Pourquoi sommes-nous si résignés, si soumis, alors que des raisons pour se révolter sont évidentes et surtout si nombreuses ?

Portrait de Frédéric Gros philosophe, spécialiste de Michel Foucault, et écrivain, à Paris le 7 octobre 2016.
Portrait de Frédéric Gros philosophe, spécialiste de Michel Foucault, et écrivain, à Paris le 7 octobre 2016. © AFP / JOEL SAGET

Pour Frédéric Gros, on obéit par conformisme social, par habitude. Parce que l'obéissance rassemble et que la désobéissance isole. On obéit aussi par confort et plaisir. On obéit parce qu'on ne peut pas faire autrement. Mais, pour beaucoup d'entre nous, c'est une excuse : "Je ne pouvais pas faire autrement." C'est vrai qu'en y réfléchissant, il a raison.

Dans "Désobéir" aux Editions Albin-Michel, le philosophe en appelle à la démocratie critique et à la résistance éthique. Rien ne doit aller de soi : ni les certitudes apprises, ni les conventions sociales, ni les injustices économiques, ni les convictions morales. La pensée philosophique, en même temps qu'elle nous enjoint de ne jamais céder aux évidences et aux généralités, nous fait retrouver le sens de la responsabilité politique. A l'heure où les décisions des experts se présentent comme le résultat de statistiques glacées et de calculs anonymes, désobéir devient une affirmation d'humanité. Car philosopher, c'est désobéir.

"(...)Ce livre pose la question de la désobéissance à partir de celle de l’obéissance, parce que la désobéissance, face à l’absurdité, à l’irrationalité du monde comme il va, c’est l’évidence. Elle exige peu d’explications. Pourquoi désobéir ? Il suffit d’ouvrir les yeux. La désobéissance est même à ce point justifiée, normale, que ce qui choque, c’est l’absence de réaction, la passivité. Pourquoi obéissons-nous et surtout : comment obéissons-nous ? Nous avons besoin d’une stylistique de l’obéissance qui seule pourra nous inspirer une stylistique de la désobéissance. Redéfinir la différence entre la soumission, le consentement, le conformisme, etc. ; faire des distinctions entre le droit de résistance, l’objection de conscience, la rébellion, etc. On a beaucoup étudié les critiques de la démocratie. Ce livre défend l’idée d’une démocratie critique. La démocratie est bien autre chose qu’une forme institutionnelle caractérisée par de « bonnes » pratiques ou procédures, inspirée par la défense des libertés, l’acceptation de la pluralité, le respect des dispositions majoritaires. Même si elle doit être cela, la démocratie désigne aussi une tension éthique au cœur de chacun, l’exigence de réinterroger la politique, l’action publique, le cours du monde à partir d’un soi politique qui contient un principe de justice universelle et n’est surtout pas la simple « image publique » de soi, par opposition au moi interne. Il faut cesser de confondre le public et l’extérieur. Le soi public est notre intimité politique. Il est, en nous, puissance de jugement, capacité de penser, faculté critique. C’est depuis ce point en nous que sourd le refus des évidences consensuelles, des conformismes sociaux, du prêt-à-penser.(...)". Extrait de "Désobéir" de Frédéric Gros aux Editions Albin-Michel.

Pastille sonore : Bernard Harcourt

Choix musical : La solitude de Léo Ferré

Archives :

  • Archive Ina du 23 novembre 2016 : Erri de Luca à propos de l’alpinisme
  • Archive de l’Université Catholique de Louvain du 7 mai 1981 : Michel Foucault à propos de la gouvernementalité qui entraîne le comportement des individus.
  • Archive Ina du 8 octobre 1979 (au micro de Jacques Chancel) : Vladimir Jankélévitch dit sa position par rapport à mai 68 et aux révolutions
  • Archive Ina du 4 octobre 1950 : Mohandas Karamchand Gandhi proclame son message de paix

Générique : Veridis Quo des Daft Punk

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