Si l’on dépasse la peur qu’ils suscitent souvent, les requins et les loups ont beaucoup à nous apprendre. Attention, toutefois, à ce que notre fascination pour les espèces sauvages ne les mette pas en danger…

Animaux sauvages : qu'ont-ils à nous apprendre ?
Animaux sauvages : qu'ont-ils à nous apprendre ? © Getty / smartboy10

Souvent, une photo grandiose prise au bout du monde donne des envies immédiates de voyage. Et parfois, c'est exactement le contraire : on est subjugué.e par la beauté du cliché, mais soulagé.e de ne pas être là où se déroule la scène. Exemple. Un mérou est en train de se faire croquer par un requin gris qui ouvre grand sa mâchoire, tandis que centaines d'autres requins, autour, se cambrent et tentent de lui arracher sa proie. Ce ballet sous-marin est d'une beauté rare... mais je reste là où je suis et me contente de regarder la photo, bien au sec. Pour autant, il ne s'agit pas d'avoir peur. Les requins sont indispensables à la régulation des fonds marins et c'est leur disparition qui serait dramatique. Même chose pour tous les animaux qui nous terrifient, d'ailleurs. 

Les scènes de la vie sauvage doivent nous rassurer, pas nous faire trembler. Alors posons-nous la question, ce matin : qu'avons nous à apprendre des animaux sauvages ?

Réponse avec nos invités :

  • Laurent Ballesta 

Pour ce biologiste et photographe naturaliste, les animaux sauvages ont beaucoup à nous apprendre sur nos origines. Ils nous mettent en face de notre propre fragilité. Il faut aller voir la biodiversité pour voir les liens qui nous unissent, animaux et humains. Et pour cela, rien ne vaux une plongée dans les profondeurs !

Cet été, Reporters sans frontières invite le plongeur photographe Laurent Ballesta pour une immersion en eaux profondes. En partenariat avec la Fondation Nicolas Hulot, RSF publie un album s’inscrivant dans la lignée des albums engagés pour la célébration et la préservation du vivant.

  • Valérie Chansigaud

Historienne des sciences et de l'environnement. Pour elle, ce que l'on voit chez les animaux sauvages correspond à ce que l'on projette, ce que l'on veut voir. Nous devons être vigilants pour que notre amour des animaux ne les mettent pas en danger.

Son dernier livre, Les combats pour la nature, est paru aux éditions Buchet-Chastel. En septembre 2020 paraîtra son Histoire de la domestication animale, aux éditions Delachaux et Niestlé.

  • Joëlle Zask (au téléphone)

Autrice de Quand la forêt brûle paru aux éditions Premier Parallèle en 2019, Prix Pétrarque de l’essai France Culture. Son livre Zoocities paraîtra le 27 août, toujours aux éditions Premier Parallèle. Enseignante au département philosophie de l’université Aix-Marseille, elle étudie comment les animaux peuvent-ils entrer dans notre champ de conscience tout en restant sauvages.

Témoignez

Durant l'émission, contactez-nous ! Nous attendons vos réactions, interventions et témoignages au 01 45 24 70 00, et écrivez nous ici.

►► Et gardez le contact en laissant un message sur notre répondeur au 01 56 40 68 68

Extraits de l'émission

Valérie Chansigaud : "Le regard qu'on porte sur les animaux sauvages fonctionne un peu comme les tests de Rorschach, ces tâches où l'on cherche à reconnaître des formes. Dès qu'on voit la forme, elle est là, c'est évident. On fait la même chose avec les animaux : 

on projette sur eux ce qu'on a envie d'y voir, les qualités que l'on a envie d'y trouver.

Valérie Chansigaud : "Quand on regarde les publications scientifiques, on se rend compte qu'il y a les mêmes discriminations que dans l'ensemble du public. On va vraiment se concentrer ses efforts sur certains types d'animaux et c'est assez logique. On n'imagine pas un enfant dire"Moi, plus tard, je vais étudier les araignées". Il va probablement plutôt étudier les requins et les pandas… les animaux valorisés. Et on se rend compte que ce travers existait déjà chez nos ancêtres parce que les peintures rupestres représentent les mêmes types d'animaux : des gros animaux. Les insectes sont pratiquement absents ; les plantes sont extrêmement rares. C'est toujours des grands mammifères, quelques oiseaux et c'est tout".

Laurent Ballesta : "'Les animaux moches', c'est très subjectif. Il suffit que la lumière soit belle et que le contexte soit beau. Et souvent, vous savez, tous ces animaux qu'on dit 'moches' viennent des abysses. On les photographie sur le pont d'un chalutier, on photographie des cadavres, quoi. C'est rarement beau, un cadavre, quel qu'il soit. 

Quand on voit la baudroie des profondeurs dans toute sa délicatesse avec ses filaments lumineux, ça devient une œuvre d'art.

Laurent Ballesta : "On voit clairement que le requin tout seul, quand parfois il tente une hypothétique attaque tout seul, rate systématiquement sa proie. Je crois qu'on a vu qu'un cas où il a réussi à en attraper une".

Valérie Chansigaud : "Il y a des exemples de coopération sans "chacun pour soi" ensuite. Par exemple, il y a des araignées sociales qui font non pas une toile isolée, mais une toile collective qui peut recouvrir l'intégralité d'un arbre. Il peut y avoir des dizaines de milliers d'araignées sur cette toile. Et lorsqu'une proie se prend, ce sont les araignées qui sont à proximité qui les mangent, et si les grandes commencent à manger cette proie, et qu'une petite arrive, elles lui font de la place".

Laurent Ballesta : 

Au fond de l'eau, au milieu des 700 requins, c'est sûr qu'on se sent un peu vulnérable, forcément. Et ça fait du bien.

"On parle toujours de nos technologies, à quel point on est avancés, de cette capacité qu'on a eu d'aller sur la Lune, etc. Oui mais dès qu'on en ramène vraiment à notre à notre entité organique, qu'est-ce qu'on est médiocre quand on voit ces animaux racés, musclés… La perfection, c'est eux ! Nous, à force de médecine extraordinaire, de sécurité sociale et de gendarmes qui nous surveillent, c'est nous les vulnérables, vraiment !" 

Programmation musicale 

  • Ezechiel Pailhes - "Tu te rappelleras"
  • Benny Sings - "Sunny afternoon"
  • Barbara - "Si la photo est bonne"
Les invités
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.