Après "L'exposition", et "Supplément à la vie de Barbara Loden", Nathalie Léger poursuit sa réflexion sur le féminin et sa transmission, avec "La robe blanche" aux Editions P.O.L.

Gros plan d'une robe blanche sur un lit.
Gros plan d'une robe blanche sur un lit. © Getty / Kseniia Ivanova / EyeEm

Il y a quelques années, Nathalie Léger découvre une histoire qui l'intrigue et la bouleverse : La mort de l'artiste Pippa Bacca, assassinée, à 33 ans, en 2008, alors qu'elle parcourait la Méditerranée en robe de mariée, en auto stop de Milan à Jérusalem pour porter un message de paix dans les pays en conflit ou en guerre. 

Dans "La robe blanche" l'auteure tisse dans ce récit deux étoffes auxquelles elle viendra broder d'autres motifs :  l'histoire douloureuse et subjective de sa mère, déjà présente dans ses précédents livres et celle de l'artiste et performeuse italienne qui, pendant son voyage, avait pour habitude, par exemple, de laver et masser les pieds des femmes qu'elle rencontrait. Gestes quotidiens de don et d’amour, comme ceux de la narratrice qui essuie les pieds de sa mère après une promenade sur la plage.

Je veux rester concentrée. Il y a deux robes. J’ai mis longtemps à le découvrir. L’une, d’une blancheur immaculée, est restée à Milan, et l’autre, usée, salie, bousillée par le voyage, abreuvée d’expériences, celle-là, on la découvre au commissariat d’Istanbul, énorme pièce à conviction posée au sol sur des feuilles de papier journal, démantibulée comme un insecte mort. Ma mère à la fin de sa vie a voulu en avoir le cœur net. Avait-elle été victime d’une injustice, ou était-elle responsable de son malheur ? Ce malheur, je le connais, je pourrais affirmer que c’est le mien, mais ce serait déjà trop en dire sur les mystères transparents de la propagation des émotions, et d’ailleurs je préfère m’identifier à une tapissserie qu’au corps en pointillé de ma mère. Elle n’a pas besoin de me faire le récit de ce qui s’est passé, j’y étais, et j’ai fini par dire : un malheur banal, on est d’accord ? Elle était d’accord – mais un malheur quand même.

Extrait de "La robe blanche" de Nathalie Léger aux Éditions P.O.L. 

Pastille sonore : Valérie Mréjen  

Choix musical : Amy Winehouse : "Back to black"

Extrait de films :

  • "La mariée" de Joël Curtz 2012 (documentaire sur Pippa Bacca ) 
  • "Wanda" de Barbara Loden 

Archives : 

  • Archive Ina du 13 janvier 1972 : Roland Barthes parle de l’écriture comme un excès 
  • Archive Ina du 13 octobre 2017 : Marina Abramovic sur la performance et la douleur dans son travail, qu’est-ce qu’un corps ? 

Générique : Veridis Quo des Daft Punk

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