Chaque livre de Marie Ndiaye trouble, dérange, déstabilise. L'écrivaine brise les frontières morales, décèle la complexité de l'âme humaine, avec des personnages féminins aussi puissants que fragiles. Elle témoigne des ressorts de son écriture à l'occasion de la parution de "La vengeance m'appartient" (Gallimard).

L'auteur Marie NDiaye au Salon du livre de Francfort en octobre 2017.
L'auteur Marie NDiaye au Salon du livre de Francfort en octobre 2017. © AFP / JAN HAAS / PICTURE ALLIANCE / DPA PICTURE

Je suis, je crois, purement romancière, au sens où j'ai le sentiment d'inventer mes personnages, bien plus que de les faire naître d'après des êtres réels que j'aurais pu rencontrer.

C'est pour un roman médéen et sombre que Marie Ndiaye s'installe dans L'heure bleue ce soir. Dans La vengeance m'appartient, elle met en scène deux femmes, d'un côté une avocate de seconde classe, de l'autre une mère qui, malgré son amour pour ses trois enfants, les tue pour se venger de son mari. Ce mari, c'est justement le personnage qui les relie, puisque c'est lui qui va demander à Maître Susane, de défendre sa femme infanticide et qui va faire ressurgir chez l'avocate des images troubles de son enfance. 

De Sénèque, Marie Ndiaye partage par ailleurs plus qu'une intrigue. Elle possède le même art du monologue, puissant et envoûtant et la même capacité à montrer l'humanité derrière l'apparente cruauté et la folie d'une femme. 

Je suis le médecin des âmes de mes personnages, bien que je ne les soigne pas, et que j'ai aucune intention qu'ils aillent mieux. Mes personnages ne sont jamais réels pour moi.

On retrouve cette furiosité troublante également dans sa dernière pièce de théâtre, Royan, l'histoire d'une professeure de français qui n'aide pas une de ses élèves, harcelée et qui finit par se défenestrer. Ce texte, créé pour être interprété par Nicole Garcia au festival d'Avignon cet été, n'a finalement pas pu encore être joué. 

Quand j'écris, je n'ai pas ce sentiment de possession du livre. 

Dans les romans comme dans les pièces de théâtre de Marie Ndiaye, les personnages féminins frappent par leur fragilité forte. C'est d'ailleurs avec Trois femmes puissantes qu'elle avait obtenu le prix Goncourt en 2009. Il y est aussi souvent question de relations parentales complexes, de situations où amour et haine riment ensemble. 

Ce soir, dans L'heure bleue, l'écrivaine relate les sources d'inspiration de ses écrits, son rapport à ses personnages et sa relation à l'écriture théâtrale. 

Plusieurs de ses pièces seront, normalement, jouées en ce début d'année : 

  • Berlin, mon garçon sera jouée au Théâtre National de Strasbourg en mars dans une mise en scène de Stanislas Nordey. 
  • Les serpents sera jouée au Théâtre du Rond-Point du 2 au 26 février. 

Choix musicaux :

  • All you're dreaming of, de Liam Gallagher. 
  • On brûlera, Pomme.

Musiques : Therefore I Am de Billie Eillish 

Pastille sonore : Stanislas Nordey pour sa mise en scène au TNS de Berlin, mon garçon 

Archives : 

  • Archive Ina du 27 mars 1992 ( au micro de Danièle Sallenave ) : Nathalie Sarraute dit ne pas vouloir parler des livres ni avant , ni après leur écriture.
  • Archive Ina du 19 juin 2016 : Reportage : procès de Fabienne Kabou, mère infanticide qui abandonne sa fille en 2013 sur la plage de Berck sur mer.
  • Archive Ina de 1993 : Marguerite Duras à propos de l’article qu’elle a écrit dans Libération au moment de l’affaire Villemin 

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