Dans son bureau, papier et crayon lui suffisent pour créer un parfum. Il faut qu’il raconte une histoire. Dans son métier, il faut les mots.

Jean-Claude Ellena parfumeur exclusif, le "nez" de la maison Hermès ici à Cabris le 17 mars 2014.
Jean-Claude Ellena parfumeur exclusif, le "nez" de la maison Hermès ici à Cabris le 17 mars 2014. © Maxppp / ABJ/PHOTOPQR/NICE MATIN

Premier à introduire l'odeur de thé dans les parfums, Jean-Claude Ellena attribue sa réussite "aux rencontres, au travail et à sa femme" et avoue ne pas se parfumer, par souci "d'être le plus neutre possible". Seule concession, il porte ses essais sur le point d'aboutir pour voir leurs imperfections, féminins, masculins, sans distinction. "L'idée de mettre un genre sur les parfums est récente et commerciale", révèle-t-il, malicieux. Amateur des "odeurs de peau", il rêve que les parfums ne soient pas portés, parce qu'il les voit comme des œuvres artistiques. Pour lui, le secret, ce n'est pas de sentir, c'est d'avoir de la mémoire. C'est ce qui prend énormément de temps dans la vie d'un nez : se charger en senteurs qui seront mémorisées par le cerveau. Désormais avec le temps et l'expérience, non seulement il peut sentir l'odeur, mais il peut aussi faire des constructions mentales. Grande figure de la parfumerie contemporaine, parfumeur exclusif de la maison Hermès, dans son livre de souvenirs, "L’écrivain d’odeurs", Jean-Claude Ellena revient sur ses quarante ans de carrière, dévoilant les facettes multiples d'une profession méconnue devenue trop souvent prisonnière du marketing.

"(...)Il me faudra des années pour comprendre que le parfum comme la cuisine sont des marqueurs, des témoins de l’esprit et des goûts d’une époque. Dans les années 1960, les parfums comme les mets, pour satisfaire une clientèle bourgeoise, s’exprimaient d’une façon compliquée et surchargée. L’appréciation dépendait de la richesse et de la noblesse des produits utilisés et surtout du secret qui entourait la formule ou la recette. L’opulence était préférée à la simplicité, la richesse à la légèreté, le gras au maigre, le cuit au cru. Pour la cuisine, c’étaient le foie gras, la truffe, le homard, les jus, les sauces et les marinades pour le parfum, le jasmin, la rose, la tubéreuse, les infusions, les teintures, les lavages et les longues macérations. Le cuisinier s’installait devant ses fourneaux, le parfumeur, devant son orgue à parfums, et tous deux se réfugiaient derrière les matériaux utilisés. La nouvelle cuisine, révélée par la critique gastronomique, qui s’attacha à simplifier les recettes, à révéler les produits utilisés et à faire connaître les auteurs, apparaîtra dans les années 1970. La parfumerie suivra le même chemin dix ans plus tard. Les nez du goût, les cuisiniers, sont précurseurs en affaire d’odeurs. Le palais est toujours prêt à des essais que la peau s’interdit. (...)". Extrait de "L’écrivain d’odeurs" _*de *_Jean-Claude Ellena aux Editions Nez Littérature.

Pastille sonore : Annick le Guérer

Choix musical : Ricky Lee Jones avec "Pirates"

Archives :

  • Archive Ina du 21 novembre 1948 : Colette évoque la nature de son jardin
  • Archive Ina du 14 décembre 1987 (Nuits magnétiques) : Alain Corbin dit que c'est difficile d'analyser les odeurs. Le vocabulaire qu'on utilise pour décrire les odeurs est emprunté aux autres sens.
  • Archive Ina du 10 décembre 1970 : Henri Laborit évoque les parties humaines et animales de notre cerveau
  • Archive Ina de 1970 (au micro de Jean Carrière) : Edmond Roudnitska

Générique : Veridis Quo des Daft Punk

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.