Il paraît que quand nous sommes en groupe, nous prenons rapidement des décisions absurdes. On vous fait voyager en absurdie ce mardi matin.

Excursion en absurdie
Excursion en absurdie © Getty / John M Lund Photography Inc

Je pense à Perceval, ce matin. Vous savez, l'un des camarades du roi Arthur. C'est surtout la version Kaamelott qui m'intéresse. Dans la série culte d'Alexandre Astier, les répliques de Perceval sont des bijoux d'humour absurde. Ce chevalier de la table ronde est capable de lancer à des inconnus : "Je connais une technique pour tuer trois hommes en un coup, rien qu'avec des feuilles mortes ! Alors là, vous êtes deux, vous avez bien de la chance."

Absurde, vous dis-je. Et donc un peu clivant. Mais il y a des gens - beaucoup de gens, moi la première - que Kaamelott fait pleurer de rire. Et quand on y pense, l'humour est bien le seul domaine où l'absurde est applaudi. Qu'en est-il dans le milieu professionnel ? Et dans les administrations ? Qu'en est-il dans la cabine de pilotage d'un avion ? Partout où se prennent des décisions, l'absurdité est en embuscade. 

Les décisions absurdes ! Tout le monde en prend, mais reconnaissons que c’est plus grave à certains niveaux. Essayons, ce mardi, de comprendre les mécanismes des décisions qui n’ont aucun sens ou qui conduisent à un gros ratage. Pour nous aider, Christian Morel, sociologue et auteur d'une série de livres sur les décisions absurdes, éditée chez Gallimard et Julia De Funès, philosophe et autrice du livre Le développement (im)personnel, aux éditions de L'observatoire et du livre numérique Et après ? N.9 Ce qui changerait tout sans rien changer.

Extraits de l'émission 

Christian Morel réagit à la définition que donne Dorothée Barba de l'absurde : "Pour moi, les décisions absurdes sont régies par plusieurs facteurs. Par exemple : la communication silencieuse (on communique sans vraiment s’exprimer) ou le groupe trop amical (personne n’a envie de dire qu’on n’a pas envie de faire quelque chose pour ne pas blesser l’autre).

Il y a trois types d’absurdes :

  • L’absence de sens,
  • La folie,
  • L’absurde sociologique, comment des gens intelligents, rationnels, éduqués, vont  collectivement faire le contraire de ce qu’ils recherchent et devenir stupides ? 

Julia de Funès, philosophe, ajoute quant à elle : "La distinction qui me semble importante : dans l’absurde, il peut y avoir une logique insensée. Il faut distinguer le sens et la logique. Et c’est ce qui m’intéresse : comment on rentre dans une logique qui n’a pas de sens et comment les gens vont appliquer cette logique ?

Le bon sens est-il subjectif ? Oui, le sens et le bon sens sont très concret. 

Le sens est toujours une extériorité. Dans le Dictionnaire, le sens est défini par trois acceptions : les sensations, la direction et la signification. Le sens est le point commun entre ces trois acceptions du Dictionnaire. Quand on ne trouve pas de d’extériorité à ce qu’on fait, on est dans le mouvement pour le mouvement et on est dans l’absurdité. On ne mange pas pour manger, on ne danse pas pour danser… 

Il faut trouver une extériorité à ce qu’on fait pour sortir de l’absurde.

On peut avoir du sens sans objectif. Parfois, les objectifs mènent à l’absurdie. On focalise sur les objectifs et on oublie le sens et la direction". 

En entreprise, Julia de Funès revient sur ces automatismes devenus absurdes : les slides, les tours de table en début de réunion qui font perdre 15 minutes de travail… On fait parce qu’il faut le faire, parce que ça fait bien. Ça n’a donc pas de sens. 

Bon nombre de gros ratages viendraient directement des règles qui sont là pour les éviter. Christian Morel s’est penché sur la question dans l’un de ses ouvrages L’enfer des règles. Il est pour lui universel, notamment dans l’armée. Il revient sur les 20 000 pages de procédure qui doivent être suivies par les officiers supérieurs du porte-avion Charles de Gaulle.

On ne peut pas tout prévoir. Il faut remplacer les règles par des principes d’actions collectives qui sont sains. 

Julia de Funès : "Le non-sens arrive dans les métiers les plus censés, même pour les médecins et les plombiers. Certains médecins m'ont expliqué qu'ils avaient perdu le sens de leur métier, à forcer de devoir suivre des procédures. 

Le process est le youpala des adultes. Comme le youpala évite aux enfants de marcher, le process évite aux adultes de penser. 

Questionner constamment ce que l’on fait est un bon exercice psychique. Quand le process facilite et sécurise l’action, c’est une bonne chose. Mais le process ne doit pas supplanter la pensée". 

Christian Morel : "Pour certains, le process est un doudou. Cela rassure." 

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