Simone Veil a disparu il y a presque deux ans, et pour nous, elle reste et restera immortelle. Nous avons souhaité dix mois après sa "panthéonisation", revenir sur le parcours de Simon Veil, ses engagements et les enseignements qu'elle nous laisse aujourd'hui et pour l'avenir.

Immortelle, Simone Veil. Jeune fille.
Immortelle, Simone Veil. Jeune fille. © Archives familiales de Simone Veil

Nous avons souhaité dix mois après sa "panthéonisation", revenir sur le parcours de Simon Veil, ses engagements et les enseignements qu'elle nous laisse aujourd'hui et pour l'avenir. 

Elle demeure un exemple et une icône pour les jeunes générations et son image va grandir. 

En présence de plusieurs personnalités comme Serge Klarsfeld, Annick Cojean, Robert Badinter et Annette Wieviorka, nous avons désiré rendre compte des différentes vies de Simone Veil. Chaque soir, en première partie d'émission, une lecture par Sandrine Bonnaire des extraits de l'autobiographie Une Vie de Simone Veil, puis en seconde partie le témoignage d'un de nos invités, accompagné d'archives de la voix de Simone Veil. Laure Adler.

Extraits de l'entretien 

Simone Veil : "Ma vie était accrochée à celle de maman. Le tatouage donnait le sentiment d'une chose  irrémédiable. De devenir un numéro est le premier événement qui m'a donné à penser que ça n'était pas seulement l'envoi dans un camp de travail, dans une déportation ordinaire. Le plus terrible avec  la faim, la soif qu'on a vécu ou le travail très dur, c'était cette humiliation et d'essayer de lutter contre."

Archives INA du 2 mars 2005 au micro de Philippe Bertrand : 

  • Une mère et une soeur comme modèle

Simone Veil : "Enfant, pendant très longtemps, je n'ai pas eu beaucoup de projets de vie. Je voulais profiter du bonheur que j'avais. C'était ma mère et donc ma vie était accrochée à la sienne. Nous étions quatre enfants très rapprochés puisqu’entre ma sœur aînée et moi, il y avait moins de cinq ans. Même si la différence d'âge n'était pas très grande j''étais tout de même considérée comme la petite gâtée et surtout je m'étais appropriée maman. 

Je faisais une exception pour ma sœur aînée qui était ma mère de substitution. Quand maman n'était pas là, nous allions aux éclaireuses. lorsque j'avais déjà 11 ans, je n'étais donc plus une gamine, j'avais l'impression que ma mère déléguait à ma sœur le fait de s'occuper de moi. Elle a été ma cheftaine. Elle a joué un très grand rôle dans ma vie et après la disparition de maman, encore plus. 

Ce qui fait que quand elle a disparu dans un accident de voiture en 1953, ce nouveau deuil a été pour moi aussi haut, aussi lourd, voire plus, que celui de maman. Quand maman est morte, elle était tellement épuisée et dans un état effroyable, que c'était plutôt un soulagement, tandis qu'un accident de voiture brutal, c'est quelque chose de terrible.  

Elles ont beaucoup compté dans ma vie et c'est ce qui m'a guidée parce que l'une comme l'autre étaient des personnalités exceptionnelles sur le plan du rayonnement, de la volonté, de l'attention aux autres et du respect d'un certain nombre de choses. 

Elles me trouvaient toutes les deux un peu trop irrévérencieuse, légère...

  • L'arrestation et l'arrivée au camp

Elle eu lieu dans la rue. J'avais des faux papiers et je pensais que ces faux papiers présentaient suffisamment de garanties. Je sortais très peu. Mais j'aurais dû rester totalement cloîtrée, sans doute. Il y avait des contrôles dans la rue. J'ai été arrêtée par deux personnes en civil qui m'ont demandé mes papiers. Mais en réalité, ces papiers étaient assez caractéristiques et probablement, qu'ils avaient été mis sur le marché. Peut-on dire par la Gestapo elle-même ?

