Alain Supiot a écrit de nombreux ouvrages, dont "L’Esprit de Philadelphie", "La justice sociale face au marché total" (Seuil, 2010) et "La Gouvernance par les nombres" (Fayard, 2015). "La Force d’une idée" (Les Liens qui libèrent) vient de paraître. Il est l'invité de l'Heure Bleue.

Alain Supiot, juriste français spécialisé en droit du travail et de l'état social, professeur au Collège de France, photographié à Paris
Alain Supiot, juriste français spécialisé en droit du travail et de l'état social, professeur au Collège de France, photographié à Paris © Getty / Stéphane GRANGIER / Corbis

Tel un phénix, l'idée de justice sociale resurgit aujourd'hui de ses cendres. Dénoncée comme un "mirage" par les théoriciens du néolibéralisme, elle a disparu de l'agenda politique des gouvernements. 

Depuis la conversion des régimes communistes à l'économie de marché, tous les pays du monde sont engagés de gré ou de force dans une course au moins-disant social et fiscal, qui offre pour seule perspective à leurs peuples de "nager ou couler" dans une lutte de tous contre tous à l'échelle du globe. 

L’accroissement vertigineux des inégalités, l’abandon des classes populaires à la précarité et au déclassement, les migrations de masse de jeunes poussés par la misère, suscitent des colères et des violences protéiformes, qui nourrissent le retour de l’ethno-nationalisme et de la xénophobie. L’aspiration à une société plus juste est donc en train de revenir au galop.

Alain Supiot est un juriste reconnu, spécialiste notamment de droit social et de théorie du droit, sujets auxquels il consacre ses travaux depuis la fin des années 1970 et décortique son sujet dans "La Force d’une idée" pour nous aider à réfléchir et à trouver des solutions. 

A propos de ceux qui nous gouvernent

"Ce qui domine aujourd'hui c'est l'imaginaire d'une mise en pilotage automatique des affaires humaines dont témoigne le projet de réforme des retraites." 

"Les inégalités sociales traduisent une certaine captation du pouvoir politique par le pouvoir économique."

"Nos dirigeants manquent de culture générale. La classe dirigeante sort des mêmes écoles, a les mêmes réflexes et n'a plus le bagage culturel (évoqué par De Gaulles), et n'a plus le contact avec la diversité des expériences." 

A propos du service public

"L’idée de service public est que chacun où qu’il se trouve sur le territoire ait accès, à un coût raisonnable et de façon continue aux mêmes services. Si ça fonctionne, ça pourrait permettre aux gens avec les ressources modernes informatiques que l’on connait de réinvestir les provinces françaises." 

"Si j'avais un reproche à faire à ceux qui nous dirigent, c'est d'être inconscients du modèle social dont ils sont les héritiers. Le problème n'est pas de figer ce modèle, mais de le faire vivre." 

A propos de la grève

"On peut discuter, dire ils ont tort ou pas. Mais l'instrument lui-même mérite le plus grand respect, parce que si on n'a plus ces convertisseurs, il ne reste plus que la ressource de la violence (...) La grève est un instrument pour réguler la démocratie." 

"Le propre de l'Etat social moderne c'est de dire que la Justice sociale c'est quelque chose qu'on essaie d'approcher. Et pour l'approcher il faut avoir ces méthodes de laisser s'exprimer des points de vue différents." 

A propos de la justice sociale

"L'un des buts de l'action politique c'est de faire résonner plus de justice, et pas de vouloir être plus efficace. Or il est vrai qu'aujourd'hui la justice ne semble plus être vraiment l'horizon de l'action politique. Si tel était le cas, nos dirigeants se diraient 'bon combien gagne une infirmière, combien gagne un trader ?' Alors peut-être ils se diraient qu'il y a un écart un petit peu trop grand." 

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