Sabine Weiss d'origine suisse est décédée à 97 ans. Elle était la doyenne de l'école de la photographie française humaniste. Elle a immortalisé aussi bien les puissants que les pauvres, les célébrités que les anonymes, témoignant du quotidien d'une époque disparue.

Portrait de la photographe Sabine Weiss chez elle le 15 décembre 2020 à Paris.
Portrait de la photographe Sabine Weiss chez elle le 15 décembre 2020 à Paris. © AFP / Joël Saget

Elle a capturé des milliers de sourires, à l'improviste ou sur commande, et immortalisé un Paris populaire désormais qui n'existe plus.

Sabine Weiss, considérée comme la dernière représentante de l'école de photographie humaniste française (R. Doisneau, W. Ronis...), nous ouvre les portes de son atelier le temps d'une Heure Bleue.

Les photographies de Sabine Weiss sont souvent des concentrés étranges de malice et de gravité : on y voit des enfants faire des drôles de grimaces, malgré la précarité que leur vêtement laisse transparaître, mais aussi des amoureux s'embrassant sur des bancs publics, des travailleurs... 

La doyenne de la photographie humaniste a à son actif une œuvre d'une grande densité, puisqu'elle s'est illustrée tant dans la photographie de reportage, de mode, que dans le portrait. La monographie qui lui est consacrée "Emotions Sabine Weiss", aux Editions La Martinière, permet ainsi de saisir l'extrême variété d'un travail  étendu sur plus de 60 ans. 

La photo humaniste, c'est quoi ? Une photo avec des humains ? Alors oui, dans la photo que j'aime, Il y a toujours un personnage et très peu d'actions autour. Je me concentre sur lui et cherche à capter ce qu'il ressent. Est il heureux, malheureux ou paumé ? 

Elle a fréquenté Giacometti, rencontré Miró, a été exposée dans les plus grandes galeries et musées du monde, mais conserve une modestie indéfectible et déroutante. À 96 ans, elle n'a également rien perdu de sa joie de vivre et de son espièglerie. 

Sabine Weiss a accepté, comme elle l'avait déjà fait en 2018, de transformer sa maison-atelier en studio-radio le temps de cette heure bleue, ce moment de la journée tant prisé des photographes. 

Elle revient ce soir sur les racines de son goût de l'art, sur sa jeunesse, passée à parcourir les expositions avec sa mère ; évoque les drôles d'expériences photographiques qu'elle a faites dans les morgues et souligne les changements actuels dans le rapport à la photographie de rue ainsi que la disparition du Paris qu'elle a connu. 

La photographe qui espère devenir centenaire, explicite également pourquoi elle refuse de considérer l'existence d'une dimension sociale dans son travail. 

Sabine Weiss présente actuellement une exposition de ses photographies à la galerie Les douches, intitulée "Sous le soleil de la vie", jusqu'au 21 février 2021. 

Les débuts : carrière ou vocation ?

"C'est une décision. Un jour où je ne faisais rien d'intéressant, j'ai dit 'Mais qu'est ce que je vais faire de ma vie ?' Il faut que je décide quelque chose de bien. Puisque j'aime faire des photos. J'en faisais déjà quand même un peu. Même des choses un peu techniques. 

J'avais 17 ans et j'ai dit 'Bon, je serai photographe'

Déjà, toute petite, toute jeune, je tirais les photos moi-même. Je ne les développais pas, mais je les tirais dans des petits châssis en bois où on mettait une feuille de papier spécial. On fermait avec une vitre, un ressort qui tenait tout ça, et on mettait au soleil pour voir si cela imprimait. On faisait des choses comme ça. 

Quand j'ai décidé d'être photographe, j'étais déjà partie de chez moi. Mon père m'a dit 'Viens donc à Genève, et on va trouver un moyen.' J'ai fait un apprentissage, un vrai apprentissage chez un photographe dont la maison avait déjà 80 ans quand j'y suis entré, en 1942. Il y avait la une dynastie de photographes. Et j'ai regardé comment ils faisaient. On apprenait sur le tas."

Tout est affaire de cadrage

À partir de quel moment décide-ton qu'une photo est terminée ? 

Dans la rétrospective qui lui était consacrée en 2018 au Centre Pompidou, il y avait les carnets de travail de ses différents tirages et on pouvait voir qu'elle recadrait beaucoup ses photos.

"Au début de la photographie, les photographes utilisaient des Rolleiflex, c'est à dire un format 6x6 dont on ne peut pas changer l'optique. On photographiait, puis après, on recadrait. 

Le recadrage est très important. Et pourquoi pas ? 

Après, on change avec les années. On a recadré une photo il y a 50 ans et maintenant on dit 'ah non, mais en entier, c'est plus intéressant' parce que les choses changent. La photographie est quand même un témoin merveilleux de tout ce qui se passait dans la rue."

Le noir et blanc

"Le noir et blanc, ça s'adapte plus à toutes les lumières qu'on peut rencontrer dans la journée. Et il faut dire que, au début, la couleur était très différente. Les films étaient lents, ils avaient des dominantes. Ils n'étaient pas toujours très bons les films couleur. Donc, il fallait beaucoup de filtres. 

Et puis on avait des objectifs de diamètre très différents pour travailler. Il fallait transporter des tas de filtres de grandeurs différentes. Ils étaient en verre, ils étaient lourds. Tandis que pour faire des choses à l'improviste, le noir et blanc, c'était une liberté."

Programmation musicale

  • ​"Maintenant je sais" de Gabin
  • "Smile" composé par Chaplin chanté par Nat King Cole
  • "Le dernier jour du reste de ma vie" d’Hervé 

Pastille sonore : Marie Desplechin   

Les invités
L'équipe
Contact