Jean-Louis Trintignant et l'accordéoniste Daniel Mille montent un spectacle de poésie sur les musiques de Piazzolla. Le comédien se confie à Laure Adler sur son enfance, ses parents, la guerre d'Algérie et la difficulté à trouver sa voie.

Jean-Louis Trintignant à Vienne, en Autriche, le 3 juin 2017.
Jean-Louis Trintignant à Vienne, en Autriche, le 3 juin 2017. © AFP / HERBERT NEUBAUER / APA

Jean-Louis Trintignant débute sur scène, au théâtre, avant de connaitre le succès au coté de Brigitte Bardot dans Et Dieu…créa la femme en 1956. Il tourne alors pour les plus grands, d'Eric Rohmer à François Truffaut en passant par Costa-Gavras.

Une enfance dans un foyer désuni

Laure Adler : "Pourquoi votre mère vous habillait elle en fille ?"

Jean-Louis Trintignant : "Parce qu'elle voulait une fille. Mes parents avaient déjà un garçon. J'avais un frère, donc il y avait deux ans de plus que moi. Elle a décrété que ce serait une fille. Maintenant on sait le sexe des enfants. Et alors je suis né, j'étais un garçon, mais tant pis. Elle avait préparé que des robes de filles. Elle m'a habillé en fille jusqu'à l'âge de 7 ans. Et un jour, j'ai fait pipi debout contre un arbre. Quelqu'un m'a vu. J'ai été confondu. À partir de ce moment là, elle m'a habillée en garçon."

Que faisait elle votre mère ?

"C'était une femme au foyer. Mais elle avait rêvé d'être tragédienne. Elle ne voulait jouer que des tragédies."

Pourquoi a-t-elle été tondue à la fin de la guerre ?

"Je n'aime pas parler de ça. Je vous réponds parce que c'est vous. Toutes les femmes qui avaient eu un rapport avec les Allemands à la fin de la guerre étaient tendue. C'étaient des traîtresse. Vous savez, il y a un très beau poème de Paul Eluard là dessus ou il parle des femmes tondues, mais je trouve que c'est une honte de tondre les femmes parce qu'elles ont eu des amours avec l'occupant, avec l'ennemi. Je trouve ça très mesquin, très moche. Un manque de tolérance terrible."

On en parlait dans la famille de la fin de la guerre ?

"Quand mon père est revenu, il m'a dit un truc qui m'a traumatisé et qui me traumatise encore. Il m'a dit 'Comment tu as pu laisser faire ça'.  J'avais 7 ou 8 ans je n'avais pas d'autorité. Même si j'avais dit à ma mère 'Arrête de voir Gunther', elle ne m'aurait pas obéi."

Et votre père a retrouvé sa place à l'intérieur de la famille.

"Ils ont vécu jusqu'à la fin de leur vie qui a été assez long encore, qui a duré 30 ou 40 ans. Ils ont vécu ensemble, mais alors, avec une haine comme j'ai peu connu, ils se détestaient. Mais ils ont vécu ensemble parce qu'ils avaient deux enfants et à ce moment là, quand on avait deux enfants, on ne divorçait pas. Ils avaient 35 ans à la fin de la guerre, ils auraient pu se séparer et vivre une autre vie heureuse."

Un père adoré

Que faisait votre père dans la Résistance ?

"Il était de la résistance parce que il a choisi le bon côté. Il était pour de Gaulle. Ce n'est pas un hasard quand même. C'est parce que c'était un homme formidable, mon père. Il était très modeste, très discret, mais j'ai su des trucs après la guerre où il a été magnifique. Il était magnifique, mon père."

Il ne vous a jamais parlé de ses faits de résistance ?

"Il y a un mec qui m'a écrit il n'y a pas longtemps qui m'a dit 'Votre père m'a sauvé la vie', alors il m'a expliqué. La situation est un peu longue, je le raconte pas, mais c'est vrai que mon père a été un type formidable. Si on avait fait un monde à l'image de mon père, le monde aurait été très beau, généreux."

Références

  • Libertango par Jean-Louis Trintignant et Daniel Mille
  • Un homme et une femme de Claude Lelouch

Générique : Veridis Quo des Daft Punk

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