"La langue de l'Europe, c'est la traduction". Umberto Eco

Barbara Cassin, specialiste des philosophies anciennes, directrice de recherches au CNRS et du centre Leon-Robin sur la pensee antique.
Barbara Cassin, specialiste des philosophies anciennes, directrice de recherches au CNRS et du centre Leon-Robin sur la pensee antique. © Sipa / DURAND FLORENCE

Directrice de recherche au CNRS, philologue et philosophe, Barbara Cassin a publié le célèbre "Vocabulaire européen des philosophies : Dictionnaire des intraduisibles", devenu indispensable dans la recherche en philosophie. C’est à partir de cette expérience qu’elle revient sur cette question de l’universel avec "Éloge de la traduction : compliquer l'universel". Son point d’appui est la traduction. Elle montre que la traduction est un savoir-faire avec les différences, politique par excellence à même de constituer le nouveau paradigme des sciences humaines.

Barbara Cassin assure également le commissariat de l’exposition "Après Babel, traduire MuCEM". “Babel” : en hébreu, cela veut dire “Confusion”. Babel, la diversité des langues, est-ce une malédiction ou une chance ? Réponse : une chance, à condition de traduire. La traduction est d'abord un fait d'histoire : les routes de la traduction, via le grec, le latin, l'arabe, sont celles de la transmission du savoir et du pouvoir.

"Après Babel, traduire" exposition au Mucem le 12 décembre 2016
"Après Babel, traduire" exposition au Mucem le 12 décembre 2016 © AFP / BERTRAND LANGLOIS

"La culture, donc, est un palimpseste. Google lui-même parle à la Bernard de Chartres, à propos de Google Scholar, d’un nain hissé sur les épaules de géants. Beurk et oui. Ou plutôt oui, mais beurk. Il faut prendre cela au mot pour pouvoir se hisser sur les épaules, et dès lors on cesse d’être un nain. Un clic, des clics ne suffiront pas. Je crois, je suis sûre, qu’il faut savoir lire. Chaque texte est un texte de textes, et lira bien qui lira le dernier. Vous en verrez ici des exemples : Parménide, le père et « le premier à » (dit Platon), il écrit avec Homère, un nom que connaissent même ceux qui ne voient pas le même ciel ; c’est ainsi qu’il transforme le muthos, mythe et récit de l’épopée, en logos, discours de la raison. Et Gorgias, quand il dynamite la tranquille assurance de la phénoménologie et de l’ontologie -vouloir dire ce qui est comme c’est -, doit, pour les catastropher, couler ses mots et sa syntaxe dans les mots et la syntaxe qui les font régner. Comme on met ses pas dans les traces, on met ses mots dans les mots de… Les opérations de culture et de pensée sont des opérations de langues, généralement faites textes. Nous priver de la possibilité de comprendre et de sentir cela du dedans, c’est nous priver de toute la suite, de toutes les suites, de toutes les bifurcations et connexions, nous priver de tout. Nous : je veux dire nous tous." Extrait de "Éloge de la traduction : compliquer l'universel" de Barbara Cassin aux Éditions Fayard.

Pastille sonore : Michel Deguy

Choix musical : Serge Gainsbourg avec Les mots inutiles (sa première chanson en 1955)

Archives :

  • Archive Ina du 6 octobre 1994 (au micro d’Alain Veinstein) : Umberto Eco à propos de son ouvrage La recherche de la langue parfaite dans la culture européenne
  • Archive Ina du 17 février 2013 : Heinz Wismann à propos de la langue allemande
  • Archive Ina du 13 avril 2016 : Hamid, réfugié soudanais parle de son habitat dans la Jungle de Calais

Générique : Veridis Quo des Daft Punk

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