La véritable muse de Matisse fut la lumière. La lumière naturelle, bien sûr, mais aussi intérieure, car dans son coeur rayonnaient une puissante joie et sérénité. Ce soir, c'est de la spiritualité du peintre et de son amour de la vie que nous parlent les commissaires d'exposition Aurélie Verdier et Cécile Debray.

Le peintre, dessinateur, graveur et sculpteur Henri Matisse travaillant sur papier découpé. Photo non datée.
Le peintre, dessinateur, graveur et sculpteur Henri Matisse travaillant sur papier découpé. Photo non datée. © Getty / Bettmann

"Tout art digne de ce nom est religieux" disait Henri Matisse en 1951. L'œuvre du peintre dégage, en effet et à de nombreux égards, une profonde spiritualité, une quête d'un absolu sensitif. Prophète de la couleur et de la lumière, il avait foi en l'art et s'émerveillait de la beauté du monde. 

A travers le parcours des dernières salles de l'exposition du Centre Pompidou "Matisse, comme un roman", consacrées à l'oeuvre "Jazz", à la Chapelle de Vence et aux gouaches découpées, la commissaire d'exposition Aurélie Verdier revient sur des périodes déterminantes dans l'œuvre de l'artiste. Elle montre qu'en dépit de son âge avancé, de sa vue dégradée, de la pesanteur de son corps, Matisse atteint une acmé dans son art en quittant la peinture de chevalet. 

"les gouaches découpées […] sont une méditation, un renouvellement de l’art de Matisse en profondeur, alors que l’artiste est septuagénaire. Voilà le type de jeu, de relanceur permanent que Matisse effectue. C’est quand même très étonnant de partir sur ce type de techniques à l’âge qu’il a. […] Et il va faire une œuvre dont le sujet unique est l’élévation, la légèreté, l’absence de densité, l’amour ."

Ce contraste entre légèreté et intensité fait toute la puissance, presque surnaturelle de l'oeuvre de Matisse. Pour la directrice du Musée de l'Orangerie et commissaire de plusieurs expositions sur le peintre moderne, Cécile Debray, " la peinture de Matisse a une véritable grâce qui lui permet d’être reproduite à l’infini et de garder cette sorte de force, d’efficacité, de l’image."

Elle revient sur la recherche constante d'harmonie chez Matisse, le mouvement dialectique de son travail, par dépassements successifs, qu'il capturait à l'aide de photographies qu'il prenait tout au long de sa production artistique. Cécile Debray, qui avait travaillé notamment sur les pairs dans l'œuvre de Matisse, revient sur une autre relation duale, celle du pape fauve avec l'apôtre du cubisme, Picasso. Elle décrit ainsi l'artificialité de leur opposition et le respect mutuel qu'ils se portaient. La commissaire d'exposition décrit également les liens entretenus par Matisse avec le mouvement surréaliste. 

Avec Cécile Debray et Aurélie Verdier, se dessinent plusieurs variations de Matisse : le peintre amoureux des formes et des couleurs, en quête permanente et, presque mystique, d'absolu, mais également l'homme empreint d'une joie parfois teintée de mélancolie.  

Archives

  • Archive Ina du 12 janvier 1951 (au micro de Georges Charbonnier) : Henri Matisse discute de l'art et du rôle de la peinture 
  • Archive Ina de 1965 : Jean-Luc Godard commente La Blouse romaine de Matisse 
  • Archive Ina du 1er janvier 1948 au micro de Robert Sadoul : Henri Matisse parle de la chapelle de Vence sur laquelle il travaille. 
  • Archive Ina du 29 novembre 1957 ( au micro de Georges Charbonnier)  : André Masson à propos de sa rencontre avec Matisse et leur conception mutuelle de la peinture
  • Archive Ina de 1970 : Pierre Schneider à propos de la palette des couleurs chez Matisse, comme premier véhicule de l’émotion
  • Archive Ina du 5 novembre 1979 ( au micro de Jean Marie Drot) : André Malraux  sur les rapports entre Picasso et Matisse

Musiques : 

  • Jeanne Moreau, Juste un fil de soie
  • Christophe, Oh mon dieu 
  • Vagabon, Reason to believe 
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