Comme le dit Voltaire, "il faut cultiver notre jardin". Cette métaphore s'applique bien à l'Heure Bleue pour ce soir, puisque Gilles Clément, botaniste, paysagiste engage la conversation avec Catherine Deneuve. A moins que cela soit l'inverse.

Jardinages, avec Catherine Deneuve et Gilles Clément
Jardinages, avec Catherine Deneuve et Gilles Clément © Getty / Stephane Cardinale - Corbis

Depuis très longtemps, Catherine Deneuve entretient un rapport assez passionnel avec la campagne. C'est un besoin vital pour la comédienne, presque "cellulaire". Pour elle, se retrouver dans un jardin, c'est se retrouver dans son enfance, c'est aussi beaucoup plus charnel, physique et sensuel. Les formes, les odeurs et les couleurs, les volumes ... D'ailleurs, elle est assez fière de l’affirmer : c’est une jardinière passionnée, pas une simple convertie, elle adore rencontrer des spécialistes. Elle est toujours prête à apprendre. Pour elle, le jardinage est une science infinie. Le jardin, les plantes, toutes ces occupations l'apaisent, lui font du bien, elle se sent libre.

Tour à tour ingénieur horticole, paysagiste, écrivain, jardinier, enseignant en écoles du paysage ou au Collège de France, Gilles Clément livre, délivre, partage avec générosité sa riche expérience du monde vivant et végétal avec qui veut l’apprendre et fait confiance en la nature pour mieux lui laisser toute la place qu’elle mérite. Son idée est simple : faire avec la nature et non contre elle. Cela implique alors un travail réduit du jardinier : plus d’observation, moins d’action ! Un jardin est un jardin parce qu’un jardinier en prend soin.

Installé dans la Creuse, Gilles Clément est de ceux qui aiment avoir les mains dans la terre. S’inspirant de son jardin et de ses voyages, il observe la nature et en déduit que la maîtrise de la nature par l’homme est au mieux utopique, au pire dangereuse.

Extrait de l'entretien

Laure Adler : Expliquez nous, Catherine, pourquoi vous avez invité Gilles Clément? 

Catherine Deneuve : Parce que j'aime beaucoup la nature. J'aime les jardins et j'ai lu et vu des choses qu'il a réalisé et que ça me touche beaucoup. Parce que c'est à la fois la nature comme je l'aime, c'est à dire  c'est la nature apprivoisée par l'homme, mais c'est une nature très naturelle. Je connais des paysagistes, il y a de très grands paysagistes et pour moi, Gilles Clément est quelqu'un qui marie vraiment la nature sauvage avec la nature domptée. 

Quand avez vous commencé à jardiner, vous? 

Très jeune, parce que ma mère essayait de faire un jardin dans une falaise de calcaire à la campagne où on avait une petite maison qui était un ancien garage à bateaux. Je la voyais piocher. J'ai réussi à faire un jardin en espalier comme ça. Je devais avoir 7/ 8 ans. Je ne dis pas que je jardinais à l'époque, mais la nature, me plaisait. J'allais aller dans les bois, j'allais cueillir des fleurs, j'allais cueillir des mures, je faisais des confitures. Très jeunes, oui, ça, ça m'a plu. 

Ensuite, j'ai eu la chance de rencontrer une femme assez extraordinaire, qui est morte, malheureusement, qui s'appelait Charlotte Testu, qui a écrit des livres sur les plantes tout à fait extraordinaire parce qu'elle avait une formation littéraire. Donc, elle a écrit des livres dont les descriptions sont extrêmement poétiques et même parfois érotiques. Ce n'est pas du tout comme un dictionnaire. C'est une femme très cultivé qui n'écrivait pas comme on écrit en général dans les livres sur les jardins et sur la nature. J'ai eu la chance de la rencontrer et j'ai fait mon premier jardin, le jardin de ma première maison à la campagne avec elle, et j'ai vraiment beaucoup appris. Elle m'a vraiment confirmé dans le goût que j'avais de ça et après, ça s'est décuplé. C'est devenu vraiment quelque chose qui est devenu très, très important dans ma vie. Elle m'a vraiment communiquer quelque chose de très, très précieux. 

Et pour vous, Gilles Clément, ça a commencé aussi très jeune, cette passion du jardin tout petit. Vous vous intéressiez tout d'abord les insectes. 

Gille Clément : C'est plutôt par les insectes, oui. Je ne savais pas tout ce que je ferais. Mais en observant les insectes, on rentre très, très vite dans un ensemble qui est la liaison de l'insecte avec la plante. De tout ça avec un oiseau. Et ça a été une manière de rentrer dans ce qu'on appelle aujourd'hui les écosystèmes. Moi, je ne savais pas. Ce n'était pas des mots qu'on connaissait à ce moment là, bien sûr. 

Qu'est ce qu'un paysage pour vous deux? 

Catherine Deneuve : Un paysage, ça peut être plusieurs choses, ça peut être vraiment quelque chose qui tient dans un cadre comme ça, qui est la largeur de mes yeux. Mais ça peut aussi être d'un seul coup. Comme j'étais la semaine dernière en Bretagne, c'est à dire un paysage où le ciel et la mer prennent 90% de mon espace visuel. Moi, je vois des paysages tout le temps, je vois des paysages à Paris, dans les encombrements. Quand je suis bloqué, par exemple place d'Iéna, je vois ce pauvre Ginko qui est à l'angle du musée Guimet, qui est en train de souffrir terriblement. Puis, un peu plus loin, au Trocadéro, il y a deux érables magnifiques. Je me dis 'j'espère qu'ils vivront encore longtemps'. Et puis, je me dis pourquoi est ce qu'on avait mis des gingko à Paris, qui est un arbre si résistant et qu'on continue à planter des platanes? Pourquoi est ce qu'on a mis ça sur les Champs Élysées alors qu'on a tout enlevé? Pourquoi est ce qu'on a planté quelque chose de plus résistant? Voilà des choses comme ça, même dans Paris. Partout en province, je vois toujours des paysages partout.

Gilles Clément : Je rejoins beaucoup ce que dit Catherine. Je définis ça comme étant ce qui se trouve sous l'étendue du regard. Il y a un paysage ici dans cette pièce aussi. Pour les non-voyants, c'est ce qui se trouve sous l'étendue de tous les autres sens. C'est à dire qu'on peut le percevoir par le toucher, l'odorat, etc. Et c'est donc quelque chose de sensible et d'assez personnel, de ce fait, si je mets 30 étudiants devant le même paysage, il y aura 30 lectures différentes parce qu'il y aura 30 vécu, 30 ressentis. Donc c'est tout à fait l'inverse. C'est l'opposé de ce qu'on appelle l'environnement, c'est un vilain mot, je n'aime pas du tout. Parce ce que ça nous met à distance de quelque chose, alors qu'en fait on est plutôt immergé dans cette nature plutôt qu'à distance. C'est ma vision. Mais on a utilisé ce mot là et effectivement, la lecture de ce dans quoi nous sommes par l'environnement elle est scientifique. C'est une espèce d'espéranto qu'on partage dans le monde entier. On va analyser le sol avec les Ph, les mesures de décibels, du son, de je ne sais pas quoi, de la même façon. Mais là, il n'y a pas de subjectivité du tout. 

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