Une étudiante marocaine transforme les déchets de poissons en un cuir de grande qualité. Cette activité permet à des femmes de marins pêcheurs de vivre mieux qu'avant.

Après avoir réalisé des pochettes et de portefeuilles, Nawal s’est diversifiée en confectionnant avec la peau de poisson des sandales et des babouches.
Après avoir réalisé des pochettes et de portefeuilles, Nawal s’est diversifiée en confectionnant avec la peau de poisson des sandales et des babouches. © said mrigua

Avec sa start-up Seaskin, Nawal Allaoui allie écologie, développement économique et réhabilitation des traditions ancestrales. Elle a créé une filière qui valorise les déchets et développe le savoir-faire des femmes de pêcheurs.

Un travail fastidieux peu rémunérateur

Tout commence en 2016 : Nawal est alors encore étudiante à l'Ecole supérieure des industries du textile et de l'habillement (ESITH) de Casablanca. Elle va régulièrement dans la zone côtière de Sidi Rahal et commence à travailler sur des projets d’entrepreneuriat social avec les épouses des pêcheurs qui nettoient les poissons. Elle observe alors que c’est un travail fastidieux très peu rémunérateur pour ces femmes et que cette activité produit par ailleurs une grande quantité de déchets qui s’accumulent dans les poubelles.

Re-découverte d'une technique ancestrale

Or, Nawal sait aussi qu’il existe sur ces zones côtières marocaines une technique ancestrale qui consiste à confectionner des vêtements, des chaussures et des sacs avec du cuir à base de peau de poissons. Elle se dit donc qu’il y a sûrement un moyen d’aider ces femmes de pêcheurs à augmenter leurs revenus en valorisant les déchets de peau de poissons qu’elles manipulent chaque jour.

Tanner le cuir du poisson

Nawal commence à faire elle-même des tests dans sa chambre d’internat. Elle utilise notamment des produits naturels locaux comme le henné et finit par mettre au point une recette efficace pour tanner le cuir de poisson. Le processus suit plusieurs étapes : il s’agit d’abord d’écailler la peau en retirant les résidus de chair et de la rincer pour qu’elle soit bien propre. Ensuite, la peau est plongée toute une journée dans un mélange de produits naturels pour procéder au tannage végétal, avant de passer à la phase de teinture. Elle est enfin aplatie et séchée pour pouvoir servir de matière première à des entreprises de maroquinerie.

Six femmes appliquent la technique

Afin d’affiner sa technique, Nawal a testé sa recette sur différents types de peau de poisson qu’elle a récupérées auprès de restaurateurs locaux, puis auprès d’usines de transformation de poisson. Sole, merlan mais également saumon : tout est bon à prendre, y compris la peau, dans le poisson ! Nawal a ensuite formé six femmes du village de Sidi Rahal à sa technique et leur a permis d’augmenter leurs revenus

Pas d'odeur pour le prince Harry

A l’état brut, cette peau très fine sent fort et manque d’élasticité, mais Nawal a réussi à faire en sorte que les produits finis ne sentent pas le poisson grâce aux huiles de tannage qui remplacent les huiles présentes dans la peau. Elle était d’ailleurs très fière de faire sentir l’un de ses portefeuille au prince Harry lors d’un salon en février dernier ! Inutile de vous dire que ce portefeuille a depuis vu sa valeur monter en flèche sur les réseaux sociaux !

Plus d'explications avec Emma Stokking de l'agence Sparknews au micro d'Emmanuel Moreau

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