Pour elle, écrire est une drogue, douce, irrésistible, et épuisante. Joyce Carol Oates continue malgré tout à ausculter l’Amérique.

Joyce Carol Oates, le 20 Août 2012 à Édimbourg, en Écosse. Edimbourg, première ville UNESCO du monde de la littérature
Joyce Carol Oates, le 20 Août 2012 à Édimbourg, en Écosse. Edimbourg, première ville UNESCO du monde de la littérature © Getty / Jeremy Sutton-Hibbert

Depuis que sa grand-mère lui a offert sa première machine à écrire, à l'âge de 14 ans, elle n'a cessé d'écrire. Résultat : elle a publié plus de 100 ouvrages, des romans, des nouvelles, de la poésie, des essais. Elle aime enseigner, elle aime les étudiants, qui le lui rendent bien. Ils parlent de ses cours comme d'un moment de bonheur. Elle les encourage, elle les aide, les soutient. Son éditeur, presque pour plaisanter, lui a ouvert un compte twitter. Elle s'est prise au jeu. Elle a plus de 100 000 abonnés. "Twitter est devenu une autre manière de tenir mon journal intime ...". Elle espère toujours écrire LE livre qui restera. Quand elle reçoit quelque part, dans les régions rurales du New Jersey, elle sert des tasses de tisane, ou du thé, c’est selon … Grande figure de la littérature américaine contemporaine, Joyce Carol Oates n'apprécie les journalistes que lorsqu’ils sont de vrais lecteurs de son œuvre, c'est le cas de Laure Adler puisqu'elle a accepté de la recevoir.

Foxfire : Confessions d'un gang de filles de Laurent Cantet, adaptation cinématographique du roman de Joyce Carol Oates

"Osant aussi s’avancer sur la chaussée, arrêter des véhicules, déclarant à leurs occupants stupéfaits "Scusez ! Je suis Ednetta Frye, ça c’est ma fille S’billa Frye qu’a quatorze ans. Quand je l’ai vue en dernier elle partait pour l’école et maintenant y disent qu’elle est jamais arrivée. C’était jeudi". Elle tendait les photos de Sybilla à ces inconnus, qui les contemplaient d’un air sombre, les rendaient à Ednetta et lui assuraient que, non, ils n’avaient pas vu la fille mais que, oui, ils ouvriraient l’œil. Au coin de Sansom et de la 5ème Rue, un vent âpre arrivait par rafales de la rivière, un air froid humide, l’odeur douceâtre des feuilles et des ordures répandues dans les ruelles. Et là au bord du trottoir Ednetta Frye se reposa comme un ouvrier épuisé après un effort n’ayant abouti à rien. Personne d’aussi seul que cette mère désespérée cherchant vainement son enfant perdu. Le talon de la main pressé contre la poitrine comme si une douleur la frappait au cœur, elle regardait au loin l’envolée du pont Pitcairn pareil à un grand oiseau prédateur préhistorique et, au-delà, le lent saignement du ciel, et sur son visage des larmes coulaient sans honte, des larmes dont Ednetta avait si peu conscience qu’elle n’avait pas levé une main pour les essuyer" extrait de Sacrifice aux Éditions Ph. Rey

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