Un bord de mer de rêveen plein Pacifique , à l’heure atomique : tel était le grand atoll de Hao, durant près de quarante ans. Hao – au cœur de la Polynésie française dans l’archipel des Tuamotu - base de vie des militaires lors des campagnes françaises d’essais atomiques. Puis, tout s’est interrompu lorsque le Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP) a été fermé en 2000 . Mais l’atoll de Hao s’apprête à connaitre une incroyable révolution : il pourrait bientôt accueillir sur plus de trente-deux hectares la plus grande ferme au monde d’élevage de poissons. Un comble dans une zone ultra polluée…

L’at oll de Hao : un ruban de corail… devenu dépotoir industriel

Il ressemble à un ruban de corail de deux cents mètres de largeur ourlé d’une digue pour protéger du Grand Océan les 1200 habitants de la commune d’Otepa . On en fait vite le tour, une gendarmerie, un collège, un dispensaire, trois commerces, une boulangerie, une pension de famille, deux églises, un cimetière, un wharf pour sortir le bateau le dimanche. Quelques cocotiers ne font pas oublier les cicatrices de la démolition. L’Armée a rasé ses bâtiments, concassé de la ferraille, de l’amiante et du béton, et laissé derrière elle 150 000 tonnes de terres polluées, remblayées ou enfouies. Voilà à quoi ressemblait Hao il y a dix ans quand Bruno Barrillot, alors délégué pour le suivi des conséquences d’essais nucléaires, y débarque à la tête d’une commission d’enquête :

On a fait le tour de toutes les installations militaires abandonnées avec les habitants qui voulaient nous montrer l’état de délabremen qu’était devenu leur atoll. Une décharge publique sur des hectares ! Effrayant ! Tout comme la plage du lagon au niveau du CEA où des centaines de câbles électriques abandonnés étaient visibles. Des bateaux entiers passaient par la passe pour aller jeter du matériel radioactif au large à une distance de 300 ou 400m : avions entiers, matériaux balancés en vrac, etc…

Des dizaines, des centaines de tonnes de matériel radioactif furent ainsi jetées dans le lagon. Aujourd’hui, celui-ci est encore en partie un dépotoir. D’ailleurs, certains habitants continuent de récupérer du matériel. Comme Coco Danzer, un épicier boulanger que notre enquêteur a accompagné dans sa tournée de ramassage des métaux semi-précieux sur les plages :

A l’époque on jetait n’importe quoi dans le lagon. Des avions, des camions, des voitures, du cuivre et du laiton. Nous sommes à la passe Kaki, là-bas vous avez l’océan. A 500 m, il y a un ancien dépotoir où ils ont dépecé et nettoyé un peu, mais il reste encore des saletés. Une partie du dépotoir est en plein océan et une autre, dans le lagon.

Lancement d’une étude de santé publique

En 2012, on alerte la population de cesser de consommer du poisson plus de deux fois par semaine. Comme les sols, ils contiennent des taux élevés depyralène (PCB) , de métaux lourds - zinc, plomb - et d’hydrocarbures, qui peuvent entraîner des maladies graves.

Une étude de Santé publique a été lancée auprès de la population. Elle est financée à 80% par l’Etat et ses résultats sont attendus en 2017. Elle est menée par un médecin polynésien, le docteurEdouard Suhas de l’Institut Malardé de Papeete . Installé dans le dispensaire de Hao , il propose une prise de sang aux patients volontaires pour l’étude. Extrait d’une visite :

Dr Suhas :On a vu certains polluants dans les sols, les cocos, et les poissons. C’est pour ça que j’ai besoin de vous pour avoir une idée des niveaux de polluants que l’on a dans les populations. C’est difficile de dire quelles sont les procédures car on ne sait pas du tout ce qu’on va trouver chez vous. Mais on a imaginé tous les cas possibles. Donc il y aura quelque chose. Acceptez-vous de participer à cette étude ?

Le patient: Oui tout à fait….

La question de Secrets d'Info __ au patient: Vous mangez du foie de mérou ?

