrits .

Un premier musée voit le jour boulevard Saint Germain , dans le très chic 7ème arrondissement de Paris, à l'intérieur d' un hôtel particulier qu'il aurait acheté 34 millions d'euros.

Unsecond musée ouvre ensuite enBelgique.

Journalistes, écrivains, politiques, Gérard Lhéritier a beaucoup d'entregent.

Gérard Lhéritier s'entoure de toute une foule de people .L'homme est capable de créer des événementsle tout paris se presse moyennant finance

Patrick Poivre d'Arvor
Patrick Poivre d'Arvor ©

Il lance les journées européennes des lettres et manuscrits qui en sont à leur 3ème édition .

Journalistes, écrivains, politiques, Gérard Lhéritier a beaucoup d'entregent.

Parmi les vedettes qu’il attire, on peut citer Patrick Poivre d'Arvor, le parrain du musée parisien de Gérard Lhéritier, qui apparaît même dans une vidéo vantant mérites d'Aristophil.

L'AMF lance l'alerte en 2003

L'AMF s’interroge sur ce type de produits atypiques . Elle alerte dès 2003 , mais comme leslettres et manuscrits ne relèvent pas de sa compétence (ce ne sont pas des produits financiers classiques), l’AMF renvoie la balle au parquet , qui ne réagit pas.

Ce n'est qu'en 2014 , soit plus de 10 ans après les 1ères alertes, qu'une information judiciaire est ouverte.

Quels sont les faits reprochés à Gérard Lhéritier ?

La justice s’intéresse auxcontrats passés entre Aristophil et ses investisseurs. A priori ils ne présentent rien de frauduleux : ils précisent bien qu’il n'y apas de garanti de rendement mais qu'Aristophil peut racheter les manuscrits au bout de 5 ans avec une énorme plus-value de 40% pour le vendeur tout cela exonéré d'ISF .

On ne trompe donc pas à proprement parler le client , maisla manière dont les courtiers présentaient ces contrats auprès des investisseurs pose quand même problème.

Gagner autant d'argent sans risque attire les foules. Aristophil compte aujourd’hui18.000 clients . Des plus modestes aux plus riches, certains ont investi 1500 euros , d’autres2 millions , autant d’ investisseurs qui pensent faire une bonne affaire.

Une mini affaire Madoff

L' entreprise a fonctionné parce que Gérard L'héritier aurait créeune bulle spéculative . La justice soupçonne l’existence d’une pyramide de Ponzi .

Rien d'illégal là-dedans excepté que pratiquement personne ne sortait du système et l'on sait pas si à terme,le système ne se serait pas effondré.

La justice poursuit Gérard Lhéritier pour escroquerie en bande organisée . Il aurait bénéficié de la complicité d'experts qui auraient fixé des prix excessifs et auraient maquillé la réalité . Ce serait donc tout un réseau qui aurait abusé de la crédulité des investisseurs.

Que peut-il se passer maintenant ?

Les manuscrits d’Aristophil sont aujourd’hui détenus par la justice et ne peuvent être revendus.

La société et ses65 salariés est en redressement judiciaire avec unepériode d'observation qui vient d'être reconduite pour 2 mois . Dansune telle configuration, les investisseurs se demandent comment récupérer leurs lettres et leur argent.

La réponse de Gérard Lhéritier face à toutes ces accusations

Salon Jérôme du Palais royal, utilisé par le Ministère de la culture
Salon Jérôme du Palais royal, utilisé par le Ministère de la culture © / Faqscl

Son avocat , Françis Triboulet, rejette les accusations . Aristophil selon lui n'a rien d'une escroquerie.

Mais Gérard Lhéritier va plus loin et se dit victime d'un complot du petit monde de l'art parisien qui lui en voudrait d'avoir eu du flair et d'avoir réussi.

Il évoque également un complot du ministère de la culture qui n'aurait pas apprécié sonrachat des lettres du général De Gaulle alors que les Archives nationales les convoitaient.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.