David Diop est devenu le 2 juin le premier auteur français à remporter le Booker Prize. Une consécration pour son roman “Frère d’âme” (Seuil), où l’on suit, du village de Gandiol jusqu’au “ventre de la terre”, le jeune Alfa Ndiaye, tirailleur sénégalais pendant la guerre 14-18, comme l’a été son arrière-grand-père.

Portrait de l’enseignant-chercheur et écrivain David Diop auteur de "Frère d’âme" (Seuil).
Portrait de l’enseignant-chercheur et écrivain David Diop auteur de "Frère d’âme" (Seuil). © AFP / Joël Saget

En 2012, David Diop livre au lecteur le récit d’une délégation africaine en voyage à Paris, qui se retrouve attirée dans un cirque pour participer à un "spectacle de nègres" à Bordeaux. Six ans plus tard, son deuxième roman, “Frère d’âme” (Seuil), nous emmène au Sénégal, dans le village de Gandiol, près de Saint-Louis, où l’auteur a grandi. 

De son arrière-grand-père maternel, David Diop sait qu’il a été victime du gaz moutarde lors de la Grande Guerre. De ses joies et de ses souffrances, il ignore tout. A l’aide de lettres de poilus, il restaure avec “Frère d’âme” le passé fictif de tous ces hommes qui refusent de replonger dans leurs souvenirs pour raconter la guerre.

Moi j’aurais voulu lui demander s’il avait croisé des tirailleurs sénégalais, il n’a jamais voulu rien dire.

Il imagine comment, lors d’un assaut, l’ami d’enfance et compagnon d’armes d’Alfa Ndiaye est grièvement blessé. Il supplie Alfa de l’achever, mais celui-ci, retenus par ses principes moraux, ne peut s’y résoudre. Qu’il soit bon ou mauvais n’est pas le propos du livre. Alfa Ndiaye survit en créant son propre art de la guerre, parce qu’il se venge et joue avec « la comédie de la sauvagerie » qu’on lui impose. 

David Diop, né en France, retourne au Sénégal avec ses parents à l’âge de 5 ans et apprend le wolof dans la rue. Aujourd’hui, il puise à chaque phrase dans la riche dualité que lui offre sa double culture.

“L’écriture me permet de rassembler mes deux voix. Il ne s’agit pas de réconcilier deux parts de moi - il n’y a pas eu de crime - mais de les concilier.”

La puissance du récit et le style oral et incantatoire de David Diop - qui n’est pas sans rappeler la tradition des griots - valent à son roman le prix Goncourt des lycéens dès sa parution en 2018. En août 2021, il revient avec un nouveau roman : “La porte du voyage sans retour” (Seuil). 

Musiques : 

  • Zoufris Maracas, Sa majesté la mer 
  • Youssouf Ndour, Seven seconds
  • Delgres, Assez Assez

Archives : 

  • Archive de novembre 1950 au micro de Robert Vidal : Blaise Cendrars dit que l'écrivain découvre toujours du nouveau et que l'écriture est fatigante
  • Archive INA de 1957 :  témoignage d'un ancien combattant sénégalais
  • Le 20 novembre 1958, extrait du discours de clôture de la conférence du cercle Centre FrançAfrique : Leopold Sedar Senghor parle de l'existence d'une culture africaine et de la nécessité des africains aux français

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