Avec deux livres qui ont en commun le même mot mais pas que malgré l'histoire ...

Petite fille qui joue avec des bulles de savon
Petite fille qui joue avec des bulles de savon © Getty / Ivan

Dans son livre "La troisième personne", Valérie Mréjen, artiste, vidéaste, écrivaine, raconte la mémoire, pour de vrai, pour de faux, d’observations, de famille. L'histoire se passe à Paris, et se projette depuis le taxi qui ramène les nouveaux parents de la maternité jusqu’à leur domicile. La Seine défile à travers la vitre, le monde autour n’a pas changé mais les lieux et le temps sont modifiés par l’irruption de cette petite "troisième personne".

"Il devait être six heures du matin le troisième jour. Une sage-femme est entrée poussant devant elle le berceau transparent et les petites billes noires ont transformé l’endroit, ont empli la chambre de leur présence, une présence nouvelle qu’on n’attendait plus, qu’on avait attendue une partie de la nuit. À cet instant, la mère a compris qu’elle avait été solidement harponnée, qu’un fil translucide ultrarésistant la reliait à son enfant, un fil qui pouvait être estampillé d’une de ces marques aux sonorités phonétiques si naïvement charmantes dont elle s’amusait à collectionner les noms au gré des trouvailles sur les stands des puces : Kidur, Résistatou, Sédurobust". Extrait de "La troisième personne" de Valérie Mréjen aux Éditions POL

Avec "N'être personne", Gaëlle Obiégly a pour rire, campé le décor de son histoire dans des lieux d’aisance fermés de l’intérieur d'une entreprise. Une Hôtesse d'accueil s'y retrouve prisonnière tout un week-end, avec pour seules provisions un stylo à bille et du papier toilette. Au lieu d’utiliser son crayon pour démonter la serrure ou pour limer le pêne de la porte des toilettes, la "détenue" écrit sur les rouleaux de papier toilette tout ce qui lui passe par la tête.

"Le pronom je, c’est celui qui vous engage. Kaspar Hauser, l’enfant sauvage, parlait de lui à la troisième personne. Se désignant, il disait-il. Sa place était au même plan que les objets. Il ne parlait pas différemment de lui que d’un tabouret ou d’un animal. Dans la pièce de Peter Handke il y a l’effort de Kaspar pour apprendre le langage. Il accumule des mots, il maîtrise peu à peu la syntaxe. Enfin, il parvient à dire je. Il se pourrait que ce soit l’enjeu essentiel de l’acte de parole : être et se dire. S’il se conjugue à la première personne, le sujet me semble toujours plus intéressant que les malheurs qu’il a subis. Depuis un peu je lis surtout des mémoires, des autobiographies. Quoi qu’il y soit raconté, je me passionne. L’intérêt de la chose racontée m’importe peu ni son authenticité. Le vrai du dire lui-même, c’est ça qui compte. Ma passion a pour objet le pronom qui parle. La vérité qu’il porte le dispense du visage. Il n’en a pas besoin. De corps non plus. C’est de la pensée pure. Elle n’est pas filtrée, arrangée, dispersée dans des actions fictives, des personnages qu’on habille, qui ont des mimiques, qui font des actions mais ne réalisent rien. Dans le récit autobiographique, les actions se subordonnent à l’acte même de parole. La poésie la plus grande revient à cela". Extrait de "N'être personne" de Gaëlle Obiégly aux Éditions Verticales

Choix musicaux de Gaëlle Obiegly : Léo Ferré avec Mes petites amoureuses.

Musique : Simon and Garfunkel avec The sound of silence

Archive Ina du 11 mai 1985 (Le bon plaisir) : Nathalie Sarraute à propos de la conversation, de la parole et du ressenti dans Tropismes.

Générique : Veridis Quo des Daft Punk

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