Qui connaît la moindre chose de la vie de ses parents ? De sa mère ? Comment en débusquer les failles, en percer les secrets? Les interroger? Dans "Le guetteur", Christophe Boltanski a enquêté.

Christophe Boltanski, journaliste, écrivain et chroniqueur à Paris le 27 septembre 2017.
Christophe Boltanski, journaliste, écrivain et chroniqueur à Paris le 27 septembre 2017. © AFP / JOEL SAGET

Christophe Boltanski pensait au départ mêler ses deux histoires familiales, les deux enfermements dans lesquels il a grandi : celui de ses grands-parents, dans un appartement dont ils sortaient très peu, et celui de sa mère, au cours des dernières années de sa vie, recluse son domicile et dans ses obsessions. Il voulait organiser entre les deux un jeu de miroirs, mais il n’y est pas parvenu. Au centre du "Guetteur", son dernier livre, il y a donc sa mère, Françoise, un personnage modianesque, comme une énigme à résoudre. 

D'ailleurs, il n'a jamais été question pour Christophe Boltanski de se lancer dans une biographie familiale classique. Question de pudeur et d'égards vis-à-vis des siens. Il a juste voulu raconter l'histoire d'une inconnue et il n'est pas sûr d'avoir vraiment appris sur elle des choses qu'il ignorait. Mais en écrivant ce livre, il l'a sans doute un peu mieux comprise

Elle aimait terminer ses bouts de polar par une phrase sibylline. Une autre de ses ébauches s’achevait sur une note tout aussi énigmatique : « Quand le pire survint, Diaz n’en sut rien. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’il apprit la vérité. » Ses chutes qui ménageaient un suspens de boulevard visaient sans doute moins à aiguiser l’appétit d’un lecteur, à ce stade encore fantomatique, que celui de l’écrivain. Avec son « pa pa pa paaam » digne du Grand-Guignol, elle cherchait à se donner du cœur à l’ouvrage. Une envie de poursuivre, ne serait-ce que pour connaître la suite. 

C’était son troisième projet qui m’intriguait. Sa tentative la plus aboutie, du moins celle qui semblait avoir le plus compté à ses yeux, au point de mériter un classement à part, dans un sous-dossier, et, surtout, un intitulé : La Nuit du guetteur. Un beau titre inspiré d’un poème d’Apollinaire, d’un de ses distiques, griffonné à la hâte sur un bout de papier, un fragment, également, tiré de ce qu’il appelait ses « quelconqueries » : « Et toi mon cœur pourquoi bats-tu, comme un guetteur mélancolique, j’observe la nuit et la mort. » La citation figurait en exergue sur la page de garde. 

Comme à son habitude et ce qui avait le don de m’agacer, elle débutait son récit par des considérations météorologiques : « Il tombait une petite pluie fine et morne qui semblait ne devoir jamais finir. Les gens, les arbres maigres, les immeubles devenaient encore plus lointains, plus insulaires, ombres grises se fondant dans le brouillard humide.

Extrait du "Guetteur" aux Editions Stock 

Pastille sonore : Jean Rolin 

Choix musical : Téléphone : "Seul"  

Archives : 

  • Archive Ina du 1er juin 1969 : Albert Cohen raconte des souvenirs avec sa mère
  • Archive Ina du 6 août 1996 (au micro de Christine Goémé) : Henri Alleg à propos de la création du journal Alger Républicain
  • Archive Ina du 6 septembre 2013 : Christian Boltanski parle de son inspiration d’artiste 

Générique : Veridis Quo des Daft Punk   

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