Comment redonner la parole à ceux qui ne l'ont jamais ? Comment ceux-ci tentent même de la reprendre, mais font face à des institutions qui les réduisent au silence ? L'académicienne Danièle Sallenave interroge ce monopole de la parole démocratique dans son dernier tract Gallimard, "Parole en haut, Silence en bas".

L'écrivaine Danièle Sallenave, pour la remise du Prix Femina à Paris le 8 Novembre, 2017.
L'écrivaine Danièle Sallenave, pour la remise du Prix Femina à Paris le 8 Novembre, 2017. © Maxppp / IP3 PRESS/Vincent Isore

Si le silence doit régner quand on lit, les mots doivent pouvoir permettre de crier sa colère, son indignation au moment opportun. Les mots sont une arme, et les maîtriser permet de s'inscrire dans le débat démocratique. Ces idées sont au cœur de la pensée de l'académicienne et autrice Danièle Sallenave, qui a fait de l'accès à la lecture et à la parole une de ses grandes causes d'action. 

Baignée dans la tradition des Hussards noirs de la République, issue d'une longue lignée d'instituteurs, elle-même étant devenue professeure, elle a cherché à promouvoir via des associations comme Silence, on lit ! le temps de lecture quotidien dans les écoles et collectivités et à réhabiliter l'école comme lieu de formation des "premières armes" pour être capable de se défendre dans l'existence. 

Danièle Sallenave avait suscité de nombreuses réactions en 2019 lorsqu'elle avait publié, dans la collection tracts Gallimard "Jojo le gilet jaune", un court essai dans lequel elle dénonçait la condescendance de la classe politique à l'égard du mouvement des gilets jaunes et la hiérarchisation normative des paroles que le président de la République lui-même avait cherché à instaurer en affirmant dans un entretien de janvier 2019 

Attention, tout de même, sur vos plateaux “Jojo avec un gilet jaune” a le même statut qu’un ministre ou un député !". 

L'académicienne s'indigne de nouveau contre ce mépris de classe porté sur la parole de ceux qu'elle dénomme les "Innombrables", dans un tract intitulé "Parole en haut, silence en bas". Elle y interroge plus précisément l'instrumentalisation des mots à l'heure du terrorisme, des attentats -notamment de Conflans d'octobre 2020- et des débats sur l'islam, en montrant les dangers potentiels d'une opposition entre civilisation et barbarie, et d'une exaltation de la liberté d'expression coûte que coûte, ne tenant pas compte des humiliations potentielles qu'elle légitime. 

Ce soir, Danièle Sallenave aborde ces questions d'appropriation et désappropriation du langage et les limites de la liberté d'expression. Elle explicite son point de vue sur les questions de religions et de communautarisme et exprime ses désaccords profonds sur la terminologie de la loi sur les séparatismes, actuellement en débat au Parlement. Une émission passionnante avec une écrivaine qui n'a pas sa langue dans sa poche et manie les mots comme des couteaux ! 

Musiques :

  • Mozart, sonate pour piano en fa majeur, K. 280. Adagio. 
Maria Joao Pires

  • Melody Gardot : Sunset in the blue

  • Dua Lipa & Angèle : Fever

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  • Extrait de son discours du 2 octobre 2020 : Emmanuel Macron attaque le séparatisme religie

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