Le patient : oui c'est très bon

Secrets d'Info: Le foie de mérou qui filtre et retient, y compris des particules radioactives ?

Dr Suhas: Oui probablement.

Du plutonium sous l’ancienne base militaire

Plan des zones "chaudes" de Hao - Délégation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires
Plan des zones "chaudes" de Hao - Délégation pour le suivi des conséquences des essais nucléaires © Bruno Barrillot / Bruno Barrillot

On a trouvé du plutonium au bout de la piste d’atterrissage utilisée par la base militaire. La révélation, tardive, a provoqué une grosse émotion sur place. Plus précisément, des poussières de plutonium sous dix centimètres de dalle en béton. Une découverte somme toute logique nous explique Bruno Barrillot :

A l’époque des essais aériens, il y avait une escadrille spéciale d’avions Vautour chargée de faire des prélèvements dans le nuage radioactif des explosions nucléaires. Sous les ailes, ces avions avaient des sortes de collecteurs. Ils n’atterrissaient pas sur la piste de 3400m, mais un peu plus loin sur une aire de décontamination. En effet, ils étaient chargés de poussière radioactive. Par la suite il fallait récupérer les collecteurs sous les ailes.

Les champignons atomiques vont perdurer jusqu’en 1974. Quarante-et-unessais nucléaires aériens au total. Et à chaque fois, les avions Vautour chargés des mesures au cœur des nuages radioactifs, sont ensuite décontaminés au même endroit, en bout de piste, sur une dalle en béton, aujourd’hui en piètre état, que nous décrit Bertrand Parent , rédacteur en chef de la revueTahiti-Pacifique Hebdo :

Décontamination d'un avion Vautour
Décontamination d'un avion Vautour © Tahiti Pacifique Hebdo / Tahiti Pacifique Hebdo

En revenant, les avions étaient décontaminés sur cette dalle. Les ouvriers étaient à peu près protégés, même si pas mal d’entre eux sont malades maintenant. Le plutonium est resté sous les dalles comme l’a montré une analyse récente. Il y a d’ailleurs une polémique. Selon l’IRSN [Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire] il ne faut rien faire, ne toucher à rien : tant que ça reste sous les dalles ce n’est pas grave. Mais des associations inquiètes affirment le contraire : en cas de tempête ou de gros cyclone, ces dalles peuvent se soulever et libérer le plutonium. La CRIIRAD [Commission de Recherche et d’Information indépendantes sur la radioactivité]a jugé l’étude de l’IRSN trop fragile et pas assez poussée. La polémique continue aujourd’hui.

Une inquiétude très compréhensible de la part des habitants, qui ont le sentiment que les autorités ne prennent pas du tout leurs avertissements au sérieux. Car le plutonium n’est pas seulement présent sous les dalles. Les précisions de Roland Ol dham, le président de l’association Moruroa E tatu , qui fédère les anciens travailleurs du nucléaire :

Roland Oldham
Roland Oldham © Gregory Boissy/MaxPPP / Gregory Boissy/MaxPPP

Les avions étaient nettoyés au jet d’eau et cette eau via les canalisations allait directement dans le lagon et ce durant des années. On a déversé du plutonium en toute connaissance de cause dans le lagon de Hao ! Ce qu’il en reste est sous les dalles. Aujourd’hui on nous dit que ce n’est pas grave et que le plutonium va rester là. C’est inacceptable, je bous de colère ! J’ai posé la question à sept experts du CEA présents à Hao : « Combien d’entre vous ont vécu un cyclone en Polynésie ? Après son passage, on retrouve des coraux à 400m dans la montagne, et vous me dites qu’il faut laisser la dalle ici et que rien ne se passera ?!! Mais vous ne savez même pas de quoi vous parlez ! »

