Quand les sommets nous entourent, nous nous sentons obligés de lever les yeux pour les regarder. Qu'est-ce qui nous attire ? Pourquoi aimons-nous la montagne ?

Paysage romantique au cœur des montagnes alpines
Paysage romantique au cœur des montagnes alpines © Getty / Artur Debat

“Ils étaient au sommet. Ils dominaient le monde, mais avant tout, ils avaient conscience de s’être dominés, d’avoir triomphé des obscures règles qui interdisent aux hommes de se dépasser“. Roger Frison-Roche, célèbre alpiniste et écrivain, a réussi à coucher sur le papier ce sentiment qu'ont de nombreux alpinistes, d'avoir une relation particulière avec les hauts sommets. Mais pourquoi sont-ils tant attirés par les cimes ? Qu'est-ce qui les fascine ? 

Au début des années 1920, lors d’une conférence à New-York, à des journalistes qui lui demandaient avec insistance pourquoi il voulait entreprendre ascension de l’Everest, le grand alpiniste britannique Georges Mallory a répondu tout simplement : "Because it's there_", "_parce qu’il est là". George Mallory ne reviendra jamais de cette expédition. Il y laissera la vie. "Parce qu’il est là", comme si le toit du monde avait exercé sur lui une irrésistible attraction. Comme si l’existence même des montagnes constituait à elle seule une invitation.

Que vont chercher les alpinistes en montagne ?

Au-delà de ce cas extrême, quels plaisirs éprouvent les alpinistes en équilibre sur une crête acérée ou au-dessus de 200 mètres de vides accrochés par un orteil et deux doigts à une paroi désespérément lisse ? La question se pose aussi pour les adeptes des randonnées plus tranquilles : qu’est ce qu’il y a de si épanouissant et euphorisant à passer sa journée voire ses vacances à enquiller kilomètres et dénivelés ? Tandis que les réfractaires continuent à s’interroger, de nombreux vacanciers ont fait le choix de la voix des cimes pour cet été. Plus facile de garder ses distances dans l’immensité de nos massifs montagneux. Emboîtons-leur le pas ce lundi matin, intéressons-nous à la montagne et à ses vertigineux plaisirs.

Nos invités :

  • Etienne Klein, philosophe des sciences, alpiniste et producteur de "La conversation scientifique", émission de France Culture.
  • Stéphanie Bodet, écrivaine, grimpeuse et alpiniste, autrice d'"Habiter le monde", édité chez Gallimard, collection L'arpenteur.

Extraits de l'émission

Stéphanie Bodet : "Moi, ce qui me plaisait, c'était ce mode de vie alternatif, marginal. Sortir des voies toutes tracées. Penser que la montagne peut être source de liberté. "

Stéphanie Bodet : "J'aime beaucoup les mots de Giono qui dit qu'en fait, on a tous faim de nous relier à notre corps véritable, on a soif d'un monde véritable. On n'est pas faits pour rester dans un bureau, toujours assis, pour être dans une voiture ; on est faits pour marcher, pour chevaucher, pour être marin.

L'escalade, un sport individuel

Stéphanie Bodet : "Quand j'étais jeune jeune championne, ce qui me plaisait, c'était d'essayer vraiment de faire au mieux, moi, dans l'instant. D'essayer d'être au top à un moment donné. Parfois, on est sur le podium, on est premier, on en éprouve une grande joie, on a réussi à battre les autres. Mais ce n'est pas vraiment là l'essentiel, parce que quand on est grimpeur, on est avant tout qu'on trouve confronté à une voie, un mur, à une muraille. Et il faut trouver des solutions. C'est quelque chose d'assez individuel quand même".

Se frotter au réel

Stéphanie Bodet : "J'ai l'impression que la montagne est presque une opposition à la société telle qu'elle est, avec les principes de précaution qu'on vous assène constamment. En montagne, vous êtes face à vous-même, à vos responsabilités. Vous prenez vos propres risques. Et ça, je crois que c'est quelque chose de précieux dans le monde d'aujourd'hui.

Stéphanie Bodet : "L'alpinisme est né dans les sociétés aisées, les aristocrates ou bourgeois anglais. C'est symptomatique : voilà quelque chose qui naît dans ces sociétés où l'aisance ou le confort est tel qu'on a besoin de s'en extraire, de se frotter au réel, de retrouver ce lien avec notre corps animal, avec nos fonctions premières, notre instinct qu'on est en train de perdre". 

La quête de l'épuisement

Etienne Klein, à propos de sa pratique régulière de l'ultra trail : "Quand j'étais plus jeune, je faisais du cross en hiver cross-country et de l'alpinisme pendant l'été. L'ultra trail, c'est une sorte de combinaison entre les deux. Mais plus je vieillis , plus j'aime les sports d'épuisement. J'aime finir quelque chose en étant complètement épuisé. En même temps, on revient de ces expériences avec une sorte de vitalité incroyable qui peut durer plusieurs semaines."

Etienne Klein : "je pense que la plupart de nos fatigues sont psychologiques. Et quand j'arrive à Chamonix, je suis complètement épuisé par l'année - mais en fait, c'est une fatigue psychologique. Pour s'épuiser physiquement, il faut 'envoyer du bois'!"

Stéphanie Bodet rebondit "je pense aux grandes marches de Simone de Beauvoir (dont un extrait est proposé ici), où elle parle de cette espèce de frémissement, d'intensité, qu'elle vit dans les Calanques en marchant dans cet épuisement que décrivait Etienne Klein, pour essayer de penser mieux, de penser au plus juste"

Montagnes et amitiés

Etienne Klein : 

La montagne, c'est quand même le terrain de l'amitié 

La Cordée, c'est le symbole d'une espèce d'intrication entre deux personnes : chacune est responsable de l'autre. C'est une relation parfaitement symétrique - même si on parle de 'premier de cordée' c'est symétrique"

Stéphanie Bodet renchérit : "c'est vrai que ce qui se noue là-haut est si fort que ça fait des amitiés à vie". 

Le coup d’œil à la presse 

Tous les lundis, nous appellerons après 10 heures, Nicolas Santolaria, journaliste au Monde qui raconte son quotidien dans son "Journal d'un père déconfiné". Ce lundi, il nous parle de son expérience en camping-car avec ses enfants. 

Programmation musicale 

  • Juniore - La vérité nue
  • Bongeziwe Mabandla - Bambelela kum
  • The excitements - Everything is better since you've gone
Les invités
L'équipe