L’un, refait à l’envers le chemin qui l’a conduit de la médecine, puis de la maladie, à la littérature. L’autre se demande si l’on peut philosopher en souffrant d’un cancer.

Un médecin dans un couloir d'hôpital
Un médecin dans un couloir d'hôpital © Getty / Image Source

Les premiers livres de Patrick Autréaux, "Dans la vallée des larmes","Soigner" et "Se survivre" ont construit un triptyque autour de thématiques exigeantes : la confrontation à la mort (celles des autres et l’annonce de la sienne), l’exercice de la médecine après avoir été dans le rôle du patient, pour accomplir un désir d’écriture énoncé dès l’enfance en même temps que celui de devenir médecin. Avec "La voix écrite", il continue à retracer son cheminement entre médecine et écriture, accompagné par l'amitié d'un vieil homme.

"Depuis qu’on m’avait parlé de guérison, j’avais imaginé changer en tout. Convalescent, j’avais crié que je ne voulais plus vivre comme avant, mais écrire, seulement écrire. Et depuis des mois, je cherchais comment ce serait possible. Qu’est-ce donc qui hurlait en moi ? Il me fallait prendre acte de ce coup de semonce. Qu’il ne soit pas un choc vain. Malade ou médecin, je ne tenais plus à revenir à l’hôpital, ni à travailler aux urgences. Mais qu’est-ce que je ne voulais plus ? Soigner les autres ? Les écouter ? Soigner et écouter comme je le faisais avant ? Avais-je peur d’être contaminé par ce que la maladie révèle de faiblesse, maintenant que je m’étais senti moi-même si vulnérable ?". Extrait de "La voix écrite" de Patrick Autréaux aux Éditions Verdier.

Confronté de plein fouet à l’expérience du cancer, le philosophe Ruwen Ogien réfléchit dans “Mes mille et une nuits : la maladie comme drame et comme comédie” au statut du malade. Plutôt qu’une méditation métaphysique, il s’en tient à une description brute de la vie meurtrie, la sienne, et s’en remet à la littérature avec des écrivains qui ont fait du malade, plus qu’un personnage, une plaque sensible : Philip Roth, Fritz Zorn, Susan Sontag, Hervé Guibert, et bien d'autres.

"Il est difficile de nier la réalité quand on voit autour de soir toutes ces têtes portant perruques, bonnets, casquettes, fichus (les symboles les plus populaires du cancer), qui vous sourient doucement comme pour vous dire : « Bienvenue dans le club des mourants. » Il m’arrive d’éprouver des sentiments de profond inconfort à l’égard de ces groupes de malades en attente de traitement. Je m’assois à l’écart. Je refuse toute complicité avec eux. Je veux pouvoir continuer à me dire : « Je n’appartiens pas à ces rassemblements de zombies », même si tout me prouve le contraire". Extrait de "Mes mille et une nuits" de Ruwen Ogien aux Éditions Albin-Michel.

Choix musical de Ruwen Ogien : Grand Corps Malade avec Funambule

  • Archive Ina (non datée) : Gaston Bachelard s’exprime sur les relations entre la philosophie et la science
  • Archive Ina du 4 janvier 2001 (au micro de Chantal Thomas) : Susan Sontag parle des intentions d’écriture de son livre "La maladie comme métaphore"

Générique : Veridis Quo des Daft Punk


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