Des milliers de tonnes de terres polluées

On a bien tenté de les enfouir au plus profond des sous-sols. Insuffisant pour limiter totalement les risques. Les autorités ont donc opté pour une expérience pilote. La terre est isolée du sol dans des fosses de quatre-vingt centimètres de profondeur, puis recouvertes de bâches composées de membranes et d’enzymes censés digérer le poison. C’est la techniq ue dite par biotertre, mais, souligne Bertrand Parent , personne n’est certain du résultat :

Bertrand Parent, rédacteur en chef de "Tahiti Pacifique Hebdo"
Bertrand Parent, rédacteur en chef de "Tahiti Pacifique Hebdo" © Philippe Reltien/RF / Philippe Reltien/RF

On a fait des trous, des coffrages en béton sur des terres achetées par l’Etat pour faire cet enfouissement. Mais cette expertise au biotertre n'est qu'expérimentale. En cas d'échec, il n’y a pas de plan B. Certains ici se demandent pourquoi ne pas prendre ces milliers de tonnes de terre et les transporter à Mururoa, une île qui ne sera jamais propre et habitable, et jamais rendu aux Polynésiens. Mais cela serait trop cher pour l’Etat nous dit-on….

La ferme aquacole géante : un projet chinois

Le plan de la future ferme usine de Hao
Le plan de la future ferme usine de Hao © P.Reltien/RF / P.Reltien/RF

Et pourtant malgré cette situation, un méga projet vient de débuter sur l’atoll de Hao . La première pierre a été posée en mai 2015 pour bâtir une ferme aquacole géante. 110 000 mètres carrés ont été mis gratuitement pendant quinze ans à la disposition de la société Tahiti Nui Ocean Foods , un promoteur soutenu par un financier chinois, la China Development Bank .

Les plans de cette véritable ferme usine sont dessinés par Coco Teari Taputuarai , petit patron de BTP de Tahiti , choisi par les Chinois pour sa réputation de bâtir très vite. Aucune usine de cette dimension n’existe en Polynésie française. Les plans laissent voir un édifice qui ressemblerait à un cargo super-conteneur géant. L’entrepreneur nous les détaille :

Coco Teari Taputuari
Coco Teari Taputuari © Philippe Reltien/RF / Philippe Reltien/RF

Voici le projet : 56 bassins d’une superficie de 56 000 m2 et d’environ 100 000 m3 d’eau. Vous avez là le bâtiment de traitement du poisson, usine de traitement (préparation, coupe, congélation avec 220 personnes qui vont y travailler) ; l’usine fait 28 000 m2, il n’y a aucun bâtiment équivalent en Polynésie. Là vous avez le bâtiment des aliments pour le poisson ; puis, la centrale électrique, enfin un dépôt d’hydrocarbures de 1,2 million litres de fuel. Un projet colossal.

Et derrière ce projet colossal, il y a un homme : Wang Cheng , le PDG chinois de l’entreprise shanghaienne Tian Rui spécialisée dans les pêches maritimes. Wang Cheng veut entamer les travaux au plus vite, pour, explique-t-il, continuer d’étendre son empire de pêche sur l’ensemble des mers du globe :

Wang Cheng
Wang Cheng © Philippe Reltien/RF / Philippe Reltien/RF

Mon premier travail était en Espagne, ensuite on s’est étendu à l’Afrique de l’Ouest puis au Moyen-Orient. On a donc fait l’Atlantique, l’Océan Indien puis dix ans plus tard on arrive dans le Pacifique Sud. C’est pour cela que j’aime qu’on me surnomme LE pêcheur !

Éleveur de poissons plutôt que « pêcheur »….

La société de Wang Cheng s’est spécialisée dans l’élevage de poisson à très grande vitesse. Elle a en effet recours au même principe que pour élever du saumon en cages dans les fjords norvégiens : on change le régime alimentaire de l’animal en lui donnant de la farine de poisson mélangée à du soja et à du maïs, mais avant, il faut maitriser sa reproduction et capturer des géniteurs. Une opération pratiquée dans une écloserie. Mode d’emploi de cette technique avec Gérar d Siu , président de l’association maritime de Polynésie :

Le principe étant de pouvoir nourrir les larves jusqu’à une certaine taille. Elles vont grossir dans les différents types de bassins. Une fois atteinte la bonne taille commerciale, les poissons seront mis en cage. Les Chinois maîtrisent cette technologie et sont capables de produire le poisson de manière plus rapide.

