À l'occasion de la sortie du film "T'as pécho?" d'Adeline Picault, on s'interroge sur la drague. Comment séduit-on en 2020 ?

Des nouvelles de la séduction
Des nouvelles de la séduction © Getty / Devon Strong

J'aimerais placer cette deuxième heure d'émission sous le parrainage de Félix Léon Edoux. Cet ingénieur et industriel français a inventé un élévateur hydraulique et l'a baptisé lui-même "ascenseur". Bon, certains estiment que c'est l'américain Elisha Otis qui a inventé l'ascenseur, mais il y a débat, et moi j'aime bien Félix. Bref. Comment ce pauvre Félix aurait-il pu imaginer que son invention de génie serait brandie, si longtemps après sa mort, comme un argument de défense de... la drague? Vous le connaissez, cet argument. Il est revenu la semaine dernière encore, dans la bouche du nouveau ministre de la justice. "Je veux qu'un homme puisse prendre l'ascenseur avec une femme." Pauvre Félix. Si tu avais su.

Alors vraiment, on a un problème d'ascenseur ? Deux ans après "me too", prenons un peu de hauteur (on quitte le rez-de-chaussée, Félix) et essayons de comprendre à quoi ressemble la séduction. Parlons du consentement, de la place des outils numériques, des applications de rencontres, des codes qui pèsent sur les hommes et les femmes au moment où ils se font du gringue. On questionne la drague avec nos invité.e.s :

  • Sophie-Marie Larrouy, comédienne à l'affiche du film T'as pécho ? d'Adeline Picault, en salles le 29 juillet
  • Richard Mèmeteau, philosope et auteur du livre Sex Friends, comment (bien) rater sa vie amoureuse à l'ère numérique, paru aux éditions Zones
  • Renée Greusard, journaliste à l'Obs, autrice d'une série de témoignages à l'origine de la websérie L'amour a ses réseaux sur Arte

Effets du confinement : la séduction a-t-elle survécue grâce aux applis ? 

René Greusard : "Heureusement que les gens ont pu utiliser les applications pour compenser l'ennui et la restriction des rencontres. Beaucoup de personnes se sont rencontrées sur Tinder sans pouvoir se voir et cela a contribué à créer beaucoup d'intensité, quelque chose d'inédit. D'un seul coup on se retrouve seul.e face à ses fantasmes dans le cadre d'une discussion virtuelle, c'est une expérience très intéressante pour la drague en général".

Les applis traduisent-elles une marchandisation du rapport amoureux ? 

Richard Mèmeteau : "On questionne souvent la sincérité amoureuse dans le cadre des applis, mais il faut savoir que tout continue à faire naturellement. Même les plus sceptiques affirment que s'il y a un risque de faire face à un mensonge, celui-ci est immédiatement perçu par l'un et l'autre, ce qui incite chaque utilisateur à avouer qui il est vraiment. 

Les applis de rencontres offrent des stratégies utiles pour séduire

Ce scepticisme est une idée très française, une critique fréquente à la Houellebecq, mais quand on est sur ces applis, souvent, on a cette image de perdre son temps et de non-rentabilité du fait de ne pas rencontrer directement la personne alors qu'il n'en est rien.

René Greusard : Les appli sont drôles, elles créent des gags en permanence, et pour des gens en plein désespoir, c'est quelque chose d'incroyable. Il y a certes un vrai décalage car les applis offrent justement des modes de séduction diversifiés". 

La drague ne s'apprend pas

Sophie-Marie Larrouy : "L'intuition existe et joue un rôle essentiel dans la séduction alors que, trop souvent, on tend à nous dicter des manières de faire trop souvent codifiées, stérotypées et surfaites". 

Effets de la vague MeToo sur la séduction 

Sophie-Marie Larrouy : "la communication est plus ouverte aujourd'hui. Les réseaux , les groupes de paroles, l'opportunité de partager son expérience changent tout par rapport à avant. À l'époque aucun garçon n'aurait admis qu'ils avaient besoin de relations amoureuses".

On n'est plus dans la séduction poussive et codifiée, il y a de la stratégie de séduction aujourd'hui

- Richard Mèmeteau

Richard Mèmeteau : "Quand on regarde l'histoire de la séduction en France on a quitté la courtoisie depuis longtemps. Pendant longtemps et encore aujourd'hui, on a du mal à comprendre que l'autre a le droit de nous dire "non". Il y a désormais un espace social avec des règles dont celle d'être consentant.e".

René Greusard : "Les signaux de séduction sont multiples, on peut consentir sans formuler de mots. Il faut simplement être attentif à l'autre pour déceler une attention et agir en conséquence". 

La drague n'a pas disparu avec MeToo, on a juste dis qu'on ne pouvait plus rester dans des rapports de domination ancestraux

La suite à écouter…

Programmation musicale 

  • Laura Marling - "Strange girl"
  • Lizzo - "Cuz I love you baby"

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