Une jolie rencontre aura lieu ce soir dans l'Heure Bleue, avec Pauline Delabroy-Allard pour "Ça raconte Sarah" et Estelle-Sarah Bulle avec "Là où les chiens aboient par la queue"

Magie du premier roman
Magie du premier roman © Getty / Prianko Biswas / EyeEm

"Ça raconte Sarah" aux Editions de Minuit, est le récit d'une passion amoureuse entre deux femmes. L'une arrive à la fin de sa vie, victime d'un cancer du sein. L'autre, tourmentée par l'amour, commence à sombrer dans la folie. Pauline Delabroy-Allard y décrit très précisément cet état qui emporte tout sur son passage, quel que soit le sexe des protagonistes. La toute jeune romancière a écrit très vite, en un an, comme en apnée, parce que c'était une évidence. Elle savait qu'elle voulait un roman en deux parties, avec deux narrations un peu différentes. C’était son seul fil directeur. A découvrir dans l'Heure Bleue ce soir !

Il fait si chaud, dans cette pièce. Je voudrais bouger, un peu, sentir l’air sur mon visage. Mais son corps touche le mien, sa main est posée sur mon bras, et bouger risquerait de faire vaciller l’édifice que j’ai mis tant de temps à construire. Son sommeil est comme un château de sable. Un mouvement et ça se casse la gueule. Un mouvement et ses yeux s’ouvrent grand. Un mouvement et il faut tout recommencer. J’écoute le ronronnement de son souffle plein de sommeil, il me donne envie de rire de plaisir, d’une gaieté enfin retrouvée pour un instant. Je voudrais suspendre la nuit et écouter ce bourdonnement pendant des heures et des heures, des jours et des jours, puisqu’un bourdonnement ça veut dire je vis, ça veut dire j’existe, ça veut dire je suis là. Et moi je suis là aussi, à côté.

Extrait de ""Ça raconte Sarah" aux Editions de Minuit

Tout comme "Là où les chiens aboient par la queue" d'Estelle-Sarah Bulle, un autre récit cette fois-ci, polyphonique qui multiplie les points de vue sur une histoire partagée par des milliers d'Antillais. Estelle-Sarah Bulle s’est inspirée des récits collectés auprès de ses tantes et de son père pour reconstituer l’épopée familiale, du bourg de Morne-Galant jusqu’à la métropole pour raconter l'histoire d'une famille, les Ezechiel, avec en toile de fond la société guadeloupéenne de la seconde moitié du XXème siècle. 

J’ai quitté Morne-Galant à l’aube parce que c’était la seule façon de ne pas cuire au soleil. Morne-Galant n’est nulle part, autant dire une matrice dont je me suis sortie comme le veau s’extirpe de sa mère: pattes en avant, prêt à mourir pour s’arracher aux flancs qui le retiennent. J’ai vu ça des dizaines de fois avant mes sept ans, la naissance du veau qui peut mal finir. Papa laissait toujours faire ; c’était à la nature de décider qui devait vivre et qui devait mourir. 

Extrait de "Là où les chiens aboient par la queue" aux Editions Liana Levi

Choix musical de Pauline Delabroy Allard : Benjamin Biolay : Miss miss

Choix musical d’Estelle Sarah Bulle : Henri Salvador : Ma doudou 

Musiques : 

"La jeune fille et la mort" de Schubert Par le Quatuor Jerusalem avec aux violons Alexander Pavlovsky , Sergei Bresler , au violoncelle Kyril Zlonikov 

Archives : 

  • Archive Ina du 7 octobre 2014 : Annie Ernaux  cherche une forme pour raconter sa vie 
  • Archive Ina de 1989 : Marguerite Duras à propos du danger de l’écriture en particulier L’amante 

Générique : Veridis Quo des Daft Punk 

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