Dans nos villes, le vélo regagne du terrain sur la voiture. Qui l'eût cru? Aussi adapté aux loisirs qu'aux déplacements professionnels, le génial deux-roues à propulsion humaine véhicule un nouvel art de vivre respectueux de l'environnement et de la santé. Pourquoi et comment la France s'est-elle enfin mise à pédaler ?

Un phénomène de société : La Vélorution
Un phénomène de société : La Vélorution © AFP / Joël Saget

Le vélo connaît un boom depuis le déconfinement. A la ville et à la campagne nous enfourchons davantage la bicyclette. Mais nous gardons des réticences. Sécurité sur la route, infrastructures et signalétiques, efforts physiques. Le vélo est aussi un moyen de changer son quotidien. Rendre l'étape obligatoire du transport au voyage agréable.

Le vélo est-il encore un truc de bobos ? De moins en moins. Le décalage entre ville et campagne, Paris et province diminue. On prend le vélo pour aller au travail, pour nos loisirs, de plus en plus pour voyager. Et nous avons tout à y gagner. Pour la santé, pour l'écologie et aussi pour l'économie. Le vélo, c'est aussi une source d'emploi. Bref. Et vous, électrique ou mécanique, à la ville ou à la campagne, au travail ou en vacances, quel type de cycliste êtes-vous?

Avec nous pour en parler

  • Sébastien Billard, journaliste écologie de l'hebdomadaire L'Obs, pilote du numéro "Vive la vélorution" en kiosque le jeudi 23 juillet 2020.
  • Didier Tronchet, écrivain et dessinateur, auteur d'un Petit traité de Vélosophie paru chez Delcourt.
  • Mathieu Chassignet, ingénieur de l'ADEME Haut-de-France spécialiste des mobilités.

Extraits de l'émission ci-dessous

Les chiffres de cette "vélorution" liée à la crise sanitaire

Mathieu Chassignet : "On voit depuis la sortie du confinement qu'il y a une progression assez importante de la pratique du vélo : on est à peu près à 30% au mois de mai et juin 2020 par rapport aux mêmes mois de 2019 - et cela, alors même que les élèves n'ont pas repris les cours et qu'un nombre assez important de personnes sont encore en télétravail donc, ça pourrait être encore bien plus […] On a même des ruptures de stock dans beaucoup de magasins. Sans cela, on aurait peut-être eu une hausse encore plus importante.

[…] Depuis quelques années, ce sont plutôt les villes qui ont fait leur 'vélorution' (aménagé des pistes cyclables, modéré la circulation automobile...) et ce mouvement-là, on l'a très peu vu dès lors qu'on allait en dans le périurbain, dans le rural. Donc là, c'est très intéressant de voir que ce renouveau n'est pas cantonné uniquement aux urbains. Il est vraiment répandu à tous types de territoire. C'est très encourageant pour la suite parce que si on veut que le vélo progresse, il faut toucher d'autres types de territoire que les zones hyper denses. 

Didier Tronchet, dans son Petit traité de vélosophie, écrit :

On a vraiment gagné le jour où les voitures ont cessé de nous mépriser pour nous haïr

Au micro de Dorothée Barba, il ajoute : "Mon grand plaisir c'est, dans les embouteillages, de remonter toute la file de gens qui sont cloîtrés dans leur voiture avec un léger sourire, plutôt compatissant que méprisant. J'ai envie de leur dire 'Écoutez les gars, sortez, prenez un vélo et vous verrez la différence'" 

Le vélo, roi des villes ?

Didier Tronchet : "Je ne pense pas qu'on puisse maintenant se plaindre, franchement : les cyclistes ont des avenues complètes. Non, il faut être modeste. D'ailleurs, je pense qu'il faut être un bon gagnant, c'est-à-dire ne pas, à notre tour, retourner le mépris contre les piétons, contre les autres modes de circulation qui peuvent exister et contre les voitures. 

Il faut simplement attendre que les voitures comprennent qu'elles ne sont pas à leur place en ville. 

La ville n'est pas faite pour la voiture, c'est une aberration. Le vélo est peut être le plus adapté, mais pas seulement. Il faut coexister pacifiquement".

Plus loin, il ajoute :

J'adore l'idée de remplacer un moment pénible en métro, en bus, en un moment de joie, de bonheur. 

Ce qui me fascine dans le vélo, c'est que c'est un moyen de déplacement intérieur avant tout. Dès qu'on est sur un vélo, notre regard est entièrement bouleversé et se révèle tout à fait nouveau puisqu'on découvre une ville qu'on ne connaissait pas depuis le vélo, et c'est ce voyage là qui m'intéresse. Et puis, il y a un mécanisme bien connu qui est la montée d'endorphines, une espèce d'euphorie qui accompagne [le voyage à vélo], qui fait qu'on est dans un sentiment de fusion avec la Ville et avec les autres aussi. C'est pour moi l'acquis majeur du vélo". 