La technique a un petit côté apprenti sorcier. Par ailleurs, bien que maitrisée par les Tahitiens pour les crevettes, elle n’a jamais été encore expérimentée sur des poissons tropicaux, comme le napoléon ou le mérou, d’où les doutes, malgré tout, exprimés par Gérard Siu :

Pour maîtriser une espèce ça prend presque dix ans.Tant mieux si les Chinois parviennent à raccourcir le processus à trois ans, c’est extraordinaire ! Mais ils ne partagent pas leur secret et ne communiquent pas du tout sur leurs méthodes pour y parvenir ! Ils disent que leur savoir-faire est leur plus-value dans cette structure.

Un méga projet qui est censé apporter des centaines d’emplois locaux sur un atoll du bout du monde, grâce à de l’élevage intensif de poissons tropicaux. Presque trop beau pour être vrai. Dans son bureau, Coco Teari, le patron de BTP, l’auteur des plans de la ferme usine, dévoile le document de présentation du projet chinois et son objectif annuel de production de « nourriture océanique » :

Un million de tonnes par an, un chiffre colossal. Pour moi techniquement la ferme actuelle ne peut pas faire ce chiffre sur Hao. En grandeur, il va falloir l’étendre à d’autres îles de la Polynésie.

En comparaison, Aquaparc, la plus grande ferme aquacole de Polynésie , ne produit que soixante-quinze tonnes de crevettes par an…

De s perspectives économiques alléchantes pour Hao…

A commencer pour le maire de Hao, Théodore Tuahine. Sur l’atoll, on compte cinquante jeunes bacheliers professionnels au chômage, et 277 personnes sur une liste hypothétique de futurs employés de la ferme-usine chinoise. En mai 2015 pour la pose de la première pierre, il a accueilli Wang Cheng à bras ouverts. Un an plus tard, encore ému par cette première visite, il n’hésite pas à nous relire son discours d’accueil :

Théodore Tuahine, maire de Hao
Théodore Tuahine, maire de Hao © Philippe Reltien/RF / Philippe Reltien/RF

Monsieur Wang Cheng, cher ami, je ne me lasserais pas de vous le dire, et vous le savez, vous êtes ici chez vous. Je souhaite que vous considériez cet atoll de Hao comme étant un petit bout de la Chine, comme un deuxième chez vous. Et je forme le vœu que l’on puisse établir très prochainement et avec votre concours un jumelage avec la ville de Shanghai.

Le projet fait aussi rêver l’unique boulanger de Hao qui imagine déjà les nouvelles bouches qu’il aura à nourrir. Signe encore de cet enthousiasme local, l’Eglise mormone de Hao s’est mise à proposer des cours de mandarin gratuit. Il va bien falloir se comprendre ! De leur côté, les autorités locales se veulent très rassurantes : aucun risque à élever du poisson dans ce lagon. Au sein du gouvernement de Polynésie française , Teva Rohfritsch est en charge de l’Econ omie Bleue , et pour lui l’intérêt du projet ne se discute pas :

Teva Rohfritsch
Teva Rohfritsch © Philippe Reltien/RF / Philippe Reltien/RF

Il sert avant tout à créer de l’activité économique et de l’emploi. Mais on ne sacrifiera pas à la rapidité, la préservation et la protection de notre environnement. Il y a formellement dans notre droit des études d’impact qui doivent être mener et c’est l’objet de toutes les discussions qui ont lieu actuellement avec le groupe d’investisseurs. Elles sont menées conformément à l’état de droit existant en Polynésie française. On ne sacrifiera pas nos lagons.

