Nos vies sont de plus en plus condensées dans nos portables, créant une dépendance affective croissante. Alain Damasio en anticipe les conséquences dans sa dernière nouvelle, "Scarlett et Novak" (Rageot). L'écrivain nous alerte ce soir contre les technococons que nous créons et appelle à réinventer nos imaginaires.

Portrait de l'écrivain Alain Damasio le 9 juin 2019 lors du Festival des Étonnants Voyageurs à Saint-Malo, France.
Portrait de l'écrivain Alain Damasio le 9 juin 2019 lors du Festival des Étonnants Voyageurs à Saint-Malo, France. © Getty / Raphaël GAILLARDE / Gamma-Rapho

Dans un futur pas si lointain, l'existence d'assistants personnalisés, à qui nous partagerions toute notre intimité, qui seraient capables de détecter nos émotions et d'y réagir, pourrait amener à rendre le besoin de contact humain presque inutile, voire créer une peur de l'autre. 

Alain Damasio tente de nous mettre en garde contre cette relation de plus en plus étroite que nous entretenons avec les technologies, de ce monde artificiel dans lequel nous nous enfermons, au point d'en oublier le réel. 

Dans sa dernière nouvelle "Scarlett et Novak", il continue de déployer son univers, fait de brightphones, de bagues traçantes et de technococons, où la violence semble s'exacerber au contact de la froideur des corps technologiques et où l'humain se contente d'une liberté au rabais, celle de customiser à l'envie son microcosme virtuel. 

Passionné de philosophie, grand lecteur de l'œuvre de Gilles Deleuze et de Michel Foucault, Alain Damasio décrit dans ses livres la société ultrasécurisée et de contrôle vers laquelle nous évoluons, notre soumission volontaire par peur du risque. Comme il l'explique ce soir, il espère avec sa dernière nouvelle sensibiliser, en particulier les jeunes, sur la façon dont nous cédons toutes nos données personnelles en échange de plus d'applis personnalisées, de réponses à des besoins non nécessaires. 

Mais, loin de nous obscurcir l'avenir, Alain Damasio nous invite au contraire à reconquérir notre futur, revitaliser notre présent, dans une dynamique émancipatrice et libératrice. Il fait ce soir l'éloge de la littérature, du travail des mots pour en révéler le potentiel et l'inventivité, jusque dans leur typographie et souligne l'indissociabilité de la  littérature et du politique. 

A noter : Les romans d'Alain Damasio "Les furtifs", "La horde du contrevent" et "Aucun souvenir assez solide" sont republiés aux éditions Folio SF de Gallimard, l'occasion parfaite pour découvrir ou redécouvrir ces oeuvres essentielles! 

Musiques :

1 / Rone, "Bora Vocal"

2 / Alain Bashung, "Je t’ai manqué"

3/ Feu Chatterton, "Monde Nouveau"

Archives

  • Archive Ina de 1977 : Michel Foucault à propos du Panopticon et des techniques de surveillance
  • Archive Ina du 10 février 2012 : Valère Novarina parle du langage comme un corps fluide
  • Archive Ina du 21 février 2014 et lecture de son poème à A la lumière de l’été : Philippe Jaccottet à propos de la notion d’immédiateté avec le monde

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