Jean Hatzfeld s'attache dans son dernier livre, "Deux mètres dix" aux destins croisés de quatre athlètes en pleine guerre froide.

Jean Hatzfeld, journaliste et écrivain à Paris le 21 juillet 2015.
Jean Hatzfeld, journaliste et écrivain à Paris le 21 juillet 2015. © AFP / JOEL SAGET

En 2007, Jean Hatzfeld était couronné du prix Médicis pour "la Stratégie des antilopes" (Seuil), terrible récit dans lequel il donnait la parole aux victimes et aux bourreaux du génocide du Rwanda. Plus récemment, dans un roman réaliste proche du documentaire, "Où en est la nuit" (Gallimard, 2011), il revenait sur le destin d’un champion éthiopien, marathonien déchu, jeté comme un malpropre par ses sponsors. 

Avec "Deux mètres dix", il poursuit dans la même veine en rejouant le destin de quatre sportifs de très haut niveau : deux haltérophiles, l’un kirghize et l’autre américain du Missouri et deux sauteuses en hauteur, l’une américaine et l’autre kirghize. Des années 1980 à nos jours.

Adolescente, ravie de l’être, Sue s’adonnait au rituel du petit déjeuner, un genou en appui sur sa chaise pour atteindre tout ce qu’offrait la table de la cuisine. Mains agiles, elle attrapait la carafe de lait, emplissait un bol de corn flakes, qu’elle garnissait de fruits secs, empilait des pancakes nappés de confiture et de glace à la vanille, avant de s’empiffrer, sans égard pour le chien qui espérait à ses pieds. Sa mère ne se lassait pas de la scène, éberluée des calories brûlées en une journée par l’organisme de sa fille, et d’avoir mis au monde un être habité de forces qui lui semblaient étrangères. 

On ne pouvait l’étiqueter garçon manqué à cause de ses longs cheveux dégringolant en boucles blondes. Il n’empêche qu’on l’avait toujours vue mêlée à des garçons, à courir derrière une balle dans le parc situé derrière les maisons. Toujours partante pour un match, elle maniait avec culot la batte de baseball, lançait d’une main ferme le ballon de football ou dribblait des deux pieds au soccer, ambidextrie très convoitée par ses camarades de jeu. 

Extrait de "Deux mètres dix" aux Editions Gallimard

Pastille sonore : Nathalie Azoulai 

Choix musical : Barbara "Dis, quand reviendras-tu" 

Extrait de films : "Je vous salue, Sarajevo" de Jean Luc Godard 

Archives :

  • Archive Ina du 11 mai 1992 (au micro de Noël Simsolo) : Serge Daney à propos du tennis.
  • Extrait de l’abécédaire de Claire Parnet , 1995 : Gilles Deleuze, T comme Tennis 

Générique : Veridis Quo des Daft Punk 

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