Lorsqu'on était arrêté on restait huit jours à Drancy, quelquefois quinze jours, mais peu de temps. Quand on arrivait, on était encore avec des enfants. Il y avait beaucoup d'enfants petits. Il y avait une rampe. On arrivait à minuit une heure du matin, mais les gens vous expliquait qu'il fallait se mettre en rang, qu'il fallait laisser toutes ses affaires dans le wagon, etc. Et puis, on vous demandait aussi quel âge on avait. 

Parce que si on avait 15, 16 ans, on avait des chances d'entrer dans le camp et sinon, on n'en avait pas. 

Nous étions une centaine par wagon. On ne pouvait pas se coucher, donc on se relayait. On avait soif, on avait faim et qu'on étouffait au milieu de la nuit. A un moment le train s'arrête, on voit des projecteurs, et beaucoup de lumière. Le trajet était terminé. 

Des bagnards et des SS crient aussi pour qu'on descende très vite. C'est une vision absolument extraordinaire sous ces projecteurs énormes. 

On ne comprend pas ce qu'il se passe. On nous pose des questions qu'on ne comprend pas non plus. On ne sait pas qui sont ces bagnards, ces hommes qui vous demandent quel âge vous avez. On comprend que l'âge fait qu'on allait aller d'un côté ou de l'autre.  Au moment de la sélection, on se met en rang : les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. On passe devant les SS. On se dit qu'il y aura ceux qui iront en  camions, et ceux qui iront à pied au camp. 

J'étais avec ma mère qui faisait jeune, elle avait 44 ans, et ma sœur, un peu plus âgée que moi. Exceptionnellement, nous nous sommes trouvées dans les toutes les trois admises dans le camp. Puis nous sommes allées à pied en nous disant qu'on allait retrouver les autres.  La nuit, on nous ont mis dans une espèce de grand préau. Celles d'entre nous, qui avaient été séparées de leur famille, commençaient à s'inquiéter de savoir ce qu'elle était devenue. Durant cette première nuit, nous  n'arrivions pas à avoir de réponse : "Vous verrez, vous verrez". Le matin, très tôt, l'enregistrement dans le temps a commencé. La prise de conscience de ce que c'était aussi.

La première opération, c'était le tatouage. Il donnait le sentiment d'une chose irrémédiable. De devenir un numéro est le premier événement qui m'a donné à penser que ça n'était pas seulement l'envoi dans un camp de travail, dans une déportation ordinaire.

Par le contact un peu plus important avec des déportées, les questions ont commencé avec des réponses brutales : "les gens qui sont montés dans le camion, à cette heure-ci, ils sont morts. On ne pouvait pas l'imaginer. On nous dit : "Vous verrez si vous vous penchez à travers la fenêtre, vous pouvez voir la fumée." Personne le croit.

La suite est à écouter...

Références

Extraits du chapitre Une enfance niçoise et La nasse lus par Sandrine Bonnaire dans Une Vie une autobiographie publiée en 2007 chez Stock et en livre de Poche en 2009. 

Extrait de la lecture : 

"Le 30 mars, j'avais rendez-vous avec des amis pour fêter la fin des examens. Je m'y rendais avec les camarades lorsque, soudain, deux Allemands en civil nous arrêtèrent pour contrôle d'identité. Ils étaient escortés d'une de ces Russes dont Nice regorgeait alors, et dont certains n'avaient eu aucun scrupule à se mettre au service des Allemands. 

Un rapide regard sur ma carte d'identité leur suffit. "Elle est fausse". Je me défendit avec un parfait aplomb : "Mais pas du tout". Ils refusèrent de discuter et nous conduisirent aussitôt à l'hôtel Excelsior, où la Gestapo menait les interrogatoires des personnes interpellées. Le mien n'a pas duré longtemps, tandis que je m'acharnais à répéter que mon nom était bien celui qui figurait sur mes papiers, l'un des Allemands m'a désigné d'un geste une table sur laquelle se trouvait une pile de cartes d'identité vierges et dont la signature, facilement reconnaissable à son encre verte, était identique à la mienne. 

Le ton était aimable, mais ironique : "Votre carte d'identité ? On en a autant que vous voulez." Je suis restée sans voix. 

Ils avaient raflé tout un stock ou avaient-il réussi à mettre en circulation de fausses cartes ? Rien n'était impossible. Je me suis alors dit toute la famille a la même carte que moi. Il faut les prévenir..."

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