Les romans de l'écrivain haïtien Lyonel Trouillot peuvent se lire comme des fables merveilleuses sur les héritages que nous portons, les histoires qui se condensent en nous inconsciemment. Son dernier livre "Antoine des Gommiers" (Actes Sud) et la republication de "Ne m'appelle pas Capitaine" (Babel) en témoignent.

Portrait du poète, romancier, parolier, éditorialiste, animateur d’ateliers d’écriture, Lyonel Trouillot  auteur de, "Antoine des Gommiers" (Actes Sud).
Portrait du poète, romancier, parolier, éditorialiste, animateur d’ateliers d’écriture, Lyonel Trouillot auteur de, "Antoine des Gommiers" (Actes Sud). © Maxppp / PHOTOPQR/OUEST FRANCE/Claude STEFAN

Dans ses romans comme dans ses recueils de poésie, l'écrivain haïtien Lyonel Trouillot déploie une écriture qui convole avec le réalisme magique, alternant entre les hauteurs divines et les bassesses du monde, entre la réalité et la fiction. Mais c'est avant tout un conteur hors pair, qui ranime, avec sa plume merveilleuse, les légendes populaires des temps passés. 

Son dernier roman "Antoine des Gommiers" entremêle ainsi l'histoire fictive de Franky et Ti Tony, deux frères vivant dans la misère de Port-au-Prince, et celle "réelle", en même temps que fantasmée, de leur arrière-grand-oncle, Antoine des Gommiers, un devin dont on dit qu'il pouvait tout prévoir et qu'il ne s'était jamais trompé. 

Dans "Ne m'appelle pas capitaine", c'est une jeune fille des beaux quartiers, aspirant à faire du journalisme, qui décide de recueillir, non sans difficultés, les mots de Capitaine, un ancien professeur d'arts martiaux, vieil homme abrupt, pour découvrir l'histoire du quartier pauvre dans lequel il a vécu, le bien nommé quartier de Morne Dédé. 

Ce soir, dans l'Heure Bleue, Lyonel Trouillot explicite comment il tente dans son écriture d'être au plus proche du réel. Le professeur et journaliste témoigne de son besoin d'aller vers les autres, notamment ceux qui vivent dans les quartiers populaires, de faire entendre toutes ces voix qu'on n'écoute pas, de les consigner pour leur donner une existence. Tous ces romans, comme il le dit lui-même, sont une tentative de 

placer les personnages dans une situation discursive, dans une situation d'échange avec d'autres. Donc ce sont un peu des romans de la conversation, parfois ratée."

Il retrace également la situation actuelle d'Haïti, les espoirs liés au changement de présidence chez le voisin américain et la colère du peuple face à la corruption du gouvernement. Le poète affirme son lien viscéral à son pays, son sentiment de pouvoir s'y rendre utile en sensibilisant les jeunes aux pouvoirs des mots.  

Lyonel Trouillot a fait également paraître récemment avec l'artiste Ernest Pignon-Ernest "Tu aurais pu vivre encore un peu..." (Bruno Doucey), hommage vibrant à ce chanteur-poète, épris de liberté et de justice, qu'était Jean Ferrat. 

Choix musical : Un homme passe sous la fenêtre et chante, Francesca solleville

Musique :

  • Melissa Laveaux – lè ma monte chwal mwen
  • Delgres – 4 ed maten

Archives

  • Archive Ina du 1er janvier 1949 : Paul Eluard à propos de la poésie. 
  • Extrait du journal de France 3 le 12 janvier 2020 ( journaliste Carol Cuello) : Reportage sur Haïti , dix ans après le séisme
  • Le 24 septembre 2020 : Jovenel Moise lors du débat général de l’Assemblée générale des Nations Unies 
  • Archive Ina du 8 janvier 1969 (au micro de Jacques Chancel) : Leo Ferré à propos de la révolution.
Les invités
  • Lyonel TrouillotEcrivain, poète, journaliste, professeur de littérature française et créole
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