Elles sont toutes deux comédiennes et metteurs en scène. Dernièrement, leurs créations respectives de « Bérénice » ont suscité l’enthousiasme. On a dit de Racine qu’il avait « une femme en lui »… Une femme ? Pourquoi pas deux ?

Bérénice, costume de Bérénice, tragédie de Jean-Baptiste Racine (1639-1699), gravure de Philippe Chery (1759-1838), vers 1805.
Bérénice, costume de Bérénice, tragédie de Jean-Baptiste Racine (1639-1699), gravure de Philippe Chery (1759-1838), vers 1805. © Getty / Collection : De Agostini Picture Library - DEA/G. DAGLI ORTI

Sur la tragédie, Racine a dit : 

Ce n'est point une nécessité qu'il y ait du sang et des morts dans une tragédie : il suffit que l'action soit grande, que les acteurs soient héroïques, que les passions soient excitées, et que tout s'y ressente de cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie.

Bérénice, reine de Palestine, aime Titus, empereur de Rome. Mais l’accession au trône de ce dernier change le cours des événements : Titus revient sur sa promesse de mariage. Incapable d’affronter Bérénice, il demande à son ami Antiochus, roi de Comagène et héros de Rome, d’annoncer à Bérénice la séparation à venir… 

Bérénice pleure : 

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous ?              
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?              
Que le jour recommence, et que le jour finisse,              
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,              
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?

Selon Laurence Février, le personnage de Bérénice est au centre du texte de Racine. Tout tourne autour de sa passion amoureuse avec Titus…mais pas seulement, car Antiochus est aussi épris de Bérénice… C’est un triangle amoureux !
Dans sa mise en scène, elle fait le choix de mettre l’accent sur cette tragédie amoureuse.

Pour Isabelle Lafon : « il s’agit d’amour mais d’un amour qui s’expose, qui se dit, qui ne se dit pas… drôle de texte, hein ?» .

Les deux metteuses en scène sont d’accord : la question politique n’est pas l’essentiel. Il ne s’agit pas seulement d’un problème entre deux royaumes qui ne peuvent pas s’unir : Rome et Palestine. Mais plutôt de la violence et de l’impossibilité du choix de l’amour.

Leur regard de femmes sur cette femme antique est très actuel. A l’inverse, du vivant de Racine, les hommes ont très peu apprécié la pièce, tandis qu’elle fut très bien accueillie par les femmes. Il faut dire que le personnage de Bérénice prend le dessus sur la gente masculine

Avec sa compagnie Les Merveilleuses, Isabelle Lafon innove et invente des mises en scènes au travers des textes d’Anton Tchékhov, Jean Hatzfeld ou encore Virginia Wolf.

D’abord comédienne de théâtre et de cinéma, Laurence Février commence la mise en scène au milieu des années 2000. Elle nourrit une passion pour Racine depuis sa plus tendre enfance : elle découvre Britannicus à neuf ans et demi.

Choix musical d’Isabelle Lafon : In a Sentimental Mood de John Coltrane et Duke Ellington

Choix musical de Laurence Février : Brigth red de Laurie Anderson

Extraits de pièce : 

  • Bérénice / Fragments de Laurence Février 
  • Bérénice d’Isabelle Lafon

Archives : 

  • Archive Ina de 1974 : Roland Barthes  à propos du mythe de Jean Racine dans la culture française.
  • Archive Ina du 23 juillet 1975 : Antoine Vitez à propos des valeurs exprimées par Jean Racine.
  • Archive Ina non identifiée : Marguerite Duras à propos du théâtre tragique et de son admiration pour Racine + EXT de son documentaire Césarée 

Générique : Veridis Quo des Daft Punk 

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