C'est les vacances et pourtant la fatigue peine à se résorber. Pourquoi sommes-nous tant fatigué.e.s ? Ses critères de compréhension sont si pluriels et complexes qu'elle comprend plusieurs définitions à la fois. Car l'état de fatigue varie énormément en fonction de chacun et ne peut se permettre d'être généralisé.

Grosse fatigue.
Grosse fatigue. © Getty / Westend61

Quoi de plus banal que la fatigue ? Voilà un mot étonnant, que tout le monde comprend mais qu'on serait bien en peine de définir précisément. La fatigue, c'est un manque de sommeil, mais pas seulement. C'est une diminution des forces, mais pas seulement. C'est une lassitude, un besoin de repos, une faiblesse passagère ou chronique, physique ou psychologique. Ce mot mérite le pluriel, à vrai dire. Il y a toutes sortes de fatigues.  

Est-ce bien raisonnable de parler de la fatigue le 14 août ? Un jour où personne ou presque ne travaille ? Pourtant, la fatigue en vacances est aussi une tendance lourde. Nous allons tenter de mieux comprendre la fatigue pour essayer de la combattre ou de s'en faire une alliée.

Avec nous pour en parler

  • Baptiste Morel, maître de conférence à l’université Savoie Mont-Blanc, au laboratoire inter-universitaire de biologie de la motricité.
  • Elsa Fayner, journaliste santé, créatrice de la newsletter 21 jours.
  • Léonard Anthony, coach en auto-développement, auteur de Libérez-vous de la fatigue (Editions J'ai Lu).

Extraits de l'émission

La fatigue, même en vacances, ça existe (surtout avec la crise actuelle)

Léonard Anthony : "Ça a l'air d'un paradoxe, mais c'est une réalité, surtout en ce moment avec la crise sanitaire, avec des fatigues nouvelles qui viennent s'ajouter du fait de la situation anxiogène". 

Baptiste Morel : "Tout dépend de ce qu'on appelle "vacances" car certes on ne travaille pas, mais ça ne veut pas dire qu'on ne fait rien. Et, en fonction de ce qu'on va faire pendant nos vacances, on peut tout à fait continuer de se fatiguer ! 

Arrêter de travailler, prendre des congés fait qu'on ne va plus aller travailler, mais la source de la fatigue peut rester

Quand vous installez une routine que vous connaissez au quotidien, votre cerveau va fonctionner en pilote automatique, il va être habitué. Mais quand vous êtes en vacances, il va falloir s'habituer à un nouveau train de vie (préparer votre trajet, savoir où est l'aéroport une fois sur place, où vous allez faire vos courses etc. Tout cela, ce sont des contraintes cognitives qui sollicitent énormément le cerveau et qui peuvent participer à une forme de fatigue".

Difficile de définir exactement la fatigue tant elle est plurielle

Elsa Fayner : 

La définition de la fatigue n'est absolument pas évidente. Elle est assez floue et subjective

"Chez certaines personnes, une fatigue psychologique peut se traduire d'une manière totalement différente par rapport à une autre, de même qu'une fatigue physique, avec aussi des symptômes différents". 

Le lien entre fatigue et sommeil ne va pas non plus de soi. Par exemple, l'insomnie est un cas de figure assez particulier. Il y a des gens qui pensent être insomniaques, mais qui finalement dorment, quand d'autres ne dorment vraiment pas. 

90 % des gens qui sont fatigués ne rentrent pas dans les cas de figure qu'ils se font et dont ils pensent subir les effets

Ensuite, il y a effectivement les troubles du sommeil qui sont principalement dus à des horaires atypiques de travail qui sont en expansion. On a 15 % des salariés à peu près, en France, qui travaillent en décalé, en horaires alternés (sage-femmes, pompiers, policiers, livreurs, ouvriers…). Là, c'est la désynchronisation qui est très fatigante. 

Au-delà de ces cas de figure plutôt embêtants, graves, la plupart d'entre nous, on peut être très fatigués quand même en ayant le nombre d'heures de sommeil conseillées (7 heures minimum à peu près) et malgré tout, ça peut vouloir dire autre chose. 

La fatigue vient comme symptôme, c'est un langage complexe comme peut l'être la douleur quand vous avez mal quelque part. Ça ne veut rien dire en soi…

Pourquoi est-il si difficile de comprendre les ressorts de la fatigue ?
Pourquoi est-il si difficile de comprendre les ressorts de la fatigue ? © Getty / Fernando Trabanco Fotografía

Quand la définition de "la fatigue" est un frein majeur à sa compréhension

Baptiste Morel : "C'était la grande oubliée. Il n'y a qu'un seul terme pour parler d'un problème qui revête plusieurs formes différentes, ce qui rend les choses compliquées… Plus qu'une approche biomédicale, il se pourrait aussi qu'il y ait aussi des déterminants psychologiques dans la fatigue.

Ce mot, qui a un nombre de synonymes incroyable dans la langue française, représente des choses qui n'ont absolument rien à voir les unes des autres 

Le problème, c'est que la fatigue est un mot qui est un faux ami. Il ne veut pas forcément dire "fatigue" au sens où "je suis fatigué de ma journée". Il veut aussi dire "épuisement", "fatigue extrême". Et ça, c'est quelque chose de capital pour les personnes qui en souffrent parce qu'elles vont manquer d'une forme de reconnaissance. 

Il y a vraiment un problème sémantique qui est clé dans le débat qui vise à comprendre la fatigue

Les bienfaits de l'activité sportive sur la fatigue 

Baptiste Morel : "L'activité physique va permettre de diminuer la sensation de fatigue. Ça n'est pas la seule manière d'intervenir, ça n'est pas forcément la meilleure solution pour tout le monde, puisque on peut aussi avoir des fatigues qui ont des origines qui sont différentes, mais l'avantage c'est qu'elle va permettre un reconditionnement physique, avoir des muscles qui vont capables de produire plus de force, un système cardio-vasculaire qui va mieux fonctionner. 

Également, l'activité physique va jouer sur l'anxiété et la dépression, qui sont deux symptômes qui sont très associés à la fatigue. Elle va permettre d'améliorer le sommeil, qui est aussi une source de fatigue. 

L'activité sportive va jouer sur différentes origines potentielles de fatigue et maximiser les chances de recevoir moins de fatigue

Comprendre chaque fatigue à l'échelle individuelle

Baptiste Morel : "Aujourd'hui, on essaie d'identifier les causes individuelles pour pouvoir proposer la meilleure intervention. On connait énormément d'interventions qui fonctionnent. Certes, on n'a pas encore de pilule magique mais il s'agit en premier lieu de comprendre chaque individu, et la raison pour laquelle il ou elle est fatigué.e en lui proposant l'intervention la plus adaptée à sa fatigue.

Il s'agit de lister les différents mécanismes de la fatigue

Apprendre à gérer sa fatigue sans non plus la combattre

Léonard Antony : "Combattre sa fatigue c'est une mauvaise direction. 

La fatigue est un signal qui vous veut du bien même en cas de dysfonctionnement

On se rend compte que, même quand on n'a pas d'obligations, on met en place des injonctions. Et il est important de pouvoir réagir, reformuler l'articulation de son existence pour se libérer d'une grande partie de la fatigue ressentie dès lors que l'on ne considère pas sa fatigue, non pas comme un élément à combattre, mais comme quelque chose que l'on on devrait entendre".

La suite à écouter…

Pour en aller plus loin

La série d'Elsa Fayer et Sarah Bouillaud sur la fatigue, pour Les Jours : Grosse Fatigue.

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  1. Comment est ta peine - Benjamain Biolay
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