Il y a 50 ans, une centaine d’éleveurs de brebis entrent en résistance contre l’extension d’un camp militaire. En 1981, leur combat se solde par une victoire. Dans “Le peuple du Larzac” (La Découverte), l’historien Philippe Artières revient sur une lutte qui n’a jamais cessé de se réinventer… Jusqu’à devenir un symbole

Illustration du livre de l’historien, Philippe Artières, "le Peuple du Larzac" (La découverte)
Illustration du livre de l’historien, Philippe Artières, "le Peuple du Larzac" (La découverte) © Getty / Eric TEISSEDRE

Très inspiré par Michel Foucault,  l’historien Philippe Artières s’intéresse depuis longtemps aux marges et aux espaces périphériques, convaincu que la compréhension d’un “moment de l’histoire” passe par l’analyse d’institutions tenues à l’écart. Aux grands personnages de l’Histoire, il préfère les chemins de traverse empruntés par les anonymes. L’Histoire, avec lui, est un domaine en perpétuelle extension.

Dans son dernier ouvrage, “Le peuple du Larzac. Une histoire de crânes, sorcières, croisés, paysans, prisonniers, soldats, ouvrières, militants, touristes et brebis…”, Philippe Artières nous ramène en 1971, lorsque quelques éleveurs de brebis du Larzac s’organisent pour protester contre le projet d’extension d’un camp militaire et l’expropriation de leurs terres.

Au total, ce sont 103 paysans qui prêtent serment : jamais ils ne vendront leur terre à l’armée. Dix années durant, ils refusent de baisser les bras : leur lutte attire dans le Larzac plusieurs grands rassemblements contestataires. Ils auront finalement gain de cause en 1981, lorsque  François Mitterrand, tout juste élu à la présidence, annonce l’abandon du projet de camp militaire. 

Par son éloignement géographique des centres et sa terre vierge sur laquelle chacun peut se projeter et construire sa cabane, le territoire du Larzac ne pouvait qu’interroger Philippe Artières. Haut plateau du sud du Massif central, c’est un lieu par lequel on ne passe pas par hasard : on y vient. 

Au-delà des faits, cet ouvrage met en lumière l’imaginaire puissant autour du Larzac et le lien de filiation qui perdure entre les paysans qui ont participé à la lutte des années 70, et les jeunes militants des ZAD aujourd’hui. On ne s’étonnera plus d’avoir entendu raisonner, à Notre-Dame-des-Landes, des slogans comme “Bravo Valls ! T’as trouvé ton Larzac !

Musiques : 

  • Bob Dylan, I want you
  • Thinderstick, Blood
  • Alain Bashung, La nuit je mens

Archives : 

  • Le 1er juin 1990 dans A voix nue : Michelle Perrot explique que l'historien a le sentiment d'être au contact direct de l'actualité quand il travaille sur les archives, plutôt que sur la littérature
  • Le 21 décembre 1966 dans L'Heure de culture française, sur France Culture :Michel Foucault parle de son rêve d'une science sur les contre-espaces, non pas les utopies, mais les hétérotopies
  • Le 9 février 1972 dans Le Journal télévisé de nuit : extrait des actualités françaises au début de l’affaire du Larzac, avec une interview de Michel Debré qui justifie le projet de l’extension du camp militaire 

Générique Veridis Quo des Daft Punk

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