Entre "privacy" et "privation", les frontières sont poreuses, surtout lorsqu'il est question de numérique. Le professeur en droit à l'université Columbia Bernard E. Harcourt, auteur de "La société d'exposition" (Seuil) décrypte ce soir comment nous nous sommes auto-privés de notre intimité et liberté, à l'ère digitale.

Portrait du professeur en droit à l'université Columbia Bernard E. Harcourt, auteur de "La société d'exposition" (Seuil)
Portrait du professeur en droit à l'université Columbia Bernard E. Harcourt, auteur de "La société d'exposition" (Seuil) © Eileen Barroso

Que ce soit sur les réseaux sociaux, ou dans la vie quotidienne, en payant par exemple en carte bancaire ou en utilisant notre carte vitale, nous consentons de plus en plus à ce que des informations relevant de notre vie privée soient enregistrées et exploitées sur le web. 

Comment expliquer cette soumission volontaire à la surveillance de nos existences ? 

Spécialiste de l'œuvre de Foucault et de la démarche de la Théorie critique, le professeur de droit à la Columbia University et directeur d'études à l'EHESS, Bernard E. Harcourt, tente de répondre à cette question dans "La société d'exposition", paru aux éditions  du Seuil en janvier. 

Il met ainsi à jour la naissance d'un désir d'exhibition très fort depuis le début du XXIe siècle, qui exprime selon lui le besoin de reconnaissance plus important dans notre société. 

Egalement très engagé dans la lutte contre l'arbitraire en matière de justice pénale et le respect de la dignité humaine, il a travaillé à défendre des prisonniers condamnés à mort "pour le bien public" aux Etats-Unis. 

Dans un de ses derniers ouvrages, "The counterrevolution" (Basic books), il dénonce le mouvement de militarisation de l'ordre public, depuis la présidence de George W. Bush, avec le développement de méthodes dites "contre-révolutionnaires" au sein de la police et des services secrets américains. La politique de Donald Trump pendant quatre ans n'a fait selon lui qu'aggraver les choses, portant à son acmé cette doctrine ultra-répressive et violente, qui cible désormais même des militants pacifistes. 

Bernard E. Harcourt délivre ce soir ses espoirs et ses craintes concernant l'avenir de son pays, mais nous invite plus généralement à nous réinterroger sur l'accessibilité croissante de nos informations personnelles et l'opacité inquiétante du traitement de ces données par les différentes instances du pouvoir politique et économique. 

Choix musicaux : 

  • Rolling Stones, "Doo Doo Doo Doo Doo (Heartbreaker)", from Goats Head Soup album.   
  • "Know Your Rights" by the Clash from Combat Rock 

Pastille sonore : 

  • Russel Banks  

Archives: 

  • Joe Biden s’exprime pendant le compte des votes pour dire que le peuple d’Amérique est président
    Discours du 5 novembre 2020   
Les invités
  • Bernard E. HarcourtProfesseur de droit à la Columbia University, directeur d'études à l'EHESS et militant pour les droits de l'homme
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