Rencontre avec l’un des écrivains les plus admirés des Etats-Unis à l’occasion de la sortie de son livre "Zero K".

L'écrivain américain Don DeLillo pendant une conférence de presse pour 'Cosmopolis' de David Cronenberg, lors du 65ème Festival de Cannes, le 25 mai 2012.
L'écrivain américain Don DeLillo pendant une conférence de presse pour 'Cosmopolis' de David Cronenberg, lors du 65ème Festival de Cannes, le 25 mai 2012. © Maxppp / SEBASTIEN NOGIER/EPA

Après sept ans de silence, Don DeLillo délivre un roman existentiel profond et original, évoquant la quête d'immortalité. Tout d'abord que veut dire "Zero K", réponse : Zéro Kelvin (du nom du physicien), c'est le zéro absolu. 273,15 °C. Le symbole, ici, du plus vieux rêve de l'humanité celui de ressusciter, un rêve qui persiste puisque aujourd’hui par exemple, aux Etats-Unis, plusieurs sociétés proposent de défier la mort grâce à la cryogénie. Des centaines de personnes décédées sont conservées dans des conteneurs à moins de 196 degrés, dans l’espoir d’être un jour réveillées. Une promesse d'immortalité que raconte Don DeLillo dans son livre avec l'histoire d'un richissime actionnaire d’un centre de recherches secret qui offre à ses clients d’attendre des jours meilleurs afin de revenir au monde en être humain augmenté et radicalement inédit, décide de faire appel à ses services pour son épouse, atteinte d’une maladie incurable, et convoque son fils unique pour assister à la fin programmée de la jeune femme consentante. Don DeLillo propose ici une méditation, et pose des questions : éthiques, philosophiques, nanotechnologiques, démographiques, et économiques évidemment. Il n’envoie pas de messages métaphysiques, ne se prend surtout pas pour le visionnaire de service, il est juste écrivain, répète-t-il, il n'a fait qu'écrire un livre.

"(...)Ils appelaient ça un bloc-repas et c’est bien ce que c’était, une composante, un module, quatre tables sous-dimensionnées et une autre personne, un homme vêtu d’une espèce de cape de moine. Je mangeai en jetant des regards furtifs. Il coupait ses aliments et les mastiquait sur un mode introspectif. Quand il se leva pour partir, j’aperçus un blue-jean délavé sous la cape et des chaussures de tennis sous le jean. La nourriture était comestible mais pas toujours identifiable. J’entrai dans ma chambre en plaçant le disque de mon bracelet devant l’applique magnétique encastrée dans le panneau central de la porte. La pièce était petite et impersonnelle, générique, une chose avec des murs. Le plafond était bas, le lit ressemblait à un lit, la chaise à une chaise. Il n’y avait pas de fenêtres. Dans vingt-quatre heures, selon l’estimation clinique, Artis serait morte, c’est-à-dire que je serais sur le chemin du retour, tandis que Ross resterait quelque temps pour s’assurer par lui-même que toutes les procédures cryoniques étaient respectées. Mais je me sentais déjà piégé. Les visiteurs n’étaient pas autorisés à quitter l’établissement et, bien que privé de toute échappatoire possible au sein de ces rochers précambriens, je souffrais des effets de cette restriction. La chambre était exempte de toute connexion numérique et mon smartphone était en état de mort cérébrale. Je fis quelques exercices d’assouplissement pour activer ma circulation sanguine. Des flexions, des squat jumps. Je tentai de me rappeler mon rêve de la nuit précédente. La chambre me donnait l’impression d’être absorbé dans le contenu essentiel du lieu. Je m’assis sur la chaise, les yeux fermés. Je me vis là, assis. Je vis le complexe lui-même depuis quelque part dans la stratosphère, une masse solidement soudée, des toits à faîtages divers, des murs écrasés de soleil.(...)". Extrait de "Zero K" de Don DeLillo aux Editions Actes Sud.

Interprète : Xavier Combe

Choix musical : Ornette Coleman avec "The shape of jazz to come"

Pastille sonore : Julien Gosselin

Archives :

  • Archive Ina non datée : Jorge Luis Borges à propos de sa nécessité d’écrire
  • Archive Ina du 22 juillet 1986 avec un extrait de son filme "Le mépris" : Jean Luc Godard donne sa vision du cinéma

Générique : Veridis Quo des Daft Punk

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