Langueur, dépérissement, stress, burn out... Les mots pour qualifier la fatigue ont évolué en synchronie avec les représentations du corps et les bouleversements de la société. L'historien Georges Vigarello explicite pour l'Heure bleue, l'"Histoire de la fatigue" (Seuil) : de quoi nous sortir de la torpeur ambiante !

Une jeune femme avec de faux yeux peints sur une note adhésive dort sur son lieu de travail au bureau.
Une jeune femme avec de faux yeux peints sur une note adhésive dort sur son lieu de travail au bureau. © Getty / Thianchai Sitthikongsak

À 79 ans, Georges Vigarello continue de travailler à l’histoire des mœurs avec la même énergie. L’ancien professeur de sport et agrégé de philosophie s’attache depuis plus de quarante ans à retracer l'évolution des représentations et des pratiques du corps.  

Dans son dernier ouvrage, « Histoire de la fatigue : du Moyen-Âge à nos jours», celui qui se présente volontiers comme « l’historien des petites choses », porte son attention sur ce qui est souvent qualifié de mal contemporain : la fatigue. 

Stress et surmenage sont en effet devenus des problèmes récurrents dans les conditions de travail depuis le XXe siècle, comme en témoignent la reconnaissance de maladies comme le burn out et la dépression. Georges Vigarello met ainsi en évidence l'extension récente du domaine de la fatigue d'un épuisement purement physique à une charge mentale, une fatigue qui envahit non seulement la sphère du travail mais aussi le quotidien tout entier. 

Il dessine également les différentes figures du "fatigué" qui se sont succédées au cours des siècles, du combattant du XVe siècle à l'homme de robe du XVIIe, en passant par l'ouvrier du XIXe. Cette cartographie reflète ainsi comment certaines formes d'épuisement sont valorisées et d'autres, dénigrées, d'une époque à l'autre. 

Croisant les approches de l'histoire, de la psychanalyse et de la philosophie, Georges Vigarello cherche ainsi à nous faire réfléchir dans ce livre, comme dans ses précédents, sur la construction dialectique qui se joue entre le corps et  l'âme dans la représentation de soi. 

Choix musical :

  • La légende de la nonne, Georges Brassens

Musiques 

  • I'm not tired, Wilson Pickett
  • Fusée, La Féline 

Archives : 

  • Archive Ina du 26 janvier 1963 : Michel Foucault à propos du corps et de ses doubles
  • Archive Ina du 25 août 1998 : Daniel Arasse parle de la représentation de la nudité, en particulier du sein dans l'histoire de la peinture chrétienne et païenne
  • Archive Ina du 12 juillet 2013 : Peter Handke à propos de son essai sur la fatigue
Les invités
  • Georges VigarelloHistorien, philosophe et directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
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