Les lagons en grand danger selon les scientifiques

Bien que déjà sacrifiés en partie par les essais nucléaires , ils risquent de l’être encore plus, si un élevage intensif s’y développe. En effet on ne produit pas dumérou ounapoléon par dizaines ou centaines de milliers de tonnes sans effets secondaires sérieux. Les scientifiques sont au mieux sceptiques, au pire très préoccupés par ce projet chinois. D’abord, Eric Clua , vétérinaire et expert en biodiversité marine, installé à Papeete . Pour lui, en nourrissant lemérou ou lena poléon - des espèces carnivores - on risque de bouleverser l’équilibre dulagon :

Les quantités à produire sont faramineuses. On veut produire 50 000 tonnes de poissons et pour cela il faut importer 500 000 tonnes d’aliments ! Ici si on utilise les déchets de thon, vous imaginez l’impact en termes d’importations ! Mais surtout en terme d’eutrophisation – c’est à dire l’asphyxie possible de ce lagon d’Hao déjà mal drainé.

De son côté, Jean-Philippe Siblet, directeur du service du patrimoine au Museum d’histoire naturelle à Paris , met en garde contre ces élevages intensifs qui existent déjà pour les poulets, les cochons ou les vaches. L’écosystème maritime risque d’être bouleversé :

On joue aux apprentis sorciers. L’élevage de poissons, la pisciculture intensive en mer, présentée il y a 30 ans comme le moyen de sauver l’humanité de la famine, a atteint ses limites. La promiscuité génère des maladies, la concentration de produits chimiques, la prolifération d’espèces indésirables liée à la concentration d’aliments. On transforme, comme pour la vache folle, les régimes alimentaires complets de certains animaux. Compte tenu des volumes, des superficies et des quantités, les conséquences seront immanquablement importantes sur les écosystèmes. __

Même pessimisme à l’IFREMER de Tahiti qui a mis dix ans pour parvenir à élever sans risque une espèce de poisson plus petite et herbivore. Les inquiétudes de son directeur, Benoit Beliaeff :

En élevant des poissons dans un lagon, vous risquez de les nourrir avec des poissons locaux. Il existe aussi des micro-algues toxiques dans le lagon. Et les poissons perroquets broutent le corail, et, à leur tour, sont ingérés par des poissons carnivores (mérous, carangues). Résultat : ces derniers deviennent encore plus toxiques. Toute la chaîne alimentaire est perturbée. Chez l’humain, l’intoxication existe à différents stades, et dépend de la dose que vous recevez : de la simple démangeaison à la mort. Les premiers symptômes ? Des démangeaisons, et l’inversion thermique - vous prenez une douche froide et elle vous paraît brûlante et inversement - Les liaisons nerveuses sont ainsi touchées.

Un atoll anciennement irradié et très pollué ; des techniques d’élevage aux conséquences environnementales et sanitaires très risquées ; un projet de ferme géante véritable gouffre financier et économiquement peu viable. Mais alors pourquoi les Chinois se lancent-ils dans un tel investissement ?

Les véritables atouts de Hao pour les Chinois

Première hypothèse : cette ferme géante pourrait, selon le vétérinaire Eric Clua, servir aux Chinois de centre de recherche officieux :

L’intérêt d’un projet économique non rentable, est de s’inscrire dans un autre projet : la recherche et le développement. Etre prêt à perdre de l’argent pour tester de nouvelles modalités de production. La Polynésie doit rester très vigilante sur les effets secondaires néfastes notamment en matière environnementale.

Mais quel serait alors l’intérêt de mener des recherches d’une telle ampleur ? SelonCharles Egretaud, ingénieur agronome et expert en fond marin, il y aurait une vraie demande de consommation de poissons de luxe sur le marché intérieur chinois. Une étiquette « poisson de lagon bleu de Polynésie » serait un incomparable argument de vente :

Cela correspondrait à une demande de produits de luxe sur le marché intérieur chinois (mérou et marin napoléon). Les cycles sont connus et maitrisés d’un point de vue scientifique mais le passage à l’industriel n’a jamais été effectué.

