Pierre Guyotat n'est pas du genre à passer inaperçu. C’est un rebelle, un vrai, un dur, dont les textes ne vous laisseront pas indemnes.

  Pierre Guyotat, lors de l'inauguration de l'exposition qui lui a été consacrée "'La matière de nos œuvres" le 21 avril 2016
Pierre Guyotat, lors de l'inauguration de l'exposition qui lui a été consacrée "'La matière de nos œuvres" le 21 avril 2016 © Getty / Bertrand Rindoff Petroff

Pierre Guyotat est considéré comme l’un des auteurs les plus avant-gardistes et innovants de la littérature française. Dans son œuvre, qui fait toujours scandale, il choque, il invente un monde de sexe et de guerre et des formes nouvelles d'expression.

Avec "Par la main dans les Enfers - Joyeux animaux de la misère II", l’écrivain poursuit l’œuvre commencée voici bientôt un demi-siècle,

Extrait : « … mon grand raide – qu’il fait long à sortir des chattes, mâles femelles s’en pourlécher ! –, mes poings à tes aisselles, tes jambes se redresser s’écarter, te frotter son gland – mon passé immédiat avec mes talons en traces dessus… – à ta vulve ouverte régurgitant… reraidir s’enfoncer, ses dents mordre tes lèvres, tes yeux clos rouvre-les-moi me regarder que je te reviens-va-reviens-va… creuse-toi plus profond plus large que je te grossisse dedans… le moule de tes prémis-bas qu’ils te l’ont, de l’intérieur, quasi sculpté, gravé, peint… le chien me regarder le raide y pénétrer, qu’il en a la garde, pour trois maîtres des fois se partager le bien ?…… de la colère en bas ! éclats clairs, modulés, rage à la mélodie, le jeune qu’il lui faut tous les mandrins dedans !…le mien te gicler, femelle, mes dents te mordre les tiennes, ta langue, ta langue !… entière, fraîche – que te mangent-ils, de ta chair, les ouvriers, à la ruée du jus ?… ».

Et dans "Humains par hasard, Entretiens avec Donatien Grau" qui vient seize ans après "Explications, volume d’entretiens avec Marianne Alphant" guidé par les questions de son interlocuteur, parfait connaisseur de l'œuvre, Pierre Guyotat nous parle de son enfance, de sa découverte de la sexualité, de ses luttes politiques et de sa vie d'aujourd'hui.

Extrait "D. G. : C’est le moment que nous avons choisi pour évoquer ensemble votre monde, ce monde que vous avez créé et dans lequel vous vivez. Vous dites, dans l’entretien avec Roger Borderie, dans Les Lettres françaises, en 1967, à l’occasion de la sortie de Tombeau pour cinq cent mille soldats : « Je ne suis rien. » Comment voyez-vous votre place de parole ?

P. G. : Je me suis très longtemps pensé comme absolument, non pas incapable, mais pas à ma place, dans la mesure où je ne me vois à aucune place. Quand on vous dit : « Est-ce que vous écrivez pour les lecteurs? » je suis incapable de répondre. Je ne me suis jamais vu le meilleur. Je me suis toujours vu nulle part. Et quand même j’y reste, dans ce nulle part. Quand j’écrivais Tombeau pour cinq cent mille soldats et quand je l’ai assumé après, quand c’est sorti, je n’ai absolument pas joué le jeu de l’écrivain. Je pensais que ce que je faisais était d’un autre ordre. Je le pensais très profondément. Il n’y avait aucun mépris des autres là-dedans, rien de ça. Je savais que c’était autre chose. Et cet autre chose était bien sûr lié à toute une ancestralité : tous ceux qui n’ont pas réellement, qui n’ont pas profondément, fait de leurs dons une explication …"

Pastille sonore : Michel Surya

Choix musicaux : "New Prison" blues par Peg Leg Howell

Archive du 29 avril 2004 en direct du théâtre de l’Odéon avec un extrait d’un morceau Abschied von Frankreich de Shumann : Patrice Chéreau lit Coma de Pierre Guyotat

Générique : Veridis Quo des Daft Punk

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