L'oeuvre du peintre Henri Matisse est beaucoup moins connue que celle de son rival et ami Picasso. Pourtant, le chef de file du fauvisme a révolutionné la façon de penser la couleur et la matière, influençant les générations suivantes. L'Heure bleue rend hommage à ce génie pictural toute cette semaine en sons et images

Portrait du peintre, dessinateur, graveur et sculpteur Henri Matisse chez lui à Nice en 1949.
Portrait du peintre, dessinateur, graveur et sculpteur Henri Matisse chez lui à Nice en 1949. © Getty / Gjon Mili / The LIFE Picture Collection

On a parlé d'un mystère Picasso à la suite du film d'Henri-Georges Clouzot, mais l'expression s'applique tout autant à son contemporain Henri Matisse. Arrivé à la peinture tardivement, Matisse n'a cessé de se renouveller, de marquer dans son œuvre des coups d'arrêt dès qu'il sentait que sa manière de peindre devenait trop établie. C'est ainsi un peintre aux milles manières, qui a travaillé la couleur et la matière avec une plasticité incomparable. 

Pour célébrer les cent-cinquante ans de sa naissance, le Centre Pompidou lui a consacré une rétrospective d'ampleur, intitulée "Matisse, comme un roman" réunissant plus de 230 œuvres et 70 documents d'archives. Malheureusement, en raison de la crise sanitaire, cette magnifique exposition n'aura pu être ouverte que 10 jours. 

Avec la complicité de sa commissaire, Aurélie Verdier, L'Heure bleue se donne le pari de la faire découvrir par le son plutôt que par l'image, par l'oreille plutôt que par l'œil. Chaque première partie d'émission se présentera ainsi comme une déambulation poétique dans les allées perdues du musée, glanant sur les murs, quelques toiles du maître de la couleur. 

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Au programme de ce soir, Aurélie Verdier vous présentera notamment l'Autoportrait de Matisse de 1906, que le critique Charles Lewis Hind qualifiait de "radioactif" L'intérieur aux aubergines, symphonie picturale, faite de jeux de miroirs et de perspectives et un petit Portrait de Marguerite, la fille du peintre. 

En deuxième partie d'émission, des spécialistes et artistes influencés par Henri Matisse dévoileront leur rapport singulier au peintre de La blouse romaine

Dans ce premier épisode, autour du mystère Matisse, c'est la grande peintre et écrivaine américano-libanaise Etel Adnan qui en esquisse le portrait, décrit son amour de l'objet, des tissus, des matières. 

Pour elle, le mystère de Matisse réside dans le fait que, dans ses tableaux, "les couleurs et les formes ne se détruisent pas mutuellement", qu'il n'y a jamais chez lui d'"encombrement", mais que règne toujours une harmonie. 

Pour la poétesse, Matisse "ne fait pas peur. Il a propagé un amour spontané de la peinture", à la différence de Picasso, peintre tourmenté. Néanmoins, Etel Adnan parle du noir chez Matisse, ce noir du mystère, de l'ombre. 

Les pommes de Matisse sont le contraire des pommes de Cézanne. Les pommes de Cézanne n’ont pas d’ombre alors que chez Matisse, les citrons sont noirs, les pommes sont noires. Je voudrais parler de ce noir. Baudelaire a dit quelque part qu’un grand tableau finit par apparaître noir, sombre. »

Ce noir, on le retrouve dans l'un des tableaux que nous présentera demain soir Aurélie Verdier,  La porte-fenêtre, dont Louis Aragon disait dans Incipit qu'il était « le plus mystérieux des tableaux jamais peints, [semblant] s’ouvrir sur cet "espace" d’un roman qui commence ». 

Chez Matisse, le mystère c'est donc bien cette capacité à faire, même du noir, une lumière, une couleur à part entière. 

Pour prolonger cette expérience : 

- La visite virtuelle de l'exposition "Matisse, comme un roman" 

- Le nouveau site du Musée Matisse de Nice 

Une sélection d'ouvrages : 

Louis Aragon, Henri Matisse, roman (Gallimard)

Dominique Fourcade, Rêver à trois aubergines (Editions du Centre Pompidou)

Xavier Girard, Matisse "Une splendeur inouïe" - Henri Matisse, Ecrits et propos sur l'art (Gallimard Montréal)

Archives

  • Archive Ina de 1950 : Henri Matisse parle de ses portraits. 
  • Archive Ina du 12 janvier 1951 au micro de Pierre Charbonnier : Henri Matisse parle du visage dans la peinture
  • Archive Ina du 1er janvier 1953 : Henri Matisse parle de sa peinture, de son oeuvre préférée, et la période préférée de son existence

Musiques

  • Ella Fitzgerald, Blue skies 
  • Gérard Manset, La toile du maître 
  • Camelia Jordana, Jusqu'au bout des cils 

Compositions d'Aurélie Viteau / Evie 

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