Que ressentent les enfants seuls ? Comment se construire dans le rapport aux autres ? Pour en parler, nous recevons le prix du livre Inter Hugo Lindenberg et la psychologue et autrice jeunesse, Elisabeth Brami.

Les enfants solitaires
Les enfants solitaires © Getty / Catherine Delahaye

Une enfance solitaire, est-ce possible ? Les enfants uniques souffrent-ils de ne pas avoir de fratrie ? Il y a aussi les enfants qui ne réussissent pas à se faire des amis, qui sont timides ou qui se replient sur eux-mêmes. Etre seul, ce n'est pas "se sentir seul". La solitude, c'est aussi l'apprentissage de l'autonomie et le développement de l'imaginaire. 

Extraits de l'entretien avec Hugo Lindenberg, Elisabeth Brami et les auditeurs :

Enfant unique : enfant philosophe

D. Barba : Il y a beaucoup de clichés autour des enfants uniques, c’est dur à porter ?

Elisabeth Brami : "L’enfant unique  est amené à se poser plus de questions que les enfants « élevés en batterie ». Il  a une longueur d’avance car il sait d’emblée qu’il est unique et seul. Cela l’amène à développer sa vie intérieure."

Un jour ce sera vide est un roman pétri de solitude et pourtant jamais plombant,  Hugo Lidenberg écrit avec une grande minutie les sensations de l’enfance : l’ennui, la honte, le désir et parfois la cruauté

Murielle, auditrice :

Fille unique, la lecture m’a offert une bulle d’imagination et d’évasion, j’ai acquis une grande autonomie, une soif de liberté et une certaine maturité. Aujourd’hui je me sens forte de ce qui m’a construit et la solitude ne me pèse plus. 

Eloge de l’ennui 

Les personnages de roman deviennent vos frères et sœurs ! Elisabeth Brami

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire sur l’enfance ?

Hugo Lindenberg : "Bizarrement j’ai eu la nostalgie de ces moments d’ennui chez ma grand-mère, une qualité d’ennui que je n’ai jamais retrouvé adulte, ça m’a donné envie de retourner explorer ce que cet ennui cachait. 

C’est un moment de l’enfance où la créativité se développe et où l’on n’a pas encore créé les outils de sociabilité qui permettent d’aller vers l’autre, on est comme une île et l’on cherche des passerelles vers l’extérieur. Mon personnage, lui, doit se construire uniquement avec ce qu’il voit touche et sent."

L’écriture a hauteur d’enfant est une alchimie très subtile, vous écrivez avec des mots de grande personne Hugo Lindenberg ?

HL : "Oui, car je m’intéressais beaucoup à ce que Nathalie Sarraute appelle les mouvements intérieurs, or pour les traduire il faut des mots d’adultes."

Je voudrais revenir sur l’idée de la qualité de l’ennui…

Elisabeth Brami : "Oui effectivement l’ennui est synonyme de création, on peut penser à Colette ou à Bachelard qui ont parlé de ces moments d’ennui qui nous constituent. Ce sont des moments extrêmement sensuels."

Enfance et cruauté

Il y a des scènes assez violentes de l’enfant avec les méduses ou encore avec les fourmis que le narrateur massacre dans sa cuisine.

HL : "Le narrateur s’en prend aux fourmis après un moment de violence non authentifiée par les adultes. C’est un moment où il a besoin de se décharger et il le fait sur un théâtre à sa hauteur…"

Le personnage de votre roman a aussi honte de sa tante, handicapée mentale, on est loin d’un portrait idyllique de l’enfance.

HL : "Oui, je n’avais pas une vision de l’enfance comme quelque chose de très pur, je voulais aller chercher dans d’autres régions."

Singularité et amitiés enfantines

La solitude de cet enfant est aussi liée à une affaire de genre… il se compare aux autres garçons, se demande comme être un  « vrai garçon » sur la plage…

H L : "Pour moi c’était plus large que cette question de genre, même si elle est à l’œuvre chez le narrateur. Il n’a pas de script pour avancer dans la vie et c’est pour ça qu’il est pétrifié et fasciné par son ami Baptiste qui est l’archétype de l’enfant dont l’inscription dans la société est assurée."

Cette rencontre avec son ami Baptiste change votre jeune héros, il se construit dans son regard, se met à ressentir de la fierté et à vouloir être vu, même si parfois cette confiance s’étiole et il en arrive à se demander si il a inventé cet ami…c’est sidérant. 

H.L : "J’aimais bien l’idée qu’il soit dans un monde où tout est fragile, il ne prend jamais la présence de l’autre pour acquise."

J’ai été très touchée par une scène où la mère de Baptiste essaie de parler au narrateur, elle lui lit « La différence est une force », elle lui dit aussi qu’il n’y aura pas toujours des enfants gentils et bienveillants sur sa route.

HL : "Face au narrateur Baptiste se sent d’une grande banalité, toute sa famille est intriguée et contente de recevoir chez elle ce petit garçon qui a cette histoire singulière."

La suite à écouter.

Les invité.e.s

Programmation musicale 

  • Pierre Faccini et Ben Harper - All aboard
  • Laura Cahen et Yael Naim  - Coquelicot
  • KATERINE - Bonhommes

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