Dans « Gaspard de la nuit. Autobiographie de mon frère », Elisabeth de Fontenay touche à l’essai philosophique et dresse en filigrane le portrait de son frère handicapé.

L'essayiste et philosophe Élisabeth de Fontenay lors des 'Assises du Roman' le 25 mai 2016, Lyon, France.
L'essayiste et philosophe Élisabeth de Fontenay lors des 'Assises du Roman' le 25 mai 2016, Lyon, France. © Getty / Robert DEYRAIL/Gamma-Rapho

Elisabeth de Fontenay a enseigné la philosophie à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Spécialiste reconnue de la question juive et de la cause animale, elle est l’auteur, entres autres, de Les Figures juives de Marx : Marx dans l'idéologie allemande, Le Silence des bêtes : la philosophie à l'épreuve de l'animalité, et Actes de naissance (avec Stéphane Bou). En 2018, elle a préfacé l’ouvrage collectif Le Nouvel Antisémitisme en France.

L’auteure revient donc avec un essai libre et personnel, empruntant le titre d’un recueil en prose d’Aloysius Bertrand paru en 1842. Car en protégeant l’identité de son frère qu’elle renomme Gaspard, Elisabeth de Fontenay invite la fiction dans le réel et évite l’écueil du pathos, déroulant ses réflexions et pensées philosophiques au fil de ses souvenirs de famille. Au détour d’une page, invoquant Ravel et son chant en yiddish « L’Enigme éternelle », l’essayiste fait revivre l’inaltérable.

J’ai été longtemps obsédée par la question du langage, telle que Descartes la traite quand il en accorde aux hommes la prérogative. Sur ce point, j’ai appartenu à deux camps ennemis, d’une part celui des bêtes, en refusant la négation de leur psychisme par la démarche cartésienne, d’autres part celui des hommes : aussi muets et fous, aussi hébétés que paraissent certains d’entre eux, ils ne sont pas pour autant privés du langage…

Aussi loin que j’aie pu aller dans l’interprétation du silence des bêtes, envisagés comme autant de langues réclamant d’être traduites, je restai pétrifiée par la contemplation de l’absence apparente de Gaspard au sens, en même temps qu’enracinée dans la décision, d’origine cartésienne, qui confirmait que la rareté de sa parole n’avait rien à voir avec le mutisme animal et ne signifiait aucunement qu’il n’était pas, lui aussi, un être de langage.

Extraits de Gaspard de la nuit. Autobiographie de mon frère. paru chez Stock.

Pastille sonore : Boris Cyrulnik 

Choix musical : Mort Schuman Le lac majeur

Archives : 

Archive Ina du 24 février 1978 : Vladimir Jankelevitch à propos du pardon

 Archive Ina du 10 mars 1975 ( au micro de Jacques Chancel )  : Michel Foucault à propos de la dénomination de fou et de «  malade    mental » 

Archive Ina du 4 octobre 2010  : Paul Virilio à propos de son enfance et de son concept «  Penser la vitesse » 

Générique :  Veridis Quo des Daft Punk

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