Les randos à vélo, grosse tendance de cet été 2020

Sébastien Billard : 

On le sait peu mais il y a beaucoup de véloroutes, en France et en Europe, pour pouvoir pratiquer le vélo sur ses temps de vacances en toute sécurité. Il y a 16 véloroutes européennes, dont 9 qui traversent la France.

Moi, j'ai fait il y a quelques années celle qui va de Paris à Londres. C'est un peu compliqué d'aller en Angleterre en ce moment, mais on peut au moins faire le tronçon parisien français qui est absolument superbe et très agréable

Mathieu Chassignet : "C'est aussi un secteur économique important : le vélo-tourisme, c'est à peu près 5 milliards d'euros chaque année, avec 20% des cyclotouristes qui sont étrangers. Et on voit que les cyclotouristes ont tendance à dépenser un peu plus chaque jour que les 'touristes normaux".

Pour les randos, passer au vélo électrique ?

Sébastien Billard : "Beaucoup de gens sous estiment leurs capacités physiques. On se fait tous une montagne de l'effort à vélo. Finalement, c'est accessible à n'importe qui, quasiment. Quelqu'un en bonne santé peut pédaler assez facilement, sans moteur électrique. Après, si ça vous permet de mettre des gens au vélo, le vélo électrique, c'est parfait." 

Sur un vélo, on doit être un citoyen modèle

On a reçu beaucoup de messages pour dire que les vélos sont très dangereux pour les piétons, notamment. Pascal, par exemple, nous écrit ceci : "L'incivisme est malheureusement devenu la règle. En l'absence de quasiment tout contrôle et de toute sanction, la rue est plus que jamais une jungle". 

Didier Tronchet : "Pendant très longtemps, on avait le devoir de désobéir parce que rien n'était prévu pour nous et il fallait prendre les sens interdits dans le mauvais sens, il fallait circuler sur les trottoirs parce que la géographie urbaine ne nous incluait pas. Et tout à coup, on nous offre des boulevards. Il faut absolument cette fois les emprunter et être respectueux de la signalisation parce que la rébellion, cette fois-ci, doit laisser place au civisme. Sur un vélo, on doit être un modèle."

Mathieu Chassignet renchérit : 

Plus il y a de cyclistes, plus les cyclistes respectent les règles. Et plus il y a d'aménagements pour les cyclistes, plus ils respectent naturellement les règles. 

Il y a vingt ans, on pouvait se permettre de griller un feu, il n'y avait personne qui le voyait. Mais quand vous avez des dizaines de cyclistes comme aujourd'hui, il y a une sorte de contrôle social qui se met en place : vous ne voulez pas être le mouton noir qui est celui qui va griller le feu alors que tout le monde s'arrête. À tous les maires qui seraient contre ces 'incivilités' des cyclistes, la solution la plus simple, c'est de développer les infrastructures cyclables !"

Sébastien Billard : "'Copenhague est un exemple intéressant : la ville a été remodelée pour que le vélo y soit à son aise. Les gens respectent le Code de la route parce que les infrastructures sont adaptées à l'exercice du vélo. À Paris ou dans d'autres villes en France, on a encore une infrastructure qui est modelée pour la voiture, avec beaucoup d'intersections, de feux rouges, de moments où le cycliste doit s'arrêter. Ce qui pousse aussi d'une certaine manière à l'infraction, puisqu'en vélo, on ne peut pas non plus passer son temps à mettre le pied à terre".

Mathieu Chassignet :

On a beaucoup de retard en France : à peu près à 3% des déplacements qui sont faits à vélo, alors que dans d'autres pays européens, ça peut aller jusqu'à 30%. Mais il y a un potentiel important pour le vélo en France, puisque 50% des Français habitent à moins de 10 km de leur travail et 30% à moins de cinq km." 

Quels sont les freins au développement de la bicyclette en France?  

Mathieu Chassignet : "Le frein le plus important, c'est le sentiment d'insécurité à vélo. Et c'est vrai qu'on ne donne pas toujours au vélo de bonnes conditions pour circuler. 

Il y a une incivilité qui freine beaucoup la pratique du vélo : c'est les voitures qui sont qui se stationnent sur piste cyclable, soit disant pour 5 mn. C'est aussi les deux roues motorisés qui permettent d'emprunter les infrastructures cyclables, ce qui donne un sentiment d'insécurité assez important aux gens qui sont à vélo. Voilà. Donc si on veut faire les choses bien, il faut faire des pistes cyclables qui sont sécurisées, qui sont séparées au maximum du trafic et il faut les faire respecter. "

Un autre frein est signalé par Véronique, une auditrice : "Dommage que la SNCF n'autorise que très peu le transport des vélos dans les trains, surtout dans les TGV"

Le reste à écouter :)

Cyclistes à Copenhague
Cyclistes à Copenhague © Getty / Julia Davila-Lampe

Programmation musicale

  • "La bicyclette" de Tomuya, 2013.
  • "Gagner son pain" de Gaëtan Nonchalant, 2020.
  • "Hurts to be alone" de Norah Jones, 2020.
L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.