Avez-vous déjà réussi à pardonner ? Ou êtes-vous rancunier ? On interroge nos manières de pardonner ou pas ce lundi matin.

Pardonner !
Pardonner ! © Getty / Cecile Lavabre

Tout le monde a, dans son entourage, au moins une personne outrageusement susceptible et rancunière. Quelqu'un capable de rayer un ami de sa vie si ce dernier le déçoit. Quelle que soit la gravité des faits reprochés, il suffit de prendre un peu de recul pour se rendre à l'évidence : la personne des deux qui souffre le plus, c'est celle qui ne pardonne pas. Le rancunier est convaincu de son bon droit, drapé dans une exigence morale qui lui semble juste, mais c'est à lui qu'il fait du mal. Il se rend malheureux. 

Voilà notre sujet pour cette deuxième heure d'émission, vaste sujet : le pardon. Comment et pourquoi pardonner ? À quel prix ? Quels sont les vertus du pardon et ses limites, en amitié, en amour, en famille, au travail ? J'attends vos témoignages et commentaires, sur le site de France Inter, à la page de "l'été comme jamais". Et je vous livre, en guise d'introduction cette citation du poète Max Jacob : "Soyez humain si vous voulez être original.e, plus personne ne l'est."

Fabienne Kraemer : "En thérapie, on se rend compte que les victimes demandent plus souvent pardon que les bourreaux. Réussir à demander pardon, c’est réaliser qu’on a mal agi qu’on a blessé l’autre. C’est une démarche assez importante. On devrait tous apprendre à demander pardon ou à s’excuser, ce qui n’est pas la même chose.

La rancune est souvent un problème qui tourne en boucle dans la tête. On peut très bien pardonner à quelqu’un, mais notre inconscient décide autre chose. Il y a une différence entre pardonner et tourner la page. Ce que j’aime dans la notion de pardon, c’est que ce n’est pas nécessaire d’avoir réglé les choses pour pouvoir pardonner. Mais ne pas pardonner peut nous empêcher d’avancer. 

Le pardon est d’abord un problème par rapport à soi-même. 

Si on ne pardonne pas à l’autre, on reste figé, mais même si on n’a pas réglé le problème, mais je trouve intéressant de vouloir tourner une page et de ne pas vouloir la rouvrir." 

Laure Barillas revient quant à elle sur le pardon selon Jankélévitch, philosophie qui a fait de la notion de pardon, l'un de ses grands sujets, une vertu cardinale, en le rapportant à la Seconde Guerre mondiale et à l'Holocauste. 

"L’oubli est quelque chose qui est de l’ordre vital, c’est un acte tourné vers soi : pour aller mieux dans une démarche thérapeutique. Alors que dans le pardon, c'est tourné vers l’autre. L’oubli ne se décrète pas contrairement au pardon. 

Le pardon est un acte qualifié par Jankélévitch, de surnaturel. On ne peut pas expliquer pourquoi on pardonne, c’est irrationnel pour le philosophe. Alors que l’excuse est rationnelle, on va raconter quelque chose. 

L'Holocauste a été un événement impardonnable et la question s'est posée après. Mais il est impardonnable dans plusieurs sens : déjà parce qu'il n'y a pas eu de demandes de pardon. C'est un des prérequis pour Jankélévitch : il doit y avoir une forme de mauvaise conscience. On ne peut pas pardonner à quelqu'un sans qu'il y ait l'expression de la demande de pardon."

Fabienne Kraemer : "On ne pardonne pas à quelqu'un qui ne s'en veut pas. Car il y a quelque chose de l'ordre de la perversité : quelqu'un qui ne voit pas qu'il fait du mal aux autres et qui y prend du plaisir est ce qu'on appelle un "pervers" et il est important de ne pas les pardonner."

On en parle avec nos invitées :

  • Laure Barillas, philosophe
  • Fabienne Kraemer, psychanalyste

Programmation musicale 

  • Benjamin Biolay - Comment est ta peine
  • Joy Crookes - Anyone but me
  • Natacha Atlas - I put a spell on you

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