Une Japonaise de 78 ans a révolutionné le modèle des maisons de retraite au Japon avec des établissements abordables qui emploient des personnes marginalisées.

Issu d'autres cultures le personnel est plus tactile
Issu d'autres cultures le personnel est plus tactile © Getty / Terry Vine

L'infatigable Masue Katayama a 78 ans. Elle réhabilite de vieux bâtiments pour les transformer en maisons de retraite et proposer une alternative aux nombreuses personnes âgées qui n'ont pas les moyens de payer des séjours en maison de retraite classique au Japon.

Tout commence en 1986 quand Masue Katayama décide de louer et de rénover une vieille bâtisse pour y accueillir des personnes âgées. 

Grâce au bouche à oreille, les 16 places sont immédiatement pourvues. Masue se rend alors compte de l’ampleur du besoin. Même si le fait d’accueillir ses aînés à la maison fait partie de la culture japonaise, la part des personnes âgées dans la population japonaise est telle que le recours aux maisons de retraite est devenu une nécessité pour de nombreuses familles. Or, à l’époque, il n’existait que deux types de maisons de retraite au Japon : les maisons publiques en mauvais état, et les maisons privées extrêmement chères. Il n’y avait pas d’option pour les familles de classe moyenne.

En 1990, Masue Katayama crée donc Shinkou Fukushikai pour développer son modèle. Comme elle sait que les Japonais ont une mauvaise image des maisons de retraite bon marché, elle s’assure que ses établissements aient un excellent niveau de service et de confort. Elle ravive tout un tas de bâtiments à l’abandon comme de vieux dortoirs d’entreprise et en profite pour leur donner une seconde jeunesse, avec des rideaux cousus mains et des coussins à fleurs.

Elle emploie des aides-soignants de toutes origines souvent en situation de précarité mais également des étrangers qui ont plus  l’habitude d’être tactiles avec les patients

Sa réussite tient aussi au personnel qu'elle décide d’embaucher. Elle choisit d'employer des aides-soignants de toutes origines souvent en situation de précarité mais également des étrangers qui ont  plus l’habitude d’être tactiles avec les patients, avec un double avantage sur le bien-être des résidents et l'insertion professionnelle des étrangers au Japon. En effet, malgré un besoin criant de jeunes actifs, l’accès à l’emploi reste assez verrouillé pour les étrangers.  

Son intuition est la bonne : du fait de la barrière de la langue, les non-Japonais utilisent beaucoup plus leur langage corporel et sont souvent beaucoup plus tactiles que la moyenne des Japonais ! Ils prennent les résidents dans leurs bras, leur tapent sur l’épaule, et leur apporte une chaleur humaine qui améliore leur condition. Et en plus, elle choisit de payer ses employés étrangers au même salaire que les Japonais, ce qui est assez rare parmi les employeurs de son pays !

Aujourd’hui, Shikou Fukushikai compte 39 établissements

Et près de 2000 résidents et 800 employés. Masue dit elle-même qu’elle ne s’est jamais considérée comme une femme d’affaires mais plutôt comme une entrepreneure sociale qui répondait à un besoin non satisfait de sa société. Aujourd’hui âgée de 78 ans, elle continue à travailler avec enthousiasme, avec l’aide précieuse de sa fille.

Emma Stokking de l'agence Sparknews au micro d'Emmanuel Moreau

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