Ce soir dans l’Heure Bleue, Catherine Deneuve revient sur sa vie, rythmée par les tournages.

L'actrice Catherine Deneuve à la Berlinale le 12 février 2019.
L'actrice Catherine Deneuve à la Berlinale le 12 février 2019. © AFP / John MACDOUGALL

Son nom est connu dans le monde entier et pourtant, elle ne fait rien comme les autres. Comédienne depuis son plus jeune âge, Catherine Deneuve n’en finit pas de nous étonner. Elle a commencé sa carrière en nouant une cravate dans un plan d’ensemble du film d’André Hunebelle Les collégiennes (1957), dans lequel sa petite sœur Sylvie tenait un second rôle.  Sa motivation d'alors : gagner de façon agréable un peu d’argent de poche pendant l’été. 

Au cours de sa carrière, elle a inspiré des réalisateurs autant que des acteurs et des actrices. Aujourd’hui, elle souhaite faire profit de sa notoriété à bon escient, en diffusant son avis sur des questions de société  ; elle revient donc sur sa vie et ses engagements en politique.

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Extrait de l'entretien

Laure Adler : Etiez vous une jeune fille sage? 

Catherine Deneuve : En apparence, oui. En apparence seulement, oui. On m'aurait donné le bon Dieu sans confession, comme disait ma mère. J'ai été élevée chez les religieuses. Moi qui suis déjà plutôt secrète et renfermée. Ça m'a encore développé, je crois, le goût du secret. 

Vous étiez croyante quand vous étiez petite? 

Pas beaucoup, mais un petit peu quand même. Comme tous les enfants, j'avais peur de mordre l'hostie et de voir du sang qui se répandent sur mon chemisier. Comme tous les enfants, j'ai eu cette image là. Cette crainte aussi de la confession qui paraît tellement une chose effrayante. Cette idée à la fois de la culpabilité, puis de la rédemption immédiate. C'était quelque chose de très mitigé pour moi.

A quel moment vous avez eu l'idée de faire de votre vie une vocation, un destin? Vous rêviez de quelque chose? Je sais que le cinéma est arrivé complètement par hasard. 

Franchement, je rêvais pas du tout au cinéma, ni à quoi que ce soit. Si je rêvais, c'était plutôt l'amour. C'était ça qui me trouve que je trouvais le plus intéressant. C'est pas vraiment une décision. Je n'ai pas l'impression d'avoir décidé vraiment quoi que ce soit. Mais c'est vrai que j'étais plutôt habité par des choses de ma vie personnelle, de ma vie sentimentale qu'autre chose. 

J'ai quitté vraiment le lycée pour rentrer dans le cinéma par hasard, pour jouer dans un film avec ma sœur. C'est comme ça que ça a commencé et que ça a continué tout à fait par hasard. Jusqu'à ce que je rencontre Jacques Dominique, que je fasse Les parapluies de Cherbourg. Ce n'était pas du tout décidé dans ma tête. Ce n'était pas clair du tout. Je ne savais pas du tout si j'allais continuer à faire du cinéma.

Et vos parents étaient dans le cinéma? 

Non est plutôt dans le théâtre. Ma mère avait fait du théâtre quand elle était très, très jeune. Elle avait arrêté après, quand elle a eu ses enfants, parce que quatre enfants c'est quand même beaucoup. Et mon père était acteur de théâtre. Et il dirigeait le doublage aussi pour la Paramount. 

Qui vous a dit pour la première fois que vous étiez belle? 

Je ne sais pas est-ce qu'on m'a dit que j'étais belle. On m'a dit que j'étais jolie. Belle, peut être plus tard.C'est une chose qui fait plaisir, mais c'est toujours une chose un peu embarrassante aussi.

Mes sœurs sont assez jolies filles aussi. Donc, dans la famille, ce n'était pas quelque chose... Et puis, ma mère ne voulait pas tellement qu'on parle du physique. Le physique, c'est une chose qui est donnée. Il n'y a pas de quoi se vanter.

Le goût du cinéma

Le goût du cinéma des autres, de voir des films, beaucoup de films. Je vois quand même pas mal de films. Et ouis j'aime regarder tout ce qu'on fait. Même pendant le tournage, j'ai besoin de voir ce qu'on fait et pas seulement moi. Ce que font les autres aussi. J'ai besoin de voir. Je sais qu'il y a beaucoup d'actrices qui ne supportent pas de se voir, de voir les rushes, les morceaux de films avant que le film soit fini. Moi, j'aime ça, ça m'intéresse. C'est important pour moi. 

Vous voulez dire que vous mettez l'oeil à la caméra? 

Jamais. Je n'ai jamais mis l'oeil à la caméra. Je ne le mettrais jamais. J'ai l'impression que je serai Alice qui passe à travers le miroir. Je serais de l'autre côté, que ce n'est pas ma place. 

Mais vous aimez bien connaître la construction du film? 

Ah oui, tout m'intéresse, mais je ne regarde pas, par exemple, beaucoup de metteurs en scène travaillent avec un combo, c'est à dire qu'on regarde les images pendant le tournage qui fait qu'à la fin de la prise, on sait ce qu'on va refaire. Moi, je déteste ça. Je ne vais jamais regarder le combo. Jamais, jamais, jamais. 

Pourquoi? Parce que vous travaillez à l'instinct? 

Non. Parce que je trouve que la vision du combo n'est pas juste par rapport à ce qui vient de se passer dans la scène. Je trouve que c'est trop plat. Je trouve qu'on ne voit pas les détails. On ne peut pas voir l'émotion. Je pense que ce n'est pas comme si on regardait en direct parce que la représentation du combo c'est l'oeil de la caméra, ce n'est pas l'œil humain. Je trouve qu'il faut vraiment qu'il y ait l'oeil humain sur la scène de tournage. Pour moi, en tous les cas, c'est comme ça. Je sais que ça m'est arrivé par hasard de voir comme ça des bribes de scènes et ça ne me plaît pas du tout. Ça ne rend pas vraiment la réalité de ce qu'on vient de faire. 

Vous aimez les plans séquences? 

J'adore les plans séquences. Parce que d'abord, je trouve que dans un plan séquence, c'est le rythme qu'on a décidé, en accord évidemment, avec le metteur en scène. On ne se met pas à faire des choses, mais disons qu'après, à l'intérieur de ça, on peut trouver son rythme. Quand on fait un plan séquence, on sait si ça marche ou pas et il faut que ça marche jusqu'à la fin. Alors que quand on tourne des morceaux et qu'on fait un plan à deux, un plan à trois, puis ensuite le champ et le contrechamp, je n'ai plus le sens du rythme de la scène. 

Il était une voix

Je voulais parler de votre voix parce que je vous suis très attentive à la matière sonore des films

C'est pour ça que je dis toujours je préfère voir les films en salle. On me dit tu pourras le voir chez toi, je dis non, je n'aurai pas le même son, pas du tout la même impression. Parce que le sang, pour moi, c'est la moitié de l'image.  Moi, je n'ai pas l'impression de changer ma voix ou d'essayer de changer ma voix. Mais simplement, je pense que a aussi les voix du matin, les voix du soir, les voix fatiguées, les voix joyeuses. Quand les voix sont joyeuses, elles sont beaucoup plus hautes. Les voix du soir sont plus graves. Celles du matin, des fois encore plus graves parce que je suis fumeuse. 

Aller loin

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