Le mérou serait-il une sorte de poule aux œufs d’or ? Mais il y a d'autres arguments plus prosaïques. Car la Polynésie a tout mis en oeuvre pour inciter lesChinois à investir, comme d’offrir des terrains gratuits et une exonération fiscale extraordinairement avantageuse. Le Ministre de l’Economie Bleue du gouvernement polynésien, Teva Rohfritsch, ne s’en cache pas :

La Polynésie est autonome fiscalement et a pris un certain nombre de mesures attractives pour s’ouvrir aux investissements étrangers. On pourrait appeler ça un tapis rouge. Une loi de pays a été votée par l’assemblée de Polynésie mais elle s’adresse aux investissements de plus de 40 milliards de FCP soit 400 millions €. Des investissements colossaux.

Un tapis rouge fiscal encouragé par le gouvernement français

A Papeete durant la visite de François Hollande en février 2016
A Papeete durant la visite de François Hollande en février 2016 © Bertrand Parent pour Tahiti Pacifique hebdo / Bertrand Parent pour Tahiti Pacifique hebdo

Ainsi le 22 février 2016, François Hollande en visite officielle à Tahiti , soutenait cette politique de défiscalisation en évoquant non seulement le projet de la ferme géante de Hao mais aussi un autre investissement :

J’ai pris une première décision et qui vaut pour l’ensemble des collectivités du Pacifique : un dispositif de défiscalisation jusqu’en 2025. Les investisseurs français et étrangers peuvent donc venir. Je vais citer deux projets : le complexe touristique de Mahana Beach à Tahiti ou la ferme aquacole de Hao que vous m’avez présentée. Deux projets qui seront accompagnés par la défiscalisation.

Le projet deMahana Beach est celui d’un méga-complexe de trois mille chambres qui intéresse également… les Chinois.

La Polynésie française : un futur Eldorado pour la Chine ?

La vue sur le lagon
La vue sur le lagon © P.Reltien/RF / P.Reltien/RF

Car la Chine s’implante massivement en Polynésie et la ferme d’Hao n’est qu’un projet parmi d'autres, encore plus faramineux. Des projets détaillés dans un communiqué de la Banque de développement de Chine. Pour Wong Feng , son président, il n’est plus simplement question de poissons :

Monsieur Wong Feng a réaffirmé le soutien de sa banque pour des projets d’investissement en Polynésie française. A cet égard il a confirmé que sa banque a finalisé son apport financier au projet aquacole de TahitiNui Ocean Foods et au projet de rachat d’hôtel par Haïnan Tourism en Polynésie française. En outre la China Development Bank possède des équipe d’ingénieurs pour aider la Polynésie à faire des propositions techniques et financières sur les grands projets tels que la Route du Sud, l’aéroport international de Bora Bora ou celui de Fa

L’Etat français responsable ?

En attendant la mise en route de ces futurs projets, les autorités polynésiennes renvoient la France à ses responsabilités en cas de problème sanitaire dans la future ferme géante aquacole de Hao. Le ministre Teva Rohfritsch en ait convaincu :

Si le poisson de Hao avait des relents de plutonium, ce serait surtout le problème de l’Etat français, car on nous a toujours vendu les essais propres et j’espère qu’ils l’étaient vraiment. Mais il semblerait que l’atoll soit préservé de cette pollution au plutonium. S'il s’avérait qu’il ne l’était pas il faudrait que l’Etat prenne ses responsabilités.

Une dernière précision : il n’y a pas de loi pollueur-payeur en Polynésie française . L’industriel est responsable de son usine et de ses rejets mais comme ce sont des pécheurs polynésiens qui seront propriétaires de leur cage flottante, il demeure un doute. Qui serait alors responsable au cas où des rejets organiques massifs entrainent la mort du lagon ? Mystère. Personne peut-être.

Une enquête dePhlippe Reltien, auteur aussi d'un reportage,"Polynésie, générations nucléaires" , qui sera diffusé dans l'émissionInterception sur France Inter le dimanche 22 mai 2016 à 9h10

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