L’une écrit à la 2ème personne du singulier, l’autre à la 1ère. C’est pourtant une expérience commune que partagent Violaine Schwartz dans “Une forêt dans la tête“ (POL) et Camille Reynaud dans “Et par endroits ça fait des nœuds” (Autrement) : celle d’une rupture d’anévrisme qui a tout bousculé dans leurs cerveaux.

Illustration des livres de Violaine Schwartz dans “Une forêt dans la tête“ (POL) et Camille Reynaud dans “Et par endroits ça fait des nœuds” (Autrement).
Illustration des livres de Violaine Schwartz dans “Une forêt dans la tête“ (POL) et Camille Reynaud dans “Et par endroits ça fait des nœuds” (Autrement). © Getty / Andriy Onufriyenko

Lors d’une rupture d’anévrisme, 35 % des personnes meurent sur le coup, 35 % présentent des séquelles neurologiques, les autres n’ont rien du tout. La narratrice du livre de Violaine Schwartz “Une forêt dans la tête“ (POL) est de ceux-là, qui peuvent jouir d’une liberté intacte, mais avec la crainte que cela ne recommence.

Tu es une autre et tu peux encore parler et marcher et bouger et courir et sauter, tu peux faire tout ce que tu veux, comme avant, comme toujours, mais la crainte que tout ne s’arrête d’un instant à l’autre, comme ce jour-là où rien n’annonçait le désastre, tout va bien et soudain tout va mal, comme un coup de tonnerre dans un ciel limpide, cette crainte-là t’empêche d’en profiter car maintenant tu sais.

Des symptômes anodins, une confusion qui s’installe, le brouillage complet, la douleur, et puis un diagnostic : rupture d’anévrisme, aussi appelé AVC. Parce qu’elles en sont sorties indemnes, Violaine Schwartz et Camille Reynaud font le récit de la maladie, et des séquelles “invisibles” qui subsistent. 

Mélanger ses mots ou même les perdre, voir ses sens et ses facultés s’échapper et son corps devenir étranger à soi-même : Violaine Schwartz et Camille Reynaud décident chacune à leur manière de jouer avec la dislocation de leur pensée. 

Dans Et par endroits ça fait des noeuds (Autrement), l’écriture de Camille Reynaud devient une manière de se réapproprier le traumatisme et de rassembler les morceaux de sa propre existence, tandis que le lecteur est déstabilisé par une nouvelle forme de langage qui le confronte à l’expérience de la maladie. 

Toutes deux nous entraînent dans une investigation sur leur propre existence : et si la forme littéraire pouvait dans une certaine mesure refaçonner l’informe ? 

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