Tout le monde connaît la statue de la Petite danseuse de quatorze ans, sculptée par Degas. Mais que sait-on de son histoire ?

Portrait de Camille Laurens, écrivaine,  le 8 janvier 2016 à Paris.
Portrait de Camille Laurens, écrivaine, le 8 janvier 2016 à Paris. © AFP / JOEL SAGET

Elle s’appelait Marie Geneviève Van Goethem était danseuse de l'Opéra de Paris, fut le modèle de la célèbre sculpture de l’artiste, une œuvre décriée lors de sa présentation au Salon des Indépendants car le public la jugea laide et repoussante. Camille Laurens est partie à la recherche du mystère de "La petite danseuse de quatorze ans", pas pour la célèbre statue en cire d’Edgar Degas, mais surtout pour celui de son modèle. Elle s'est refusée de remplir les vides par de la fiction pure. Dans son livre, l’écrivaine raconte le malheur dans lequel vivaient beaucoup de ces ballerines.

A l’exception de quelques filles de la bourgeoisie, la plupart de ces enfants "sont là poussées par la nécessité", le plus souvent mises sous la coupe d’un "protecteur" : la danseuse devient "synonyme de corruption et de déchéance". Et Marie, cadette de trois filles, n’échappera pas à ce terrible destin : ses parents ont émigré de Belgique pour fuir la misère. L’aînée se prostituera, sera même emprisonnée pour vol. La plus jeune deviendra un professeur de danse estimé. Entre les deux, Marie, dont on ne sait presque rien. Alors Camille Laurens fouille les archives, tente de rendre voix (et justice) à ce fantôme célèbre. En s’attachant à cette figure, la romancière pense "aux migrants qui arrivent tous les jours en France avec leurs enfants, à leur dénuement encore plus grand qu’au XIXème siècle".

"(...)Enfin ils vont la voir! Au milieu des toiles de Pissarro, Cassatt, Gauguin, elle est présentée dans sa cage de verre, ce qui attire encore la curiosité. Ils s'avancent avec l'empressement, approchent leur visage ou leur monocle de la paroi transparente, froncent les sourcils et recul, mais qu'est-ce que c'est, hésitent, se sauvent ou restent béants. Voiture, quoique sensibles et cultivés, presque tous sont saisis d'horreur devant la petite danseuse. Ce n'est pas de l'art! S’exclament les uns. C'est un monstre, disent les autres. Un avorton! Un singe! Elle serait mieux au musée de la zoologie, ironise une comtesse. Elle est l'air vicieux d'une criminelle, renchérit une autre. «Quel laideron, celle-là! Lance un jeune gandin. J'espère bien qu'elle est la fée du rat à l'Opéra plutôt que la chatte au bordel ! »Un journaliste s'interroge: existe-t-il« réellement un modèle aussi horrible, aussi repoussant? »Une essayiste la description pour la revue anglaise Artiste comme« à moitié idiote »,« avec sa tête et son expression aztèques ». «L'art peut-il tomber plus bas? »Demande-t-elle. Tant de vice! Tant de laideur! L'œuvre et le modèle se confondent en une même réprobation, s'attirant une hostilité, une neuve à la virulence étonne aujourd'hui. «Cette fillette à peine pubère, fleurette de ruisseau » vient d'entrer dans l'histoire des révolutions artistiques.(...)". Extrait de "La petite danseuse de quatorze ans" de Camille Laurens aux Editions Stock

Pastille sonore : Annie Ernaux

Choix musical : Gérard Manset avec "Revivre"

Musique : Marilyn Monroe avec "She acts like a woman should"

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Générique : Veridis Quo des Daft Punk

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