Si elle construit, c’est pour émouvoir, créer l’envie de rester et de tendre l’oreille aux murmures alentour. En plein cœur de la Biennale de Venise, l’architecte Hala Wardé nous entraîne sous son A Roof for Silence, pavillon du Liban.

Portrait de l’architecte, créatrice et dirigeante du cabinet HW Architecture Hala Wardé.
Portrait de l’architecte, créatrice et dirigeante du cabinet HW Architecture Hala Wardé. © Rasmus Mogensen

Sur le ponton de bois du quai des Zattere à Venise s’élève un pavillon : celui du Liban. La lumière qui se reflète dans l’eau de la lagune pénètre le A Roof for Silence d’Hala Wardé, et s’étend loin sur ses murs de briques et de sel. 

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De la vie d’Hala Wardé on connaît peu de choses, elle n’aime pas parler de son histoire. Née au Liban, elle a une dizaine d’années lorsque la guerre éclate en 1975. Celle qui aurait voulu être musicienne, et est devenue architecte “un peu par hasard”, se réfugie alors dans la musique. Elle écoute du rock ou du blues, un peu, et du classique, beaucoup. Bach, surtout.

La maison dans laquelle elle grandit est enfoncée dans une colline. Le dedans et le dehors se mêlent dans cette construction composée de deux dalles de béton, pleinement intégrée dans le paysage. 

J’ai été tellement habitée par l’idée de l’architecture, j’ai été entraînée dedans. Mais je me suis toujours dit qu’à 50 ans, j’arrêterais pour devenir pianiste.”

Alors qu’elle a fêté ses 50 ans en 2015, Hala Wardé est toujours architecte. Elle entraîne Laure Adler dans le pavillon libanais, son nouveau terrain de jeu, après la construction du titanesque Louvre Abu Dhabi à laquelle elle a participé avec Jean Nouvel.

Nous pénétrons dans le pavillon, dont émane une force spirituelle qui évoque un lieu de culte, et où résonne - paradoxe s’il en est puisqu’Hala Wardé lui a donné le nom de A Roof for Silence - une douce musique.

Au cours de son apprentissage, Hala Wardé a fréquenté le grand urbaniste Paul Virilio, dont certaines toiles découvertes chez lui sont exposées dans le pavillon. Grand théoricien de la question du vide, Paul Virilio cherchait à rendre visible l’invisible, jouant avec ces toiles nommées “Antiformes” sur l’espace et la matière absente. Cet axe de réflexion est très présent dans l’architecture d’Hala Wardé : 

Le vide en architecture est comme le silence en musique ou les espaces dans une strophe de poésie.

Lorsqu’il avance, le visiteur fait face aux photographies de Fouad ElKoury, qui capturent des oliviers de près de 2000 ans. Quand Hala Wardé a découvert leur existence, et la manière dont les villageois les utilisent pour se rencontrer -ou les amoureux pour se cacher- elle y a tout de suite vu la parfaite métaphore de l’espace architectural. 

Des débris de verre s’étalent par endroit sur le sol du pavillon, un écho à l’explosion qui a défiguré Beyrouth le 4 août 2020. Avec un souffleur de verre, Hala Wardé a voulu montrer l'empreinte de cette déflagration, matérialisée dans une construction de verre et de lumière qui abrite l'œuvre de l’artiste Etel Adnan. 

Ce sont des larmes de verre, d’une certaine façon, comme si on pleurait sur Beyrouth.” 

Aujourd’hui, la capitale libanaise est entrée dans un processus de reconstruction qui va bien au-delà de son architecture. La jeunesse est descendue dans la rue, explique Hala Wardé, “je les ai suivis et appuyés, et de loin, j’ai essayé d’être le plus possible à leurs côtés.”

Que veut dire être libanaise aujourd’hui ? 

Je ne sais même pas de quel Liban on est en train de parler, celui que je représente ici est à la dérive. Il est sur un radeau, il est venu s’ancrer quelques mois à Venise. Ce que je retiens du Liban aujourd’hui, c’est sa culture, et tout ce qui reste de ce qu’on aime, et ce dont on aura envie de se souvenir quand cette tempête sera passée.” 

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